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samedi, 10 octobre 2020

Ô les chants des matelots !

 

 

 

 

 

Déodat de Séverac (1872-1921), Trois Souvenirs : II. Chants des matelots. Andantino (1919),
Orchestre de la Suisse Romande, dirigé par Roberto Benzi.

 

 

(J'aurai rarement écouté une musique aussi légère, élégante et profonde à la fois que celle-ci, avec les volutes de ses violons frémissants.)

 

 

 

mardi, 06 octobre 2020

La vie

 

 

 

Je n'aurais pas voulu être un roi, mais j'aurais aimé être un archiduc. 

 

 

(En écoutant, sur Radio Classique, le Premier Mouvement du Concerto pour deux pianos (K. 365) de Mozart, composé à la demande d'un archiduc dont je viens d'oublier le nom.)

 

 

 

 

lundi, 05 octobre 2020

Beethoven

 

 

Beethoven, c'est Mozart en colère.

 

 

 

samedi, 03 octobre 2020

Il est...

 

 

 

Il est des gens qui, par leur silence ou leur mépris (mais (presque) toujours le silence, chez les hommes, est un mépris), ajoutent du malheur au monde.

 

 

 

17:44 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Minuscules | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

mercredi, 30 septembre 2020

Espérément

 

 

 

Il faut s'accrocher espérément, me dit Paul Farellier — Parole de Poète.

 

 

 

 

Du poème

 

 

 

Le poème est de tout retenir.

 

 

 

dimanche, 20 septembre 2020

Voyage en Chine (avril-mai 2019) — Notes de carnet, extraits (10)



 

Mardi 30 avril 2019

(Pékin, le soir.)

 

Mon nouveau guide se fait appeler Monsieur Yang, c’est un homme d’âge mûr, cultivé, souriant, et qui possède une longue expérience ; il est intarissable sur l’histoire de Pékin et de ses environs.

*

Le ciel est redevenu radieux. La Chine connaît donc le ciel bleu.

*

Les derniers jours de mon voyage sont un enchantement. Nous fûmes aujourd’hui à la Grande Muraille de Chine, ou plutôt nous en avons visité une partie. Que dire de celle-ci, sinon des banalités, sinon que c’est une merveille ? Nous sommes entrés par la dite « Passe de Juyonggan » (« Porte des Nuages », si j’ai bien compris) qui permet d’accéder à une portion de la muraille construite en pierre, tandis que d’autres portions, que je n’ai pas vues, sont en terre battue. Les marches sont très irrégulières (elles sont hautes tantôt d’une pierre, tantôt de deux, tantôt de trois, si bien que nous montons à petits pas pour faire soudain des pas de géants, tout cela d’une manière en apparence capricieuse), ce qui rend l’ascension assez rude ! Je m’étonnais moi-même d’être, en toute simplicité, sur la Grande Muraille de Chine ! Le vent régnait. Le paysage grandiose, alentour, se prêtait au rêve ; il me semblait que je contemplais deux mille ans d’une histoire que je ne pourrai jamais, et à jamais, tout à fait comprendre.

*

Les tombeaux des Ming, près de la ville de Changling, se trouvent non loin. Le site est gigantesque (la seule « Voie des Esprits » qui mène aux tombeaux est longue de sept kilomètres), si bien que nous avons effectué une partie de la visite en voiture.

L’allée majestueuse dite « Voie des Esprits » est ponctuée de nombreuses statues magnifiques, des chefs-d’œuvre de pierre stupéfiants, qui représentent d’abord des chevaux, des chameaux (j’ignorais que la Chine connût des chameaux !), des lions, des éléphants, et toute sorte d’animaux imaginaires et hybrides, debout ou agenouillés, puis des mandarins, des civils et des militaires hiératiques chargés de veiller sur la mémoire des anciens Empereurs. 

 

(à suivre.)

 

 

 

07:33 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mercredi, 16 septembre 2020

Voyage en Chine (avril-mai 2019) — Notes de carnet, extraits (9)

 

 

Lundi 29 avril 2019, deux heures trente du matin

[Dans le train Xi’an-Pékin.]

 

J’ai dormi un peu, miracle ! Le train semble un quasi « direct » : mais 1 200 km en onze heures, tout de même… Par la fenêtre je ne distingue presque rien, des formes sombres, des immeubles immenses encore sans doute ; tout ce que je traverse est plongé dans le noir.

*

J’espère que le climat sera plus favorable, à Pékin. Pour l’instant, depuis huit jours, je n’ai vu qu’un ciel gris au-dessus de la Chine, rarement traversé d’éclaircies, et pourtant j’ai fait du chemin ! Mes photographies en ont pâti ; j’ai dû faire appel à mes quelques connaissances en terme de cadrage pour éviter autant que se peut des clichés aux ciels brûlés, des images ternes et sans relief.

(...)

4 h 30 : le train est arrêté depuis une vingtaine de minutes dans une gare aux quais gigantesques, totalement déserts. Durant une heure, j'ai achevé l'un des poèmes de mon livre futur.

(...)

6 h 50 : j’arrive à Pékin ! Sa banlieue, sans surprise, est grise, triste, déshumanisée. Mais après tout, il faut bien passer par cela également pour arriver à Paris...

*

(Pékin, le soir.)

 

Pékin m’a immédiatement séduit. Quelle belle et vaste ville ! Je ne cessais de me dire : « Je suis à Pékin, je suis à Pékin ! ». Je sais que toute la grâce et la raison d’un voyage résident dans le voyage lui-même, bien souvent, mais c’est ici le lieu qui est une sorte de récompense (« Tu as fait un long voyage pour arriver au voyageur », écrivit Farid od-dîn Attâr dans son Colloque des oiseaux, cela est si beau). Je suis ici, je suis ici : j’aime cette pure verticalité, et la sensation quasi extatique de ne vouloir pas être ailleurs, à ce moment-là, dans ce lieu-là – une ville peut être comme une étreinte ou un baiser.

 

(...)

*

Il m'est arrivé d'écrire que « le temps s'étonne en nous » [cf. « Minuscules II, extraits de carnets de notes 2018-2019 », Les Hommes sans Épaules, n° 50, second semestre 2020] ; il m'apparaît qu'il nous hait, qu'il souhaite notre destruction.

*

Un dieu des portes ajouterait Pékin à la liste de ses « villes précieuses », sans nul doute.

*

Ah ! Le Temple du Ciel ! J’ai pensé à Victor Segalen, aux Stèles, celui de ses livres de poésie que j'aime tant, et dont je connais quelques poèmes par cœur, comme celui-ci, qui est l'un des plus beaux que j'ai jamais lus :

 

Éloge et pouvoir de l'absence

 

Je ne prétends point être là, ni survenir à l’improviste, ni paraître en habits et chair, ni gouverner par le poids visible de ma personne,

Ni répondre aux censeurs, de ma voix ; aux rebelles, d’un œil implacable ; aux ministres fautifs, d’un geste qui suspendrait les têtes à mes ongles.

Je règne par l’étonnant pouvoir de l’absence. Mes deux-cent-soixante-dix palais tramés entre eux de galeries opaques s’emplissent seulement de mes traces alternées.

Et des musiques jouent en l’honneur de mon ombre ; des officiers saluent mon siège vide ; mes femmes apprécient mieux l’honneur des nuits où je ne daigne pas.

Égal aux Génies qu’on ne peut récuser puisqu’invisibles, — nulle arme ni poison ne saura venir où m’atteindre.

 

[Note (2020) : je connais certes ce poème (presque) par cœur, mais j'ai tout de même vérifié dans ma bibliothèque l'exactitude des versets que je cite ici, et j'ai corrigé la ponctuation que je n'avais pas alors tout à fait respectée. D'autre part, il m'est impossible de respecter ici la mise en page voulue par le poète.]

*

Voilà encore la Chine que je croyais, naïvement, trouver partout… J’ai marché le long de la Voie sacrée, empruntant le parcours ancien des Empereurs lorsqu’ils allaient sacrifier aux dieux des animaux domestiques mâles, afin d'obtenir d'abondantes récoltes. Un petit pavillon au toit jaune se distingue parmi ceux qui sont disposés au bord de la Voie, pavillon délicat destiné au changement de vêtements des Empereurs des dynasties Ming et Qing. Le Temple, récompense au bout du chemin, est un grand pavillon avec une triple rotonde ornée de tuiles bleues délicatement vernissées ; le pavillon de forme ronde (symbole du Ciel) se dresse au centre d'une place carrée (symbole de la Terre), elle-même l'écrin d'une esplanade entourant le temple, dallée de marbre blanc.

 

(à suivre.)

 

 

06:46 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

samedi, 12 septembre 2020

De quelques photographies de voyage

 

 

[Dans le train Xi'an-Pékin, minuit, notes ébauchées, revues en 2020]

 

Tandis que je les publie désormais, il me semble que la plupart de mes photographies de Chine, au fond, sont assez tristes, avec tous ces ciels blancs, brûlés, avec ces pluies incessantes... On dirait que la Chine, alors, m'accompagnait dans mon errance grise. J'étais pourtant en train de faire un extraordinaire voyage ! Et l'immémoriale et sublime Chine m'ignorait superbement, naturellement. Quelle malédiction inconnue m'accompagnait ? Quel désespoir ? Quelle attente ? Quelle indifférence ?

 

(Un seul soleil, parfois, un peu de lumière eussent suffi, mais ils étaient cette absence des dieux qu'il faut reconnaître sans la comprendre.)

 

(...)

 

 

 

22:40 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

jeudi, 10 septembre 2020

Voyage en Chine (avril-mai 2019) — Notes de carnet, extraits (8)

 

 

Dimanche 28 avril 2019, quatre heures trente du matin.

[Xi’an.]

 

(...)

Les insomnies sont des écoles de solitude ; il semble qu’on est alors une seule et solitaire bougie à la flamme vacillante dans l’immensité d’une obscurité interstellaire.

(...)

Être quitté, ou délaissé, c'est être mille fois abandonné au bord d'une route qui était à peine esquissée. La solitude, ce sont des lèvres patientes et bouleversées, et un corps élevé dans une chambre vide. Oh, ce silence, ô silence, c'est un lambeau déchiré de la robe de Mélisande, c'est un oiseau qu'on enterre, une fenêtre obstruée sans raison, et une fenêtre effondrée. C'est un palais glacial où chaque pas résonne sur des dalles pourtant sans écho. C'est un mariage détruit par l'imposture, et ce sont des enfants qui s'étonnent. C'est une porte qu'on n'a pas entendu se fermer. C'est un parc où toutes les statues regardent au loin. Ce sont les broderies, les tapis d'herbe, les nappes dormantes des jardins de tous les châteaux du monde. C'est de la neige qui tombe, qui est tombée, tombée, et l'on a oublié son manteau, et l'on n'a pas les bonnes chaussures. C'est un sexe qui se dresse dans la nuit pour personne. Ce sont des mains qui résonnent, qui ne font rien, qui résonnent, qui écrivent. C'est un train qui roule pour rien, vers rien, rien. C'est le maître d'une maison dont les portes sont ouvertes. C'est la somme des fenêtres, une comète échouée sur la plage du monde. C'est quelqu’un dans un couloir obscur, et personne n'est là ni ne comprend. Et quelqu'un soudain vous hurle d'aller vers quelque chose, quelqu'un hurle, hurle, quelqu'un vous reproche quelque chose, et vous ne pouvez cependant pas sortir.

(…)

Le temps, en Chine, est étrangement plus long. Deux voire trois heures me semblent avoir passé tandis qu’une heure a eu lieu. Le temps lui-même a changé d’échelle, à l’instar des lieux, des bâtiments et des trajets.



(Dans le train Xi’an-Pékin, le soir.)



Onze heures de voyage à venir : je finis par m’habituer à ces trajets désespérément longs.

*

Il a plu toute la journée, aujourd’hui, à Xi’an – qui est une belle ville, vaste et ornée de beaux bâtiments, pour ce que j’en ai vu –, si bien qu’au lieu d’une vraie promenade de découverte j’ai admiré surtout, entre les gouttes, la Grande Pagode de l’Oie sauvage (648 ou 684 selon mon guide ou le Guide vert), magnifique et rare exemple presque intact de l’interprétation chinoise d’une architecture indienne bouddhiste, dressée au sein d’un beau jardin parsemé de temples de bois sombre et de pavillons élégants, rouges et blancs.

Puis je suis allé me promener dans le quartier musulman – principalement une longue artère de boutiques entourée de souks –, populeux mais tranquille. Des échoppes vendent d’étranges mets, notamment des brochettes de viande de créatures souvent inconnues dont la vue et l’odeur seules m’ont soulevé le cœur. Des magasins proposent de tout, des gâteaux, du chocolat, de grotesques souvenirs pour touristes, des vêtements, d’improbables gadgets criards.

Étonne, non loin, à l’écart des souks, la belle Grande Mosquée construite au XIVe siècle, sous les Ming. Les façades et le toit de la mosquée évoquent un temple bouddhiste ; ses minarets épousent la forme d’un temple taoïste ; les jardins qui les entourent sont des jardins chinois (peut-on dire « jardin à la chinoise » ?) – l’islam s’est ici très bien acclimaté à son pays d’accueil : il se fond pour ainsi dire dans le paysage…

*

Je suis désormais dans le train de nuit Xi’an-Pékin. Le contrôle ridiculement tatillon des bagages, à deux reprises, m’a coûté quelques petites bombes aérosols (telle qu’une crème à raser, extrêmement dangereuse en effet) et une paire de ciseaux à laquelle je tenais – Tout cela sans parler du sentiment d’horreur que me procure la foule, omniprésente ici. Je n’ai pas patienté longtemps dans la salle d’attente de la gare, mais cette dernière était bondée et surchauffée, des enfants pleuraient en hurlant, des gens me bousculaient sans façon, sans s’excuser bien sûr, j’ai failli perdre ma veste dans la précipitation soudaine, lorsque le train fut annoncé – une sorte de panique m’a envahi, et c’est à chaque fois la même chose dès que je me sens pris au piège d’un lieu ou d’une situation : je veux fuir, et il est impossible de fuir : après la perte ou la fuite d’un être aimé, et après la douleur physique, je ne sais rien de plus atroce.

*

Mais je me rends à Pékin ! À Pékin ! C’est comme dans un rêve. J’arpente le train, ou plutôt ce tortillard, impatiemment.

 

(à suivre.)





23:56 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |