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samedi, 26 novembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (12)

 

 

Vendredi 22 avril 2016 (le soir) [suite]

 

 

Le Temple de la Dent sacrée du Bouddha (Sri Dalada Maligawa), à Kandy, est un enchevêtrement de pavillons dont j’ai eu quelque mal à me faire une idée d’ensemble. La relique de la Dent fut retrouvée dans les cendres du Bouddha après sa crémation rituelle ; elle parvint au Sri Lanka au IVe siècle de notre ère seulement ; accrochés entre les colonnes d'une sorte de longue chapelle dorée, de nombreux panneaux magnifiquement illustrés racontent cette histoire. Les salles des pavillons du Temple bruissent d’une foule fervente, chargée de présents et de fleurs. Il y a de nombreux autels, et je me suis senti un peu perdu ; je ne savais pas toujours très bien ce que je regardais… Les plafonds brillaient, je montais des escaliers de bois sombre, entre cent colonnes sculptées, entre mille visages. La Dent sacrée est scellée dans sept coffrets d’or en forme de stupas, que protège une barrière couverte de petits vases et submergée de fleurs.

 

***

 

J’écris cela le soir, dans mon bel hôtel ; voyager toute la journée, admirer la beauté du monde et des œuvres humaines, puis lire et écrire, le soir venu, dans une chambre nouvelle dont la terrasse ou le balcon donne sur une ville où les lointains sont bleus : ah, je devrais vivre comme cela tout le temps !

 

(...)

 

 

dimanche, 20 novembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (11)

 

 

Vendredi 22 avril 2016 (le soir)

 

 

De Kandy, j’ai pris un train jusqu’à Rambukkana, pour ensuite me rendre en tuk-tuk à Pinnawela visiter un parc où s’ébattent des éléphants. Le voyage fut éprouvant : plus de deux heures debout sur une passerelle encombrée me séparant du wagon proprement dit, où s’entassait une foule ahurissante. Pour ne rien arranger, il y régnait une chaleur monstrueuse ! Des vendeurs itinérants, comme si nous n’étions pas déjà assez nombreux, circulaient entre les voyageurs les bras chargés de paniers remplis de bouteilles d’eau, de fruits, de gâteaux. Les portes du train sont restées ouvertes durant tout le trajet, et de jeunes hommes s’agrippaient aux barres de maintien extérieures du wagon, debout au-dessus du vide sur un marche-pied, au risque de se rompre le cou à tout moment ; je les observais, effrayé, tout près d’eux. Les voyageurs prenaient leur mal en patience ; ils restaient souriants ! Pour ma part, noyé de sueur, je n’avais qu’une hâte : que ce trajet s’achève enfin !

 

Je n’aime pas les zoos, mais ce n’est pas cela que j’ai visité. Le parc accueille notamment de jeunes éléphants orphelins ; c’est un peu triste de les voir là si dépendants de l’homme. De loin, j’ai vu un troupeau d’éléphants, tous très majestueux.

 

***

 

Je suis revenu à Kandy dans un véhicule privé, et bienheureusement climatisé – Décidément, je suis peu fait pour l’aventure ! Petite chose sans doute que moi, trop frêle…

 

Auparavant j’ai visité le jardin botanique de Peradeniya, dans la banlieue proche de Kandy, qui est admirable. C’est une sorte de parc à l’anglaise, une jungle disciplinée ; de très hauts arbres déploient leurs ombres sur d’immenses pelouses vides ; certains penchent ou élèvent leurs branches ainsi que des bras, comme dans les contes ; de temps à autre, au détour d’un chemin, un bassin, un petit pavillon. S’y promènent en liberté des varans, parfois assez gros, des macaques, des paons. Il y a d’innombrables chauves-souris au haut des arbres, qui frémissent et volettent d’une branche à l’autre en plein jour : la chose surprend tout d’abord, puis l’on s’y fait. J’ai marché parmi des fleurs multicolores éblouissantes, des figuiers et des fontaines, et j’ai traversé une large et majestueuse allée, nommée Allée des Palmiers royaux.

 

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vendredi, 18 novembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (10)

 

 

Jeudi 21 avril 2016 (le soir) [suite]

 

 

Je suis à Kandy, dans l’ancien royaume du même nom. Être à Kandy ! Comme c’est étrange, et extraordinaire ! (Mais n’est-il pas extraordinaire d’être quelque part ?) L’air y est plus doux, je n’ose pas écrire plus frais ; mais je n’y ruisselle pas en permanence, au moins. La ville, très vaste, occupe une vallée verdoyante, et même luxuriante, entourée de montagnes qu’on dirait toujours bleues. J’aurais aimé faire une promenade nocturne (ou plutôt vespérale) dans cette belle ville, plus spacieuse et moins poussiéreuse que celles que j’ai visitées ; mais je suis bien fatigué, je dois me lever tôt demain matin, et l’hôtel occupe le versant haut d’une colline, si bien que le cœur de la ville est en contrebas, et qu’il me faudrait sans doute du temps pour trouver mon chemin. Du temps, il m’en faut également pour écrire ces lignes. Il me faudrait tout décrire ; mais je ne puis retenir que ces bribes, et les images qui s’accumulent dans mon appareil photographique.

 

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Ces macaques que l’on trouve amusants lors des premiers regards se révèlent des créatures bien peu ravissantes : il y en a partout, dans les arbres, sur les murets, sur les toits, et les voilà sans cesse en train de sauter dans tous les sens, de criailler à tout bout de champ, de se meurtrir les uns les autres sans façon ; de vrais garnements. J’ai appris de N. [le guide qui m’accompagne] qu’il faut éviter de les regarder dans les yeux, crainte de susciter leur agressivité à notre égard ; qu’il faut également se garder de soumettre leur instinct de voleurs à la tentation, et pour cela faire attention à toutes nos petites affaires : carnet, stylo, appareil photographique, téléphone, briquet, paquet de cigarettes, etc. Mais enfin : ils semblent bien se moquer parfaitement de nous, tout occupés qu’ils sont à s’épouiller, à se quereller, à se vautrer un peu partout. Ce sont bel et bien nos cousins !

 

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Être ailleurs, véritablement ailleurs, et cependant être là…

 

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mercredi, 16 novembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (9)

 

 

Jeudi 21 avril 2016 (le soir, à l'hôtel Amaya Hills de Kandy)

 

 

Est-il des pays plus colorés que d’autres ? Il me semble qu’il faudrait plutôt parler d’époques que de lieux. La fin du Moyen Âge français était une véritable fête de la couleur ; les cathédrales peintes, les statues polychromes, nous ne les verrons jamais plus telles qu’elles furent, merveilleusement ; et les vêtements, les étoffes ! Je voudrais que nos princes d’aujourd’hui (et qui le sont si peu, princes) fussent vêtus comme Jean de Berry ou Charles d’Orléans (et même comme les roturiers d’alors, car seule la qualité du tissu différait, non sa couleur), de rouge, de bleu, de sinople et d’or, pour parler comme dans l’héraldique. Au Sri Lanka, aujourd’hui, une chose frappe immédiatement : ce monde est plus coloré que le nôtre, dans notre temps. Les vêtements, les linges, les drapeaux, les innombrables fanions des temples, tous les objets même sont comme ces fruits qui s’étalent partout dans ces milliers d’échoppes le long des routes et des rues : rouge vif, vert éclatant, jaune étincelant, orange rutilant – et ces bleus, ces violets, ces beaux marrons clairs des tissus et des murs, et encore ces blancs immaculés des tenues des pèlerins…

Une culture qui met en avant la couleur a peut-être davantage conscience du noir et du gris : elle appelle davantage la lumière. J’aime d’amour et d’admiration l’austérité cistercienne ; cependant j’ai toujours eu un vif penchant pour le gothique, surtout pour ses voûtes jadis peintes et ses vitraux ; et je vais plus volontiers vers Suger que vers Bernard de Clairvaux. Ici aussi, au Sri Lanka, c’est une sorte de théologie de la Lumière qui est à l’œuvre – un véritable amour de ce qui recouvre de couleurs le monde.

 

[...]

 

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Le Sri Lanka est beaucoup moins sale que je l’avais craint : bien sûr la voirie n’est pas comparable à la nôtre, mais il n’est pas question ici des épouvantables conditions d’hygiène qui s’observent (ai-je lu, et remarque-t-on dans les reportages télévisés que j’ai vus) dans certaines villes de l’Inde voisine. Poussières, déchets alimentaires, et les inévitables objets en matière plastique abandonnés ça et là ; sauf pour la poussière (abondante ici), on n’est finalement pas si loin d’un jour de marché, en France, ni même de certaines rues…

La pauvreté s’y montre digne.

(Je n’oublie pas toutefois les (nombreux) clochards, silènes et mendiants de ce pays : eux sont vraiment dans une misère noire, affligés souvent d’une horrible infirmité, et certains dorment nus sur les trottoirs de terre battue – une autre misère, relative évidemment, est celle de mes mots devant eux. Je me souviens d’un poème mien.)

 

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D'une manière générale les sites du passé sont bien administrés : pas de panneaux didactiques envahissants, collés sur les murs ou fichés à terre devant un monument, nul cordon de protection hideux, etc., de sorte que rien ou presque n’est défiguré.

 

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Pour se saluer, on joint ses mains et l’on s’incline légèrement – la poignée de mains occidentale, qui a sa noblesse et sa signification, n’a pas cours ; Paul Celan n’aurait pu écrire, ici : « Je ne vois pas de différence entre une poignée de main et un poème » ! Je salue désormais mes interlocuteurs et les gens que je rencontre les mains jointes : ce geste n’est-il pas lui aussi quelque poème ?

 

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mardi, 15 novembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (8)

 

 

Jeudi 21 avril 2016 (en voiture) [suite]

 

 

Nous avons traversé rapidement quelques villes et villages, en direction de la ville de Kandy. À Matale, à bord de la voiture, j’ai fait un petit film qui montre les rues de la ville, et s’achève très heureusement, alors je ne l’avais pas du tout prévu, sur l’image d’un temple hindouiste très coloré, que j’ai seulement pris en photographie de l’extérieur sans le visiter ; nous sommes un peu pressés par le temps.

 

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Ces chiens errants qu’on voit partout, allongés sur les trottoirs ou déambulant mollement, je les prenais pour des animaux abandonnés à leur sort – cependant j’apprends qu’ils ne sont nullement abandonnés, mais seulement, dans la journée, laissés en liberté dans les rues par leurs maîtres qui les y viennent chercher le soir venu.

 

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lundi, 07 novembre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (7)

 

 

Jeudi 21 avril 2016 (en voiture)

 

 

Le bruit des rues passantes, ici… Même à Paris je n’ai jamais entendu tel concert permanent de klaxons – au point que le boulevard Diderot, où j’ai l’habitude d’écrire sur les terrasses des brasseries, me paraîtra sans doute un havre de calme et de douceur à côté de ces rues bruyantes, populeuses, où les camionnettes, les voitures, les tuk-tuk (ces tricycles à moteur servant de taxi) innombrables s’avancent, foncent, se côtoient et se doublent dans un tohu-bohu ininterrompu (au point que je me demande comment nous n’avons pas eu encore d’accident, ne serait-ce qu’un accrochage).

La ville sri-lankaise : un joyeux, un exubérant désordre – un chaos souriant !

 

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À Dambulla, dans la ville moderne, étonne un édifice tout récemment construit (en 2000), le Temple d’Or, où un Bouddha gigantesque, entièrement doré, faisant de ses mains le « geste de l’enseignement » (la « mise en route de la roue de la loi »), domine un bâtiment flanqué d’une porte figurant une face (celle d’un tigre ? d’un dragon ?) à la gueule démesurément ouverte. Le tout présente un caractère certes un peu « kitsch » ! Mais ce n’est pas le cas du plus vieux sanctuaire rupestre bouddhiste du pays, qui se trouve non loin, et vers lequel je me rends en compagnie de dizaines de singes qui bondissent un peu partout : le sanctuaire est un grand ensemble de grottes, décorées aux Ier, XVe et XVIIIe siècles, lesquelles abritent de très nombreuses images peintes ou sculptées du Bouddha, ainsi que quelques images de rois ou de divinités hindous. Les voûtes, les parois sont entièrement peintes ; le sol est carrelé de sortes de tomettes rouges. Et partout, contigües les unes aux autres, ces statues fascinantes au regard impassible. Je fus muet d’admiration, et maintenant encore je sens ma plume défaillir. Le Nombre est une sensation dans ces lieux.

 

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Le respect des coutumes et des mœurs qu’il me semble naturel de montrer ici (se déchausser aux abords des temples et des stupas, n’y pas montrer ses genoux, et dans l’ensemble y avoir une tenue correcte (et blanche), etc.) me fait penser que sa civilisation est pour ce pays une évidence. Nous sommes priés aimablement mais sans concession à la respecter. C’est un miroir éloquent. (Qui a envie de respecter et d’admirer une civilisation qui se montre indifférente au dédain qu’on affiche à son égard, ou le tolère ?...)

 

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Au Sri Lanka il y a des dieux – comme partout : mais ici chacun le sait. Le sacré parle, le divin agit. Le proche est mystérieux. Le lointain n’est pas inaccessible…

 

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mardi, 25 octobre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (6)

 

 

Mercredi 20 avril 2016 (le soir) [suite]

 

 

J’ai feuilleté quelques siècles en arrivant à Polonnaruwa – c’est encore un très grand site, peut-être de la taille de la ville sainte d’Anurâdhapura. Des ruines du palais royal du XIIe siècle [construit par le roi Parakramabahu le Grand (1123–1186)] sont remarquables l’ancienne salle d’audience ornée de gracieux bas-reliefs (hélas très abîmés, rongés par les mousses et l'humidité), les vestiges du palais lui-même et les temples et les stupas qui l’entourent, où siègent des bouddhas de pierre magnifiques, qui nous regardent, ou plutôt nous traversent de leurs regards. Il y a aussi un temple dédié à Shiva. Dans une sorte de clairière, le site dit de Gal Vahariya, une succession de trois bouddhas sculptés, de grande dimension, accolés à une petite paroi, est splendide ; le premier médite, assis ; le deuxième est debout, les bras croisés, dans l'attitude de l'illumination ; le troisième, allongé, a atteint le parinirvâna, le nirvâna parfait, ineffable.

 

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Le sentiment éclatant, ici, de la nudité des animaux.

 

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Sont prohibés, au Sri Lanka, ces ridicules autoportraits que l’on nomme selfies (même en France !) faits en compagnie d’une statue ou d’une image du Bouddha ; et pourtant, quelques touristes transgressent cette interdiction, qui se font heureusement vertement réprimer ; N. [le guide qui m’accompagne] fait même effacer cette image sacrilège de l’appareil photographique de l’un de ces touristes, pris en flagrant délit de sottise et d’irrespect.

 

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Curieusement, cette touffeur qui ne cesse pas et qui m’étourdit parfois semble dans le même temps me protéger de toutes les maladies du monde, de toute son hostilité – comme si le corps n’avait plus peur, derrière l’invincible écu de la chaleur… Je suis dans une forme réellement éblouissante, j’ai l’impression de danser, toujours !

 

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On attribue au lieu ce qu’on oublie bien souvent d’attribuer au temps (à l’instant, au moment) : l’unicité – celle de notre présence ici, dans cette ville-là, dans ce pays-ci, tandis que nous sommes aussi dans ce temps-là – pour jamais, une seule fois, notre présence dans l’instant qui ne reviendra pas.

 

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dimanche, 16 octobre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (5)

 

 

Mercredi 20 avril 2016 (le soir)

 

 

N., le très aimable et efficace guide qui m’accompagne, est un homme pieux, sans affectation. Lorsqu’il en a l’occasion, il sort de la voiture, joint ses mains devant l’un de ces innombrables bouddhas qui ouvrent finement les yeux le long des routes et des chemins, et il récite quelque prière courte. Il est très disert sur le bouddhisme qu’il pratique (il s’agit du bouddhisme theravada) et sur sa civilisation en général, et j’ai beaucoup de plaisir à l’écouter. Son français est correct, d’autant qu’il y a un abîme entre sa langue et la nôtre (pour ma part, je me sens vraiment pauvre, face à lui, de ne comprendre pas un mot ou presque de la sienne) ; son amour de la culture française est très touchant ; il a sur lui un carnet où il note quelques mots français, que je lui corrige volontiers. Il a trente-sept ans ; il était auparavant conducteur de tuk-tuk, à Kandy, et il est fier d’être désormais guide pour des touristes français. Il n’est jamais encore allé en France. Paris le fait rêver…

 

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Extraordinaire Rocher du Lion, à Sigirîya : la forteresse et le palais construits par le roi Kassapa [, roi de 477 à 495 – ajout, tandis que je recopie ces notes], au Ve siècle, se trouvent tout en haut de cette étrange montagne à la forme d’enclume (mais ce n’est pas tout fait cela) ; j’ai traversé les ruines d’anciens jardins, lesquels se succédaient jadis en jardins d’eaux, jardins de pierres et jardins de terrasses jusqu’au palais, auquel on accède par les quelque 1 200 marches d’un escalier étroit et vertigineux, posé à même les parois, où toute une foule monte de concert et en descend dans le même temps, créant parfois des embouteillages. Une grotte, qui se visite le temps d’une halte le long de la paroi, laisse voir d’admirables peintures, hélas bien abîmées, datant du Ve siècle et représentant des « demoiselles » élégantes, sans doute des servantes et des danseuses royales, toutes très belles – mais on ne peut pas les photographier. Je passe auprès d’énormes nids de frelons qui pendent sur les parois, de monstrueuses grappes sombres inquiétantes, et dont le bruit est assourdissant, incroyable ; il ne faut pas faire de bruit, c’est là le seul risque de précipiter sur nous quelque essaim vengeur ; évidemment, quelques touristes parlent tout de même à voix haute et s’interpellent à tort et à travers (inénarrable sottise de l’attitude de certains, lorsqu’ils se trouvent en pays étranger !) ; mais je parviens sans mal (ou presque…) au sommet. Auparavant j’ai vu les vestiges de l’entrée du palais qui se trouve encore plus haut, au-delà des dernières marches le long d’une dernière paroi : les énormes pattes mutilées d’un lion de pierre sombre.

Vue sur le ciel, vue sur un lac et des montagnes, vue, dirait-on, sur le pays et même le monde tout entier ! Le site est d’un bel ocre rouge, la terre battue, les pierres semblent mêler leurs couleurs respectives. Ce sont là des ruines presque arasées, mais quel palais ce devait être, quelle splendeur ! On dirait que se dressa là l’un des palais imaginés par Gustave Moreau, avec ses colonnes et ses ors, ses degrés, ses hauts plafonds, ses statues, ses détails luxuriants et compliqués. Là une piscine immense, que surplombe encore le trône du roi ; ici des marches vers des salles effondrées, que l’on devine avoir été de purs rêves de pierre où glissaient des personnages aux vêtements éclatants.

 

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mercredi, 12 octobre 2016

Au Sri Lanka — Notes de carnet (4)

 

 

Mardi 19 avril 2016 [suite] (avant de dormir)

 

Pouvoir regarder la France avec les yeux que j’ai ici…

 

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Ce n’est plus (ou pas tant) de fuir, là-bas fuir, qu’il est question, mais de retrouver – de trouver ce qui fut oublié.

 

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Il m’est impossible de tout noter, car j’ai encore visité aujourd’hui la petite ville d’Avukana, et plus particulièrement le monastère, encore en activité (il y a parmi les moines de très jeunes garçons, qui offrent le thé à chacun des visiteurs, thé accompagné de petits fragments de gâteaux à la noix de coco), un monastère qui abrite une gigantesque statue de Bouddha (elle fait un geste de bénédiction), de 12 mètres de haut et très belle – malheureusement le temps s’est couvert soudain, et je n’ai pas pu en faire de satisfaisantes photographies. Les autorités ont recouvert la statue d’un disgracieux toit de tôle grise soutenu par de gigantesques piliers – c’est bien dommage, mais c’est sans doute la rançon d’une meilleure conservation… Avant d’arriver là, j’ai vu un lac, et un immense champ de cocotiers – j’eusse aimé m’abriter de la chaleur sous leurs ombres bienfaisantes, même au risque de recevoir une noix de coco sur la tête !

Tout carnet de notes ne peut qu’être lacunaire (celui-ci l’est grandement, hélas ! Il me faudrait des soirées de dix heures), et je m’arrêterai là pour cette nuit – mes photographies prendront le relai, lorsque je les légenderai ; elles sont le trésor de mes regards interrompus.

 

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jeudi, 06 octobre 2016

Regard sur un regard passé

 

 

 

Je reste assez insatisfait de quelques-unes de mes photographies du Sri Lanka : certaines sont déséquilibrées, maladroitement cadrées. Tant pis ! J'en livre tout de même sur ces pages virtuelles.

Toute photographie dit beaucoup de son photographe (de son histoire, de ses goûts, de ses désirs), mais on néglige souvent d'envisager les moments de ces images, et le corps même du photographe : il faut m'imaginer, derrière chacune d'elles, les pieds nus sur ces dalles brûlantes dont j'ai parlé, ou bien accablé de chaleur, ou encore bousculé par la foule et la marche. Je n'oublie pas non plus que je fus parfois si ému devant ce que je voyais que je saisissais, presque sans le savoir, une image de façon fugitive, tout pressé que j'étais, non plus de photographier, mais de contempler.