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lundi, 07 septembre 2020

Voyage en Chine (avril-mai 2019) — Notes de carnet, extraits (7)



Samedi 27 avril 2019

(Dans le TGV Luoyang-Xi’an.)

 

Chaque voyage entre les haltes de beauté qu’incarnent les lieux de mes visites est la variation de tracasseries sans cesse renouvelées. Nous passons notre temps à attendre, attendre, attendre, dans des lieux fermés, bruyants et inhospitaliers. Pour accéder aux quais, nous devons patienter jusqu'à ce qu’un panneau lumineux annonce l’imminence de l’arrivée du train, et dès lors faire la queue, comme dans de ridicules starting blocks, jusqu’à ce que les tourniquets d’accès s’ouvrent enfin. Aucune libre circulation n’est possible, c’est étouffant. Heureusement, le trajet est, cette fois, plus rapide.



(À Xi’an, le soir.)

 

Mon nouveau guide s’appelle Pong (« comme dans ping pong », me dit-il en riant, mais en fait on prononce « pon »), il a une trentaine d’années ; il parle bien le français qu’il a étudié à Lille entre 2003 et 2006. Il est très sympathique et souriant. Il parle avec fierté de son pays, et du modèle tant politique qu’économique que ce dernier, selon lui, incarne.

*

Nous fûmes à Lintong, une ville qui dépend de Xi’an (la « Capitale de l’Ouest »), si j’ai bien compris (mais les banlieues chinoises tentaculaires s’entremêlent inextricablement), où se trouvent les sites découverts en 1974 et qui abritent l’armée de terre cuite de l’Empereur Qin Shi Huangdi (259-210 avant notre ère). J'attendais cela avec impatience.

J’ignorais qu’il y avait en fait trois fosses à visiter. La plus connue est celle qu’on voit dans les beaux-livres ou les documentaires d’Arte et de France 5, et c’est la plus grande et la plus dégagée, dans une sorte d'immense hangar. J’ai fait plusieurs haltes très émouvantes devant ces soldats et ces chevaux d'argile traînant des chars, tous différents les uns des autres et très beaux. Quelques exemplaires de ces chefs-d'œuvre ont été ôtés des fosses pour être placés dans des vitrines où il est loisible de les contempler de manière plus rapprochée ; la qualité des visages et des corps façonnés, la finesse des vêtements, ornements, coiffures et coiffes, moustaches et barbes de ces archers, fantassins et généraux d'armée sont frappantes. Ce site démesuré (comme d'ailleurs tout en Chine, pour le meilleur et le pire) demeurera dans ma mémoire.

 

(à suivre.)

 

 

 

06:00 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mardi, 01 septembre 2020

Voyage en Chine (avril-mai 2019) — Notes de carnet, extraits (6)

 

 

Vendredi 26 avril 2019

(Luoyang, dans la province du Henan, le soir.)

 

À peine ai-je eu le temps de déposer ma valise à l’hôtel et de prendre une douche que me voici en route vers les grottes de Longmen, près de Luoyang – Je les ai visitées, hélas, en quasi somnambule. Sur une paroi s'étendant sur trois kilomètres environ, sont creusées de plus ou moins vastes et profondes niches où siègent des sculptures du Bouddha et d’Arahats (« Immortels ») datant des VIIe et VIIIe siècles.

Spectaculaire et magnifique est la « grotte », en fait une large paroi sculptée, portant le nom de Temple de Fengxian (« Sacrifice des Ancêtres ») et abritant un immense Bouddha figuré sous les traits de l’Impératrice Wei (624-705), entouré de Gardiens du Ciel de toute beauté. Je luttais alors contre la fatigue et je me disais que ce serait l’unique fois que je verrais une telle merveille – c’était déchirant. J’ai réalisé un petit film pour le souvenir.

*

En arrivant plus tard, non loin, au monastère Shaolin, j’eus quelque crainte : le lieu ressemble de prime abord davantage à un vaste parc d’attractions qu’à un monastère, avec ses boutiques et ses écrans géants – mais c’est en fait une école de Kung-fu, où étudient quelque dix mille élèves, et d'innombrables pavillons se déploient le long de belles et sobres allées.

Le Temple de Shaolin est une splendeur dont la décoration ne fut pas sans me rappeler celle des lieux sacrés du Sri Lanka.

Plus loin, la « forêt de Pagodes » est une impressionnante succession d'édifices en pierre et en brique dont la construction s'étale de 791 à 1911. Le site est une mémoire ; un grand cimetière, très émouvant.

*

(...)

Malgré l'épuisement, je veille, cette nuit, comme mon cœur... Il me semble que j'ai laissé quelque chose de ma vie parmi ces pagodes admirées tout à l'heure.

 

 

(à suivre.)

 

 

06:55 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

samedi, 29 août 2020

Voyage en Chine (avril-mai 2019) — Notes de carnet, extraits (5)



Jeudi 25 avril 2019

[Suzhou.]

 

La cigarette électronique est tout de même très pratique, pour fumer tranquillement dans les chambres d’hôtels « non fumeur » ! Inutile, comme le fait le narrateur de Sérotonine, de briser les détecteurs de fumée en investissant les lieux…

*

Il est deux heures du matin, je me suis couché à dix heures du soir, je dors n’importe comment depuis mon arrivée. Quel étrange voyage ! Sur le papier, il apparaissait, non comme de tout repos, mais ainsi qu’une intense promenade. Or, c’est un inconfortable tourbillon, et seul le frêle et vaillant esquif qu’est ce carnet me maintient à flot, ainsi que mon autre carnet, celui sur lequel je travaille à mon futur livre, plutôt mal d’ailleurs, me contentant de griffonner longuement quelques phrases éparses qu’il me faudra reprendre.

(…)

*

La nourriture que l'on me sert dans les restaurants est toujours aussi peu appétissante. Heureusement, je me sustente lors des petits-déjeuners, à l'hôtel ; on m'y propose des mets parfois délicieux, à l'occidental. En revanche le jus d'orange est servi chaud, ou plutôt tiède ; les Chinois se méfient des boissons froides.

*

Ce matin, visite du Jardin Liu de Suzhou. Voilà sans aucun doute l’un des plus beaux, des plus raffinés des jardins qu’il m’aura été donné de contempler. Jardin sublime, et l'adjectif n'est pas trop fort. Des montagnes en miniature se contemplent dans des pièces d’eau. Des pierres rêvent. Des fleurs parlent. Un jardin de bonzaïs est un enchantement…

(…)

*

Désormais je suis dans le train pour Luoyang – seize heures de train assis ou allongé sur une couchette dans un compartiment exigu qui en compte quatre m’attendent, de trois heures de l’après-midi à sept heures du matin… Rude épreuve en perspective, d’autant que je redoute la nuit et son cortège d’insomnies.

*

Au-dessus de moi, deux Chinoises caquettent interminablement. Les bouchons d’oreille ont été inventés par un bienfaiteur de l’humanité.

*

 

[Vendredi 26 avril 2019]

 

Cela n’a pas manqué. Mille et un réveils cette nuit. Il est trois heures du matin ; encore quatre heures à tenir ; dans la nuit, par la fenêtre dont j’entrebâille doucement le rideau, j’aperçois d’innombrables immeubles d’habitation plus sinistres les uns que les autres, en vingt, trente, quarante exemplaires identiques et contigus, faiblement éclairés ça et là par des néons tristes et jaunes. La banlieue chinoise ressemble à un univers concentrationnaire.

J'ai arpenté le train tout à l'heure, et j'ai vu que certains passagers voyagent assis sur des banquettes de bois depuis tout ce temps, dans ce tortillard. Je ne suis finalement pas si mal loti, dans mon compartiment !

Mon corps épouse les soubresauts du train à chaque changement d’aiguillage.

 

(à suivre.)

 

 

06:10 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mercredi, 26 août 2020

Voyage en Chine (avril-mai 2019) — Notes de carnet, extraits (4)

 

 

Mercredi 24 avril 2019

(Deux heures du matin.)

(…)

Je ne lis guère, en voyage. Je feuillette plutôt les quelques livres toujours trop nombreux que j’ai emportés avec moi. C’est que les jours sont les pages d’un livre nouveau, profondément riche et neuf, et que, au fond, les livres tiennent peu (la plupart d’entre eux devrais-je écrire). Rares sont les livres qui furent de quelque utilité sinon à leurs propres auteurs, et encore !

Seule l’écriture importe. Elle ne saurait dépendre que de moi – c’est la seule chose sur laquelle j’ai quelque prise, dans l’instant, quand bien même tous les livres que j’ai écrits me semblent parfois dérisoires. Je me souviens d’avoir conservé sur moi, dans la poche intérieure de mon manteau, des semaines durant, un petit exemplaire de l’un d'entre eux, pour me protéger, pour me soutenir !

(…)

9 h 40. Nous quittons Shanghai pour la ville de Suzhou – quelques heures s’annoncent au sein de monstrueux embouteillages.

*

Halte à Lutzi, dans la banlieue de Suzhou, un joli petit village parcouru de canaux. Par endroits il y règne une odeur qui me soulève le cœur ; on me dit qu’il s’agit de tofu fermenté ; c’est abominable, une sorte de mélange lourd, gras et sucré de fromage, d’excréments et de putréfaction. Je me souviens qu’au Sri Lanka, en 2016, je découvris également des odeurs immondes, même si celles-ci l'étaient moins qu’ici ; moi qui n’aime que les odeurs fraîches et légères, je suis décidément peu fait pour les effluves de l’Orient ! Le village est constitué de petites maisons anciennes (du XVIIIe ? du XIXe siècle ? Les Chinois ne savent guère dater leurs monuments et leurs habitations de jadis) qui voient leurs rez-de-chaussée s’ouvrir sur de petites boutiques de vêtements et d’objets destinés aux touristes – mais l’ensemble n’est pas trop défiguré.

*

Beaucoup de Chinois, même les plus élégants, et même les Chinoises, crachent par terre.

J’ai lu naguère que, selon eux, c’est nous qui, en nous mouchant et en conservant sur nous quelque mouchoir imprégné, sommes parfaitement dégoûtants, tandis que leurs crachats consistent à se débarrasser d’une sanie corporelle.

*

Quelque chose d’indéfinissable me déplaît en Chine. Au fond, je m’y sens mal à l’aise. Je ne saurais attribuer cela à quelque chose en particulier. Il est vrai cependant qu’en dehors des quelques îlots de beauté que je visite, je traverse un pays plutôt laid pour l’instant, avec ses paysages dévastés par l’industrie, ses immenses villes de banlieues aux immeubles hauts et hideux, tous les mêmes, de vraies cages à lapins, tristes et grises. Dieu sait que j’ai vu, jeune professeur, dans les sinistres banlieues parisiennes, des lieux affreux, dépourvus de toute grâce – mais cela dépasse ici l’imagination. Certains architectes modernes ont véritablement enténébré le monde.

*

Mais je visite le Jardin du Maître des Filets, à Suzhou – jardin terrestre et céleste. Oh ! le Pavillon de la Lune : lorsqu’on s’y tient on y peut voir trois lunes : dans le ciel, dans l’eau, dans le miroir qui se dresse face à l’entrée du pavillon. La promenade dans le jardin est de toute beauté. Un petit enclos semble jardin dans le jardin : les quatre éléments indispensables à tout jardin chinois y sont réunis : la pierre, l’eau, la plante, l’architecture (un kiosque dont le toit s’envole des quatre côtés).

Pour le reste, la ville elle-même, que j’ai traversée à pied pour me rendre au jardin, est parfaitement hideuse : le Guide vert la décrit comme une « petite Venise », c’est un mensonge éhonté ; on voit là plutôt une succession de rues pauvres et étroites, assez sales, dans une ville sans aucune grâce, grisâtre et désolée.

*

La température de 28°C, l’air humide, combinés aux longs trajets en voiture dans les embouteillages à toute heure et aux visites, me laissent épuisé. À l’hôtel Nanya de Suzhou, je trouve un peu de repos. Je me rends compte, au bout de ces quelques jours, que la compagnie de la musique, de la radio (en particulier Radio Classique, qu’il m’arrive en France d’écouter des heures d’affilée, y compris la nuit) et de mes disques me manque, dans la solitude et le silence de ma chambre d’hôtel. À Shanghai le téléviseur ne diffusait, toutes en chinois, que cinq ou six chaînes de documentaires rébarbatifs sur la culture du riz et sur des animaux, ou de propagande gouvernementale à la gloire de Xi Jinping. Ici, une parmi la vingtaine de chaînes de télévision diffuse des concerts, et j’écoute à l’instant avec bonheur la Septième de Beethoven, interprétée bellement par un chef d’orchestre occidental que je ne reconnais pas.

Avec la médecine moderne, la possibilité inépuisable d’écouter de la musique chez soi est un des bienfaits de notre temps.

Par la fenêtre de ma chambre, la vue est d’une hideur ! Encore et toujours ces immeubles gris à perte de vue.

*

C’est peut-être ce terrible contraste entre la Chine élégante et lettrée de jadis, celle des livres et des peintures en tous cas, et ce que j’en aperçois aujourd’hui, qui me navre. Le bruit (tout le monde crie ici au lieu de parler), la grisaille, les odeurs, tout m’assaille. Et cependant je ne sens pas d’hostilité particulière dans l’air, rien qu’une immense tristesse et un sentiment de gâchis.



(Minuit vingt.)

J’ai apporté pour ce voyage des vêtements auxquels je ne tiens pas ainsi que des vêtements usés – surtout du linge de corps, boxers, tee-shirts et chaussettes – que je jette au fur et à mesure de mes déplacements. Non seulement je m’allège au fil du temps, mais je mue !



(à suivre.)

 

 

 

11:20 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

dimanche, 16 août 2020

Voyage en Chine (avril-mai 2019) — Notes de carnet, extraits (3)

 

 

[Mardi 23 avril 2019]

([Shanghai.] La nuit.)

Le Temple Yufosi est en enchevêtrement d’édifices déployés autour d’une place centrale. On y accède par des ouvertures aux formes rondes qui offrent de délicats points de vue. Le contraste avec le reste de la ville, tout de tintamarre et de gratte-ciel, est énorme. La Grande Salle des Rois célestes, de construction récente mais édifiée selon le style des anciens Ming, est une splendeur. Le boddhisattva Avalokiteshvara y siège, doré, entouré d’Immortels et de milliers de personnages, de détails, eux-mêmes entremêlés de rubans, fanions, fleurs, lampes, vases et fruits en offrande.

*

Le Temple du Bouddha de jade abrite une impressionnante statue taillée à partir d’un seul bloc de cette pierre vénérée, qu’il est interdit de photographier mais dont j’ai déniché une reproduction en carte postale que je ne me suis pas privé de prendre en photographie, elle.

*

Nous sommes ensuite allés flâner sur le Bund, une vaste promenade longeant la rivière Huangpu (qui ressemble davantage à un fleuve) et faisant face à de très hauts gratte-ciel, parmi lesquels de fort extravagantes constructions et la « Perle de l’Orient », cette tour de télévision bizarre, ponctuée de trois sphères. Tout cela, qui n’est pas de mon goût, est certes très impressionnant. Comme le disait L. F. Céline de New York, Shanghai est une « ville debout ».

*

Scène ridicule, au restaurant pour le déjeuner : la jeune guide et une hôtesse se sont livrées à d’interminables gloses sur le choix de raviolis dans le menu, l’une ne comprenant pas correctement, à ce que j’ai cru entendre, le dialecte de l’autre, le tout sur un ton grave et préoccupé comme s’il était question de l’imminence d’une Troisième Guerre mondiale ou d’une attaque nucléaire de la Corée du Nord, si bien que la commande, et uniquement la commande, a pris quinze bonnes minutes. Le repas enfin servi, de plus, était détestable, la cuisine régionale – celle que j’ai goûtée jusqu’à présent – étant surtout bouillie et plutôt fade : il m’était à peine possible de distinguer les raviolis à la viande de ceux qui étaient composés de légumes… Tout ce que j’ai mangé pour le moment était gras et insipide.

Les bons restaurants chinois, en France, où nous dégustons de délicieux nems et autres plats de bœuf aux champignons noirs, tiennent certainement de palaces chinois où je ne suis pas encore allé.  De plus, les portions servies ici sont énormes, absurdement ; je n’ai jamais pu venir à bout de plats qui conviendraient, à chaque fois, à trois personnes au moins.

*

Puis ce fut la découverte du musée de Shanghai. Pour être un habitué des musées Guimet et Cernuschi, à Paris, je ne fus guère particulièrement surpris par les pièces exposées ; seule, à mon sens, la collection de peintures est exceptionnelle : ah, ces rouleaux d’encres noires et de blancheurs, ces délicats personnages déambulant, devisant, ou perdus dans l’immensité des montagnes et des lacs – ces merveilleuses nuances de gris…

*

(…)

La connexion à l’Internet est épouvantable : le « wifi » est capricieux et lent, rien ne fonctionne correctement, Facebook est censuré (alors que Messenger fonctionna un temps, la messagerie semble à présent bloquée) ainsi que Google et les autres moteurs de recherche, aucune requête n’est possible et encore moins l’envoi de messages électroniques. J’ai épuisé mon forfait, sur mon téléphone portable, qui se bloque à 60 euros, en à peine deux jours et je n’ai pu envoyer que deux messages « sms ». Désormais, plus rien ne fonctionne. Vive le communisme ! Les gratte-ciel insolemment éclairés la nuit devraient ne s’illuminer que de bougies, cela serait davantage en correspondance…

 

(à suivre.)

 

 

10:50 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

samedi, 15 août 2020

Des prénoms

 

 

 

Il suffit qu'on prononce un prénom devant nous pour que s'ouvrent des galaxies inachevées, perdues ou aimantes.

 

 

 

 

 

11:27 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Minuscules | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

vendredi, 14 août 2020

Voyage en Chine (avril-mai 2019) — Notes de carnet, extraits (2)

 

 

Mardi 23 avril 2019

5 h 57. Je me lève. Je suis éveillé depuis une heure (…).

Je devrais mieux poursuivre l’écriture. Elle est encore une fois mon bien, un bien qui seul m’appartient, que seul je puis entretenir si je fais l’effort – trop rarement, de façon souvent trop espacée, même si celle-ci est quotidienne – de le poursuivre. Tous mes livres ont été écrits par fragments, et cependant ils sont nés comme entiers de mes pensées. L’écriture les a rassemblés harmonieusement. Or l’harmonie était là auparavant. Elle précédait, devançait. Comment rendre l’écriture présence et soutien permanents ? Comment réunir les pièces éparses de l’harmonie ?

*

Passeport à présenter par-ci, passeport à présenter par-là, à chaque étape ou presque de mon séjour. Hier, on a photocopié mon passeport au guichet de l’hôtel en sus de m’avoir photographié ! Tout ici est méticuleusement organisé, nous sommes contrôlés en permanence. Les caméras sont partout, elles quadrillent littéralement le territoire ; j'en viens à me demander s'il n'y en a pas derrière les miroirs de ma chambre, ou s'il n'en est pas de cachées dans les détecteurs de fumée.

*

La fenêtre de l’hôtel ne s’ouvre pas, elle semble verrouillée. Elle donne sur de gigantesques gratte-ciel et des chantiers de gratte-ciel ; la vue n'est pas réjouissante. – Ah, mais si, je suis parvenu à entrebâiller une des vitres du double vitrage ; je peux à peine passer le bras dans l’étroite ouverture, et l’objectif de mon appareil photographique.

 

SAM_6668.JPG

Vue, de ma chambre d'hôtel, sur des chantiers de construction, au matin,
à Shanghai, en Chine, photographie : avril 2019.

 

*

(En voiture.)

Mon chauffeur se nomme Yang Yu (ce qui signifie « Soleil Lune ») ; il conduit une Cadillac noire aux sièges en cuir beige. Je circule en Cadillac dans Shanghai : je n’aurais jamais pensé écrire un jour une telle phrase !

 

(à suivre.)

 

 

22:52 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Un chemin

 

 

 

La Beauté ne nous répond pas. Le trajet est absent, à l'image de tout. À nous de forcer le chemin.

 

 

 

 

17:24 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Minuscules | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mercredi, 12 août 2020

Voyage en Chine (avril-mai 2019) — Notes de carnet, extraits (1)

 

[Ces notes de carnet ont été, pour la plupart d'entre elles, composées durant mon voyage lui-même, souvent dans un style abrégé que j'ai corrigé ici. J'y ai ajouté quelques notes écrites à mon retour, à Paris, et j'en ai retiré d'autres.]

 

 

 

Dimanche 21 avril 2019

Un voyage ne saurait panser, je le sais bien. Je vais cependant bientôt m’envoler pour la Chine !

(…)

Voilà plus de trois heures que j’attends dans la salle d’embarquement de l’aéroport de Roissy, qui bourdonne de conversations. J’aimerais prendre l’air, mais aucun balcon, aucune terrasse, aucune fenêtre ne sauraient s’entr’ouvrir. « Qu’on ouvre les fenêtres ! », prétend-on que Louis XIV ordonnait dès qu’il pénétrait dans une salle fermée.

*

Escale à Francfort. Impossible encore de sortir prendre l’air, nous voyageons désormais comme dans une bulle de verre et de métal – le vent est vraiment, toujours, ce qui me manque. Moi qui n’aime écrire qu’à ma table, devant ma fenêtre ouverte, ou dans la rue, sur les terrasses sans paravent, dans les jardins, assis sur un banc, je suis servi. Mais je ne parviens pas à lire, l’espace est à la fois vaste et confiné, et cette vacance forcée qu’est l’attente interminable de l’avion pour Shanghai me fait quelque peu tourner en bourrique hébétée… Dix ou onze heures de vol m’attendent.

(…)



Lundi 22 avril 2019

(Dans l'avion Francfort-Shanghai.)

Distance restante : 9 232 km.

Temps de vol restant : 10 h 21.

Ces chiffres vertigineux que je lisais tout à l’heure sur l’écran fixé au dos du siège qui me fait face sont devenus 2 048 km et 2 h 23.

J’ai réussi à écrire un peu, malgré les nombreuses « turbulences », ces secousses un peu inquiétantes qui parsèment notre parcours. J’ai pu dormir quelques heures : l’avion est seulement rempli pour moitié, et aucun fâcheux ne s’est manifesté, hurleur, renifleur en série, enfant roi. Il est désormais six heures du matin à Paris, midi à Shanghai, ville dont j’approche. Oh ! Je serai bientôt en Chine !


*

(Le soir, à Shanghai.)

Shanghai compte 24 millions d’habitants – ville colorée, monstrueuse et tentaculaire où j’ai circulé tantôt en voiture, tantôt à pied, dans le vacarme et le nombre. Des gratte-ciel effrayants côtoient de petites maisons anciennes (du XVIIe siècle je crois) tout à fait remarquables, telles que celles qui sont éparses dans le Jardin du Mandarin Yu – de beaux et élégants pavillons de bois sombre entourés d’arbustes et surtout de « pierres de jade » imposantes qui ne sont pas en jade mais s'offrent ainsi que des chefs-d’œuvre naturels de pierre aux formes baroques produits par les eaux et les mouvements de la terre – L’Europe s’en sera largement inspirée pour ses bosquets de rocaille et ses « grotesques ».

Il pleuvait dans le jardin, et mes photographies sont assez sombres, hélas.

(…)

Vu dans le spacieux Théâtre Central de Shanghai un spectacle inégal d’acrobates et de mimes – quelques très beaux moments. Mais la troupe, la « Shanghai Acrobatic Troup », semble parfois surjouer la « Chine authentique » et parodier involontairement sa propre culture, un peu comme en France Versailles est mis à toutes les sauces, plus ou moins heureuses.

(…)

La guide qui m’accompagne, de son prénom Lian (son nom complet, D. Lian, signifie « Lotus d’hiver » en chinois), et qui se fait appeler Hélène à l’occidental (ce que je trouve absurde ; ce n’est certainement pas à elle de s’adapter), est une jolie jeune femme d’une vingtaine d’années ; elle parle l’anglais et assez inégalement le français ; son français est cependant remarquable car cela ne fait que quatre ans qu’elle apprend notre langue. Elle est efficace, fiable, gentille. Son quotidien doit être difficile ; j’apprends qu’elle vit dans un appartement de 10 m2 pour 2 000 yuans par mois (soit 300 euros), la paie médiane en Chine. Tous les matins et les soirs, elle passe une heure debout dans le métro entre son domicile et son travail.

*

Le « wifi » qui ne fonctionne pas dans la chambre d’hôtel est agaçant. J’ai pourtant moi-même fait examiner mon téléphone portable au guichetier qui l’a tripoté dans tous les sens, mais rien n’y a fait. Impossible d’envoyer quelque message à quiconque en France.

 

(à suivre.)

 

 

 

12:30 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Voyage en Chine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

jeudi, 06 août 2020

Laisser

 

 

 

Il faut laisser la musique pleurer pour nous.