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samedi, 04 février 2017

Du regard

 

 

 

Il me faudrait vivre à Paris, et partout en France, comme j'ai voyagé au Sri Lanka : en voyageur étonné. Cependant mes habitudes sont des scandales (au sens étymologique) sur mes chemins : elles sont des cailloux dans mes regards et mes pensées, si difficiles à briser.

 

 

 

18:50 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Minuscules | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

lundi, 30 janvier 2017

Trace

 

 

 

Le poème — cette force, cette légèreté reconquises, manifestées dans le langage.

 

 

 

 

12:49 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Sur le poème | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

lundi, 23 janvier 2017

Le voyageur en abyme

 

 

 

Plus je voyage et photographie les lieux qui m'ont retenu, plus j'aime être ce fantôme qui renouvelle quelques lumières pour ses propres regards — pour d'autres peut-être.

 

 

 

mercredi, 18 janvier 2017

Toujours le Léthé

 

 

 

Peut-être notre époque  plus encore que d'autres ?  oublie-t-elle l'oubli  ou le néglige-t-elle ?

 

 

 

 

18:35 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

jeudi, 12 janvier 2017

De ces choses

 

 

 

Les choses rares sont innombrables, et seulement cachées.

 

 

 

 

17:31 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Minuscules | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

lundi, 09 janvier 2017

Phrase

 

 

 

Le poème n'est jamais un commentaire en quoi il se distingue, davantage encore, de tout autre écrit, sinon (mais l'a-t-on oublié ?) de toute autre parole.

 

 

 

17:53 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Sur le poème | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mercredi, 04 janvier 2017

Le Léthé

 

 

 

Pire encore que l'annonce, selon Plutarque, de la mort de Pan : l'oubli de sa mention.

 

 

 

 

19:36 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

dimanche, 18 décembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (19)

 

 

Mardi 26 avril 2016, de retour à Paris (le soir)

 

Les avions me semblent décidément étranges ; il m’étonne toujours d’en voir passer très haut dans le ciel, laissant de fines et longues traces blanches parmi les nuages, comme des traits de crayon, des biffures. Un homme ancien, en moi, et profond, ne « comprend » pas comment cela peut exister. Je « comprends » la roue, je « comprends » la calèche ou la bicyclette, et peux encore appréhender le train. Devant une voiture, je commence d’avoir l’œil rond de la poule qui contemplerait une paire de ciseaux. Mais face à l’avion ! Décidément, il me demeure étrange d’être un homme qui a pris l’avion, d’être allé au Sri Lanka en avion. Le corps que je suis fut en ces lieux, et quelqu’un en moi s’étonne encore d’en être revenu. Oui, il doit y avoir en moi quelque Icare qui ne s’est jamais remis de la brûlure du soleil, et dont le corps est mort à toutes les ailes artificielles…

 

***

 

En rouvrant ce carnet tout à l’heure, l’odeur du Sri Lanka s’en est échappée – Il en est de même pour mes bagages, et pour tous mes vêtements que j’apportai là-bas et que je n’ai pas encore lavés. Ma peau elle-même, encore, me semble-t-il…

 

***

 

Il y a des pays qui nous changent – nous violentent doucement.

 

 ____________

 

 

samedi, 17 décembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (18)

 

 

Lundi 25 avril 2016 [suite]

 

(Dans l’avion)

 

Le Sri Lanka a imprégné ma peau, mes vêtements, et jusqu’à mes sacs de voyage de ses odeurs : effluves douceâtres, gras, entêtants, avec, en filigrane, quelque note rance – quelque chose d’inexorablement putride, mais qui ne va pas jusqu’à l’écœurant – mille épices fortes et douces, je ne sais comment dire, ou plutôt je viens de l’écrire.

 

***

 

Il est (m'est ?) impossible de réellement rencontrer l’Asie, du moins cette part d’Asie que j’ai vue : ce n’est pas seulement parce que je suis quelquefois passé près de quasi bidonvilles en voiture climatisée, et que j’ai dîné dans des restaurants d’hôtels dont les buffets délicieux et abondants étaient dressés à quelques centaines de mètres de pauvres échoppes garnies de fruits et de légumes durement récoltés, tenues par de pauvres gens – et je ne parle même pas de ces infortunés écrasés de misère et de maladie, qui s’observent à chaque coin de rue et dans chaque village, et auprès desquels certains déshérités, en France, pourraient se dire qu’ils ne sont pas si mal lotis, auprès desquels, surtout, nous sommes millionnaires, pour la plupart d’entre nous. Mais ce n’est pas seulement pour cela, disais-je, que l’Asie ne se rencontre qu’à peine : c'est que tout y est trop « autre », si j’ose dire, et dans le même temps c’est encore l’homme qui cherche le moyen de son habitation dans le monde – et ce qu’il a trouvé ressemble à nos trésors, avec leurs variations, avec d’autres couleurs et d’autres visages, que nous ne pouvons pas rêver de la même manière, que nous ne pouvons que contempler de loin.

 

***

 

Je suis encore à 8 500 kilomètres de la France, et j’entreprends un voyage de quatorze ou quinze heures en avion : quelle extravagance ! Ce qui est banal pour tant de gens, apparemment, ne l’est pas pour moi. La durée me semble pliée, si je la mets en rapport avec la distance et les lieux.

 

***

 

Tout à l’heure, dernier regard sur l’océan, dernière présence en ces lieux, pour jamais.

 

***

 

Escale à l’aéroport d’Abu Dhabi, qui est immense ; on se croirait dans un aéroport international occidental si l’on ne croisait de nombreuses familles composées d’un homme et de ses épouses voilées de noir (ou de couleurs vives, parfois), accompagnées d’enfants ; et si ne résonnait régulièrement l’appel à la prière par un muezzin, diffusé dans les haut-parleurs.

 

***

 

Dans sept ou huit heures je serai à Paris ; c’est la nuit. Un enfant hurle et pleure dans l’avion et réveille tout le monde – ses parents ne font pas grand’chose… Tous les feux sont éteints, même celui de la veilleuse au-dessus de moi, je ne puis plus lire mon livre, et pour écrire ces mots (difficilement) je m’éclaire grâce au petit écran qui est accroché au dos du siège qui me fait face et qui me propose de regarder, muni d’oreillettes et d'une télécommande, des films tous plus stupides les uns que les autres, ou bien des longs-métrages coréens sous-titrés, au choix, en russe ou en arabe ( !) ; désœuvré, et pour contrer les pleurs de cet enfant intolérable qui m’empêchent de fermer les yeux, je regarde le dernier James Bond, Spectre, qui est assez distrayant, mais enfin… ! Il y a décidément quelque chose en moi qui n’est pas fait pour ce monde-là.

 

(...)

 

 

 

 

vendredi, 16 décembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (17)

 

 

 

Lundi 25 avril 2016 (L’après-midi)

 

Le grand marché de Colombo, lui, est véritablement sri-lankais, foisonnant, odorant. J’y suis passé ; mais n’aurais-je fait que passer ?

 

***

 

Il faudrait toujours pouvoir écrire sur des terrasses désertes face à la mer ; c’est ce que je fais là. Je suis heureux, heureux ; j’ai commandé un verre d’eau et un soda mais j’ai l’impression que je bois du vent chaud ; les glaçons dans les verres fondent en un instant ; je ne fais que tracer ces mots, paresseusement, suant sous le souffle de la bouche d’un vent brûlant, à côté d’une piscine vide, sur une petite table de bois protégée par le dais d’un parasol jaune, face aux vagues lancinantes, en attendant le taxi qui me mènera jusqu’à l’aéroport – il y a des écureuils qui circulent entre les tables, et des corbeaux partout. Le ciel est d’un bleu immense. Je fume une cigarette avec le monde entier, j’exhale... Vents, vents… L’air chaud est un alcool fort – je délire un peu, c’est ainsi. C’est que je suis délirant dans la chaleur extrême du monde et son vent qui est là, avec la mer qui réfléchit… Rythme, beauté, douleur, passion, nostalgie, pensée, adoration. Je pense à l’amitié, si fragile, si inconstante parfois, je pense à tous les liens… Je pense au poème que je pourrais écrire… Ce grand hôtel, à la terrasse duquel je suis attablé, terrasse sublime face à l’Océan et traversée de ces oiseaux noirs, sonores, et où gémit ce vent qu’on dirait encore et toujours soufflé par un four ouvert sur des profondeurs, ce grand hôtel, le Galle Face Hôtel, donne sur l’Océan Indien : oh cette émotion de voir celui-ci pour la première fois et pour toujours – aussi bien il ressemble beaucoup à l’Océan Atlantique, avec sa houle violente, et lasse, et lente à la fois, mais son nom, que je connais, le métamorphose à mes yeux. Pouvoir des noms : voici cette étendue d’eau salée qui changerait presque de couleurs et se chargerait d’odeurs neuves.

 

(...)

 

20160425_153452.jpg

 

Sur la terrasse du Galle Face Hôtel, donnant sur l'Océan Indien,
à Colombo, dans la Province de l'Ouest, au Sri Lanka,
photographie : avril 2016.