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jeudi, 06 octobre 2016

Regard sur un regard passé

 

 

 

Je reste assez insatisfait de quelques-unes de mes photographies du Sri Lanka : certaines sont déséquilibrées, maladroitement cadrées. Tant pis ! J'en livre tout de même sur ces pages virtuelles.

Toute photographie dit beaucoup de son photographe (de son histoire, de ses goûts, de ses désirs), mais on néglige souvent d'envisager les moments de ces images, et le corps même du photographe : il faut m'imaginer, derrière chacune d'elles, les pieds nus sur ces dalles brûlantes dont j'ai parlé, ou bien accablé de chaleur, ou encore bousculé par la foule et la marche. Je n'oublie pas non plus que je fus parfois si ému devant ce que je voyais que je saisissais, presque sans le savoir, une image de façon fugitive, tout pressé que j'étais, non plus de photographier, mais de contempler.

 

 

 

mercredi, 28 septembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (3)

 

 

Mardi 19 avril 2016 [suite] (le soir)

 

Aux abords du temple de l’arbre de Bhô, à Anurâdhapura, avant d’avancer : sourd brusquement une odeur effroyable, immonde, une odeur de Géhenne, lourde, atrocement grasse et comme sucrée ; mais à peine tente-t-on de la fuir qu’un vent chaud apporte bienheureusement, qui se mêle à cette puanteur, un parfum mêlé de lotus, de nénuphars et d’encens, et qu’alors une main fraîche et douce vient traverser cette haleine jusqu’à notre visage. Il faut ôter ses chaussures avant d’entrer en ces lieux, et y marcher pieds nus.

 

***

 

La ville sacrée – qui est immense, passés les faubourgs et la ville moderne – comprend plusieurs monastères et stupas qui sont autant d’ensembles architecturaux ; les monastères sont plus ou moins en ruines, et désertés ; le premier ensemble que je visite est celui de l’arbre de Bhô, où un temple est consacré à ce figuier apporté par le Bouddha lui-même à Ceylan, il y a vingt-cinq siècles ; puis celui du stupa Ruvanvelisaya, et encore ceux de Thuparamaya, de Lankarama,  Abhayagiriya et Jetavana – autant de noms que je m’empresse de récrire après les avoir tout à l’heure griffonnés dans les marges de ce carnet. Le livre que j’ai lu avant de me rendre ici précisait qu’on parlait, au Sri Lanka, pour évoquer ces sanctuaires aux formes rondes surmontés d’une sorte de mât entouré d’une balustrade, de dagobas, tandis qu’en Inde les mêmes édifices se nomment stupas. Mais pas du tout : tout le monde parle ici de stupa ; dagoba n’est qu’un synonyme. On n’y peut pas entrer ; ils ont été scellés après qu’on eut placé dans leur cœur une relique sacrée, fragments du corps du Bouddha, objets lui ayant appartenu, copies de livres du canon bouddhique.

Il y a des stupas de toute taille ; les plus grands sont très impressionnants, des forces encastrées sur la terre ; en en faisant le tour, toujours pieds nus sur des esplanades circulaires de pierres brûlantes (de temps à autre on peut marcher, ou plutôt sautiller (!), sur de petits tapis sales et poussiéreux déposés ça et là, mais qui ne sont guère moins ardents), je ne me sens nullement écrasé – bien plutôt protégé : c’est qu’il émane de ces gigantesques immobilités une sérénité qui n’est nullement un rêve livresque ; une étonnante harmonie de lourdeur et d’élévation.

 

***

  

J’ai offert ma fleur de nénuphar près de l’arbre de Bhô à un Bouddha lointain et proche ; je suis venu là avec toute ma mélancolie, toute ma vie, tout mon chemin. Ce soir, j’ai encore la plante de mes pieds qui brûle doucement, elle me lance par à-coups, cela va passer. Sublimes dalles ! Humilité ! Couleurs ! Beauté ! Voix ! Chants ! Odeurs ! Poussière ! Sueur ! Soleil ! Et quelque vertige ! J’eusse voulu que ma peau fût plus bronzée, à cette occasion, pour me fondre encore dans la foule orante et chantante, pour que nul ne me remarquât glissant la tige de ma fleur parmi les innombrables autres – mais lorsque j’y pense, nul ne faisait réellement attention à moi, tout à l’heure, j’étais une ombre blanche dans ces vêtements blancs dont le guide m’avait recommandé de me vêtir pour venir là ; même le plus pauvre d’entre ces pèlerins est habillé dignement ; tous ces gens, les enfants, les femmes assises par terre dans la poussière et psalmodiant, les hommes adorant et déambulant, tous étaient bienveillants, et ne jetaient qu’un coup d’œil distrait vers mon visage ou mon appareil photographique ; j’aurais eu en horreur d’être pris pour un touriste seulement (même si je le suis, évidemment) ; et ils m’eussent vaguement méprisé si j’étais là venu (Dieu m’en garde !) en tee-shirt informe et bermuda (on ne doit pas laisser apparaître ses genoux) – ils auraient eu raison : ils sont fiers, eux, de leurs traditions, et calmement, et naturellement.

 

***

 

J’ai marché pieds nus sur des dalles brûlantes, vers un temple, un figuier et un autel… Déjà me manquent ce lieu et cette fleur de nénuphar, ce soir. Heureusement, je suis à l’hôtel, il n’y a pas d’esclaves baudelairiens avec des palmes mais quelque vent… Nous sommes passés de 40 à 32°C, c’est presque une fraîcheur ! Et la joie pure d’une douche… (Voilà une note que je trouverai sans doute ridicule lorsque je me relirai, à Paris, mais qu’importe !)

 

***

 

Dans le stupa Abhayagiriya repose une statue de Bouddha allongé, la tête posée sur un coussin et sur sa main, les pieds symétriquement joints – ce qui signifie qu’il s’agit du Bouddha mort, même si ses yeux sont à demi clos, tandis que, s’il est représenté les pieds joints mais l’un légèrement décalé par rapport à l’autre, il est seulement en train de dormir ou de se reposer. Contempler le Bouddha en sachant qu’il est mort… C’est comme s’il était là sans être là, il n’a laissé que sa trace, lui est dans l’éternité, ou plutôt, il a basculé dans l'anéantissement extatique… Et sa statue regarde le monde encore.

 

(...)

 

 

jeudi, 22 septembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (2)

 

 

 

Mardi 19 avril 2016 (le matin, en voiture)

 

Sur la route vers Anurâdhapura, je vois mille paysages, mille points de vue et j’aimerais tant m’y arrêter ; mais la voiture file, et il le faut, car la route est longue, toujours, semble-t-il, ici : il n’y a que des routes sinueuses, encombrées – nulle voie rapide. Je suis comme le voyageur d’un train qui profite des ralentissements pour saisir et « immortaliser » ses regards au gré du temps…

Rizières, montagnes au loin, rizières, rizières, rizières ; et dans les rizières, des hommes et des femmes qui travaillent dur, les pieds dans l’eau, sous l’œil de hérons blancs. Souvent nous traversons une sorte de jungle, où poussent des arbres immenses, des cocotiers (dont les fruits peuvent tomber à tout instant), des banians, des plantes que je ne sais pas nommer (mais en France également, si je reconnais les différences entre nombre de végétaux, je ne sais bien souvent leur donner un nom – c’est un vrai défaut).

Toujours cette chaleur intense, aqueuse, nouvelle, épouvantable pour moi, et qui devrait m’apprendre quelque chose (?) ; un martin-pêcheur le long de la route, lors d’une halte brève, adorable oiseau minuscule et fragile et si fort ! ; et encore ces monts lointains.

Des temples, des monastères bouddhistes, des autels, le long du chemin. Des statues rouges, blanches, dorées, incalculables, défilent devant mes yeux ; je n’ai du bouddhisme qu’une connaissance livresque, mais l’admiration livresque que j’en ai cède le pas à un enchantement profond : ces sites sont cet enchantement qu’il me faut approfondir.

 

(...)

 

 

mardi, 20 septembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (1)

 

 

Lundi 18 avril 2016 (quatre heures du matin, en voiture)

 

Une chaleur intense, profonde, humide, l’haleine brutale d’un four encore accentuée par de gigantesques soufflets : cette première sensation de l’air du Sri Lanka, dès les premières heures du matin, à la sortie de l’aéroport, est une épreuve douceâtre et redoutable à la fois. La terre, les murs, chaque arbre, chaque caillou sont imprégnés de cette touffeur, de cette moiteur lourde.

Voyager presque un jour entier pour atteindre, de France, le cœur du Sri Lanka, c’est aujourd’hui si banal, semble-t-il, et cependant c’est immense ; les distances matérielles semblent abolies — non pas les distances mentales.

J’arrive au Sri Lanka dans sa nuit. Dans le petit véhicule (sans jeu de mots…) qui me conduit à l’hôtel, j’aperçois des formes sombres, des silhouettes de maisons minuscules, des tas de bois fantomatiques, des affiches, des pancartes illisibles (mais je devine ces élégantes lettres bouclées qui forment l’écriture de ce pays), des bouddhas éclairés dans des niches, et souvent une véritable jungle, des arbres inconnus. Après toutes ces heures de voyage, je suis épuisé ; mais je ne puis dormir ; je voudrais déjà tout voir, tout visiter.

Je suis au Sri Lanka, je suis au Sri Lanka, me dis-je ! L’étonnante émotion d’être là, d’être là si loin.

 

***

(Plus tard)

 

Au Sri Lanka le ciel est bleu… Qu’avais-je imaginé ? Que le ciel y serait vert, les nuages jaunes, les arbres bleus ? Tout cela n’a pas changé. Mais c’est l’air, c’est la lumière qui ont changé ; je n’avais jamais vu cette lumière à la fois pâle et violente, je n’avais jamais senti cet air épicé, lourd, avec je ne sais quoi de transpirant...

L’hôtel où je viens d’arriver est splendide. Je goûte très peu l’aventure, et je n’envisage le voyage que dans la perspective de quelque halte à l’hôtel, le soir. Des nuits à la belle étoile je n’aime que l’expression, et tout ce qui a trait au camping me fait horreur, avec son cortège de contraintes matérielles plus ignobles encore que celles qui nous affligent au quotidien. Je crois qu’aujourd’hui je suis dans l’un des plus beaux hôtels que j’ai jamais habités, avec celui de l’Impératrice Zita, à Lekeitio, dans le pays basque espagnol. Je me moque du luxe, bien souvent, il ne m’intéresse pas pour lui-même ; seul m’importe ce qui est rêveur et beau, et dans un hôtel un lit propre, une table, une chaise et de l’eau chaude me suffisent amplement – et la vue, les vues par la fenêtre ou sur les terrasses. Je préfère mille fois l’hôtel de Calais, au Tréport, à un palace. Le luxe, aujourd’hui, est bien souvent vulgaire, il est à l’image de ce que nous apercevons des appartements des milliardaires américains ou saoudiens : tapageur, clinquant ; une prétentieuse laideur dorée. Or cet hôtel est à la fois beau et luxueux ; tout ici est spacieux, aéré, lisse, lumineux. Au loin, par-delà l’immense piscine, s’élève le Rocher du Lion, à Sigirîya, l’une des anciennes capitales royales de Ceylan, fondée par le roi Kassapa au Ve siècle. Sur ce Rocher, j’ai lu que l’on peut voir les ruines d’une forteresse et d’un palais.

 

***

 

Il y a de petits écureuils innombrables qui se promènent dans le parc de l’hôtel ; j’entends des cris de paons, des cris de singes, des cris de bêtes que je ne connais pas ; je suis au cœur d’une véritable ménagerie !  

 

(...)

 

 

 

mardi, 30 août 2016

D'un jardin

 

 

 

Il arrive bien souvent qu'un poème soit un regard retrouvé.

 

 

 

 

20:10 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Sur le poème | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

D'un ailleurs

 

 

 

L'un présente son programme politique mensonger, l'autre en démissionnant prétend rompre avec quelque programme vain et en inaugurer un nouveau, un autre encore commente ces ineptes événements : mais qu'avons-nous affaire avec ces gens dont toute la parole et toute l'existence sont une insulte à la beauté, à la présence de l'être au monde, à notre jour, à notre nuit ?

 

 

 

19:36 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

vendredi, 26 août 2016

Ô saisons, Ô châteaux !

 

 

 

 

champs.jpg

 

Le château de Champs (1699-1707), à Champs-sur-Marne,
photographie : février 2016.

 

 

 

 

mardi, 23 août 2016

Les herbes fanées

 

 

 

Il me semble, ôtant de nombreux livres de ma bibliothèque afin de m'en débarrasser, que je déconstruis pierre après pierre des pans de mur de la maison déjà fragile où je vis, et que je rends celle-ci plus vulnérable encore à l'hostilité du monde. Et dans mes rayonnages encombrés je crée des trouées qui m'apparaissent autant d'années qui ont passé. Ces livres que, pour certains d'entre eux, je m'étonne d'avoir aimés, et que, je le sais, je ne relirai plus, ces livres me sont d'anciens regards ; je ne les regarde plus qu'avec amusement, ou nostalgie.

 

Le jargon des bibliothécaires qualifie de "désherbage" l'acte d'éliminer quelque surplus de livres : ce sont bien là des herbes, non point toutes mauvaises, que j'arrache à ma demeure, pour un autre jardin un jardin plus mûr ?

 

 

 

14:28 Écrit par Frédéric Tison dans Autour du livre, Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

mercredi, 17 août 2016

Toute l'eau de la mer

 

 

 

 

Magnasco - Augustin.jpg

 

 Alessandro Magnasco (1667-1749), Saint Augustin et l'enfant (vers 1740), détail,
exposition "Alessandro Magnasco, les années de la maturité",
à la Galerie Canesso, au 26, rue Lafitte, Paris IX,
photographie : janvier 2016.

 

 

(Selon les moines médiévaux qui aimaient à se raconter cette histoire, saint Augustin, un jour qu'il se promenait au bord de l'océan, cherchant à pénétrer le mystère de la Trinité, avisa soudain un jeune enfant qui allait et venait sans cesse du rivage à la mer. L'enfant avait creusé un trou dans le sable où il versait l'eau dont il avait rempli des coquillages.

Intrigué, l'évêque d'Hippone demande à l'enfant la raison de son manège :

— J'essaie de mettre toute l'eau de la mer dans ce cratère, répond l'enfant.

— Voyons, mon enfant, ce n'est pas possible ! s'exclame le théologien.

— C'est vrai, dit l'enfant. J'aurai cependant puisé toute l'eau de la mer avant que vous ayez compris le mystère de la Sainte Trinité.)

 

 

 

lundi, 08 août 2016

Cet instant

 

 

 

Si peu lus, les livres de poèmes que l'on peut être sûr, un soir, ce soir, d'être le seul et l'unique à lire ce poème.