Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 18 mai 2016

Sub rosa

 

(Les notes qui suivent furent écrites en mars 2010 et sont directement retranscrites de mon premier blogue (Les Lettres blanches I. (2008-2013)), désormais envahi de publicités comme de mauvaises herbes et sens dessus dessous)), avec seulement quelques modifications de détail.)

 

Éros un jour tendit une rose à l'enfant-dieu Harpocrate, ou Harpocrates, fils, dit-on, d'Isis et d'Osiris : c'était la première rose du monde, un don d’Aphrodite. La déesse voulait ainsi s'assurer le silence d’Harpocrate sur ses intrigues et ses amours auxquelles l'enfant assistait dans l'ombre des chambres et derrière les tentures des salles de banquet. Il fut d’usage ensuite, chez les hommes, de placer une rose dans les lieux de divertissements : sa présence engageait les convives à bannir toute contrainte sous la promesse du Silence. C’est du moins ce que dit la légende venue d’Égypte acclimatée à Athènes puis à Rome. Et l’on explique ainsi l’expression « sub rosa » : se dire quelque chose « sous la rose », c’est s’engager à en garder le secret. L'amitié vraie est toujours sous la rose. Peut-être trouve-t-on également la trace de cette rose dans l’énigmatique « pot-aux-roses », dont plusieurs explications sont proposées, et jamais ne sont tout à fait satisfaisantes.

*


Il est également difficile de se faire une idée précise du dieu-enfant.


Des érudits ont montré que le nom d’Harpocrate vient du copte Arphochrat (l’idiome des anciens Égyptiens) qui signifie « celui qui boîte d’un pied », ou « faible des pieds ». Les Égyptiens conservèrent du dieu l’aspect de l’enfant dans le ventre maternel, les mains ou les doigts sur le visage ou la bouche, révélant son éternelle faiblesse. Harpocrate s’oppose à Horus, l’autre fils d’Isis et d’Osiris ; Horus est le symbole du soleil au solstice d’été, tandis qu’il est dans toute sa force ; Harpocrate est celui du soleil « faible », au solstice d’hiver. Harpocrate fut ensuite désigné, dans le monde romain, comme le « dieu-enfant-phosphore », le porte-lumière, symbole de la lumière naissante, encore fragile.


Harpocrate est un très jeune homme, ou un enfant, et il porte un doigt à ses lèvres : on le reconnaît sans peine parmi les statues. Ce geste, en Occident, signifie le silence. Mais en Perse, le geste signifie l’étonnement : Sadegh Hedayat le rappelle dans La Chouette aveugle. Et les miniatures persanes sont parcourues de personnages un doigt sur les lèvres : sans doute s’étonnent-ils à jamais d’être en de si beaux lieux…

 

*

Harpocrate est souvent nu, et parfois ailé.

 

*


Des Romains, rapporte Pline L’Ancien dans le Livre XXIII de son Histoire naturelle, ornaient leurs bagues à cachet de la figure du dieu ; l’empreinte du cachet, qui représentait Harpocrate un doigt sur les lèvres, signalait qu’il fallait garder précieusement le secret des lettres. (L’empereur Auguste usait, pour cacheter ses lettres secrètes, du Sceau du Sphinx ; nul ne pouvait en divulguer le contenu sous peine de mort.)

 

*


La peinture la plus belle m’apparaît toujours profondément silencieuse : elle est une rose ; elle semble avoir toujours un doigt sur les lèvres.

 

*


Beaucoup de poèmes sont écrits, et donnés, sub rosa : ils ne craignent pas que leur secret soit dévoilé : comment pourrait-il l’être ? Les mots mêmes du poème sont la rose.

 

*


Au Louvre, le promeneur peut voir une belle et rare statuette représentant un Éros un doigt sur les lèvres, miraculeusement conservée, et qui l’invite, discrètement, au plus grand silence. Harpocrate, en prêtant son geste à Éros, devient une épithète : Éros harpocrate.

 

*


Varron, dans ses Antiquités, dit qu’il ne faut pas parler d’Harpocrate, sinon succinctement : il craignait de violer le silence que le dieu recommande. C’est un sage conseil, à mon avis, et j'ai sans doute été trop long...

 

 

 

 

09:44 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le doigt sur les lèvres

 

 

 

 

SAM_4002 b.jpg

 

Manufacture de Niderviller, Amours (vers 1775-1793), biscuit,
collection du palais des ducs de Lorraine, à Nancy,
photographie : octobre 2015.

 

 

 

 

mardi, 17 mai 2016

Le sens

 

 

 

Ce n'est pas son luxe que j'aime d'un château, ce n'est pas la richesse qu'il suggère, ni même le prestige ou la gloire qu'il signale, c'est la haute idée que sa forme se fait de l'homme, en lui proposant une sculpture pour habitation — de grands escaliers pour ses pensées, de vastes salles pour son silence, des fenêtres ouvragées pour ses profonds regards, et des tours pour ses ciels, pour tout l'air qui traverse son corps et son esprit : cette image matérielle qui redouble, indique et sublime la présence d'un être pensant dans ce monde.

 

 

 

06:22 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

lundi, 16 mai 2016

La pensée difficile (Interlude)

 

 

 

Il est certain que s'est perdue la véritable signification des dieux grecs, précisément parce que ceux-ci n'étaient pas, ou pas tout d'abord, des significations, mais des forces, des actes, des danses et des rythmes ; leur souveraine présence n'avait pas à dire "Je suis", s'il y avait en elle un "Il y a" sans pourquoi... Cela nous est difficile à comprendre, parce qu'il ne s'agit pas de comprendre. Il y a peu, dans l'ancien royaume d'Anurâdhapura, la ville sacrée, devant les innombrables visages du Bouddha comme devant les dieux des temples hindous, je me disais que ces forces étaient là toujours vivantes, alors qu'en France, et en "Occident" plus largement, nous nous abîmons loin du dieu ineffable lorsque nous le pensons comme séparé — J'ai pensé à l'Europe médiévale, à ses cathédrales rutilantes, à ses Mystères colorés, et tandis que je déposai une fleur de nénuphar devant un visage, par-delà le temps et le lieu, j'étais en présence du Divin palpitant...

 

 

 

SAM_6434.JPG

 

Le stupa Ruvanvelisaya (Ruvanvelisaya Dagoba) (IIIe s. ap. J.-C.),
dans la ville sacrée d'Anurâdhapura,
dans la Province du Centre-Nord, au Sri Lanka,

photographie : avril 2016.

 

(à suivre.)

 

 

 

vendredi, 13 mai 2016

Ce qui devrait être

 

 

 

Une civilisation aboutit toujours à l'élaboration et au rêve d'un château, d'un palais ; aussi bien me dis-je que l’habitation normale de tout homme est un château, ne peut être qu'un château, à jamais et pour toujours, et que c'est là son lieu et sa demeure sur la Terre. Et tout le reste n'est qu'anomalie.

 

 

 

 

05:22 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

mercredi, 11 mai 2016

Musée du regard

 

 

 

Il me semble parfois, à observer mes photographies de tableaux aimés, que je feuillette mon propre regard, mon propre regard passé — où j'ai laissé dans l'ombre nombre de toiles qui cependant illuminaient les murs de ce musée, et dont je ne me souviens plus guère, hélas ! — où j'ai traduit dans une lumière qui n'est pas celle du jour les quelques images ici partagées.

 

 

 

17:05 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Musée d'un regard | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mercredi, 04 mai 2016

Du retour

 

 

 

Il est des voyages qui nous changent, qui laissent en nous une indélébile trace, semble-t-il. Mais comment savoir si ces villes, ces paysages, ces visages croisés s'imprimeront dans notre mémoire à la façon de livres (si le monde est également une succession de livres), à la façon d'images d'êtres aimés ?

Un autre livre était ouvert ; il est désormais refermé. Sait-on à quel moment il s'éloigne, comme se sont éloignés des amis, des paysages, des visages, peut-on savoir s'il a édifié une véritable demeure en nous, que nous ne pourrons effacer ?

 

 

 

05:00 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

jeudi, 28 avril 2016

Seule manque

 

 

Une seule chose nous manque : la ferveur !

 

 

 

04:21 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

vendredi, 15 avril 2016

Vacance de la nuance

 

 

 

Qu'est-ce qui, aujourd'hui, après le silence, semble le plus menacé ? Je dirais volontiers : la nuance, la demi-mesure, l'équilibre — partant, le regard étonné.

 

 

 

06:26 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

dimanche, 10 avril 2016

La voix, le rythme et la guitare-mandoline

 

 

 _________________

 

 

 ______

And Also The Trees, "Your Guess", dans l'album Born into the waves (2016)

 

Il n'aura pas échappé au Lecteur attentif de ce blogue que l'auteur de celui-ci est un amoureux transi de cette formation musicale anglaise...

Selon moi, qui n'écoute que de la musique dite "classique" (c'est-à-dire de la musique tout simplement, bien sûr), c'est là ce que devrait être la seule vraie chanson de notre temps, loin, bien loin de la "musique" industrielle affreuse qui brise et blesse tous nos silences, tandis que tout l’œuvre d'And Also The Trees est d'accompagner et de dire, avec l'élégance, la mélancolie et la mélodie d'un monde.