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jeudi, 16 juin 2016

Sujets

 

 

 

Que, dans le poème, le "je", le "tu", le "vous" et le "nous" se parlent et se confondent ne doit pas étonner ; ils s'échangent parfois, si chaque homme ne sait, bien souvent, croyant parler de lui-même, qui il est, à cette heure et à ce moment — ni quelle voix le hante quand il vient de parler, ni d'où il vient de dire.

 

 

16:12 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Sur le poème | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

mardi, 14 juin 2016

Un mot

 

 

 

Un mot décrivant assez bien notre monde serait celui de dilution.

 

 

 

18:01 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

mardi, 07 juin 2016

D'un monde muet

 

 

 

Et si le poème était aussi le socle, et la fidélité, et la constance ?  Je ne serais pas étonné de comprendre ainsi pourquoi le monde le néglige à ce point, n'en parle pas, en détourne si souvent les yeux constat que l'on fait dès qu'on s'avise d'écouter du monde ses "nouvelles", qui en sont si peu...

 

 

 

06:10 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Sur le poème | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

samedi, 28 mai 2016

La pièce secrète

 

 

 

 

frédéric tison,photographie,hôtel de sully

 

 

SAM_4290.JPG

 

Au premier étage de l'hôtel de Sully,
au 62, rue Saint-Antoine, à Paris IV,

photographies : novembre 2015.

 

 

Il n'est pas facile d'accéder au premier étage, d'ordinaire fermé aux visites, du si bel hôtel de Sully ; il faut pour cela prendre un rendez-vous de longues semaines à l'avance, et venir tôt, un samedi matin. Il y a assez peu à voir, un magnifique petit appartement en "L" donnant sur l'orangerie et le petit jardin intérieur, mais ce qui l'est offre l'occasion de pénétrer dans des pièces qu'on dirait endormies, secrètes, intimes, où le XVIIe siècle français semble n'avoir pas été touché ; c'est une impression seulement, bien sûr, mais je me souviens d'avoir effleuré du doigt le bois d'une porte sculptée, et la poussière bien que légère qui me resta sur la peau me troubla, alors.

 

 

 

 

mercredi, 25 mai 2016

Le bois de l'amie

 

 

 

 

Une amie m'offre aujourd'hui, pour nos retrouvailles après quelques voyages, le morceau de bois, tombé d'un arbre, recueilli par elle dans le jardin d'Érasme, à Bruxelles ; ce rêveur et beau présent m'enchante ; il me réjouit comme la petite pierre éparse d'un château écroulé, que j'emporterais dans ma poche. “Là où sont les amis, là est la richesse”, écrivit l'aimable humaniste (reprenant un proverbe latin) qui devrait être relu de nos jours, et cité davantage. Je vois, dans ce fragment de bois posé devant ma table, ce soir, la trace d'un jardin splendide, toujours menacé, qui survit aux forêts dévorantes du temps, et de l'indifférence, et de la perte.

 

 

 

 

21:12 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

lundi, 23 mai 2016

Suspension

 

 

 

L'arrêt, la suspension que constitue toute image photographique ne figurent-ils pas, même lointainement, ce moment où notre regard fut vertical, soudain, dans la pleine conscience de l'instant et du lieu ?

 

 

 

jeudi, 19 mai 2016

Détresse

 

 

 

La plupart de nos faiblesses et de nos peurs sont des poèmes que nous n'avons pas su écrire et qui se sont abîmés dans le monde.

 

 

 

 

17:19 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Sur le poème | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mercredi, 18 mai 2016

Sub rosa

 

(Les notes qui suivent furent écrites en mars 2010 et sont directement retranscrites de mon premier blogue (Les Lettres blanches I. (2008-2013)), désormais envahi de publicités comme de mauvaises herbes et sens dessus dessous)), avec seulement quelques modifications de détail.)

 

Éros un jour tendit une rose à l'enfant-dieu Harpocrate, ou Harpocrates, fils, dit-on, d'Isis et d'Osiris : c'était la première rose du monde, un don d’Aphrodite. La déesse voulait ainsi s'assurer le silence d’Harpocrate sur ses intrigues et ses amours auxquelles l'enfant assistait dans l'ombre des chambres et derrière les tentures des salles de banquet. Il fut d’usage ensuite, chez les hommes, de placer une rose dans les lieux de divertissements : sa présence engageait les convives à bannir toute contrainte sous la promesse du Silence. C’est du moins ce que dit la légende venue d’Égypte acclimatée à Athènes puis à Rome. Et l’on explique ainsi l’expression « sub rosa » : se dire quelque chose « sous la rose », c’est s’engager à en garder le secret. L'amitié vraie est toujours sous la rose. Peut-être trouve-t-on également la trace de cette rose dans l’énigmatique « pot-aux-roses », dont plusieurs explications sont proposées, et jamais ne sont tout à fait satisfaisantes.

*


Il est également difficile de se faire une idée précise du dieu-enfant.


Des érudits ont montré que le nom d’Harpocrate vient du copte Arphochrat (l’idiome des anciens Égyptiens) qui signifie « celui qui boîte d’un pied », ou « faible des pieds ». Les Égyptiens conservèrent du dieu l’aspect de l’enfant dans le ventre maternel, les mains ou les doigts sur le visage ou la bouche, révélant son éternelle faiblesse. Harpocrate s’oppose à Horus, l’autre fils d’Isis et d’Osiris ; Horus est le symbole du soleil au solstice d’été, tandis qu’il est dans toute sa force ; Harpocrate est celui du soleil « faible », au solstice d’hiver. Harpocrate fut ensuite désigné, dans le monde romain, comme le « dieu-enfant-phosphore », le porte-lumière, symbole de la lumière naissante, encore fragile.


Harpocrate est un très jeune homme, ou un enfant, et il porte un doigt à ses lèvres : on le reconnaît sans peine parmi les statues. Ce geste, en Occident, signifie le silence. Mais en Perse, le geste signifie l’étonnement : Sadegh Hedayat le rappelle dans La Chouette aveugle. Et les miniatures persanes sont parcourues de personnages un doigt sur les lèvres : sans doute s’étonnent-ils à jamais d’être en de si beaux lieux…

 

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Harpocrate est souvent nu, et parfois ailé.

 

*


Des Romains, rapporte Pline L’Ancien dans le Livre XXIII de son Histoire naturelle, ornaient leurs bagues à cachet de la figure du dieu ; l’empreinte du cachet, qui représentait Harpocrate un doigt sur les lèvres, signalait qu’il fallait garder précieusement le secret des lettres. (L’empereur Auguste usait, pour cacheter ses lettres secrètes, du Sceau du Sphinx ; nul ne pouvait en divulguer le contenu sous peine de mort.)

 

*


La peinture la plus belle m’apparaît toujours profondément silencieuse : elle est une rose ; elle semble avoir toujours un doigt sur les lèvres.

 

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Beaucoup de poèmes sont écrits, et donnés, sub rosa : ils ne craignent pas que leur secret soit dévoilé : comment pourrait-il l’être ? Les mots mêmes du poème sont la rose.

 

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Au Louvre, le promeneur peut voir une belle et rare statuette représentant un Éros un doigt sur les lèvres, miraculeusement conservée, et qui l’invite, discrètement, au plus grand silence. Harpocrate, en prêtant son geste à Éros, devient une épithète : Éros harpocrate.

 

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Varron, dans ses Antiquités, dit qu’il ne faut pas parler d’Harpocrate, sinon succinctement : il craignait de violer le silence que le dieu recommande. C’est un sage conseil, à mon avis, et j'ai sans doute été trop long...

 

 

 

 

09:44 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le doigt sur les lèvres

 

 

 

 

SAM_4002 b.jpg

 

Manufacture de Niderviller, Amours (vers 1775-1793), biscuit,
collection du palais des ducs de Lorraine, à Nancy,
photographie : octobre 2015.

 

 

 

 

mardi, 17 mai 2016

Le sens

 

 

 

Ce n'est pas son luxe que j'aime d'un château, ce n'est pas la richesse qu'il suggère, ni même le prestige ou la gloire qu'il signale, c'est la haute idée que sa forme se fait de l'homme, en lui proposant une sculpture pour habitation — de grands escaliers pour ses pensées, de vastes salles pour son silence, des fenêtres ouvragées pour ses profonds regards, et des tours pour ses ciels, pour tout l'air qui traverse son corps et son esprit : cette image matérielle qui redouble, indique et sublime la présence d'un être pensant dans ce monde.

 

 

 

06:22 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |