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mardi, 23 août 2016

Les herbes fanées

 

 

 

Il me semble, ôtant de nombreux livres de ma bibliothèque afin de m'en débarrasser, que je déconstruis pierre après pierre des pans de mur de la maison déjà fragile où je vis, et que je rends celle-ci plus vulnérable encore à l'hostilité du monde. Et dans mes rayonnages encombrés je crée des trouées qui m'apparaissent autant d'années qui ont passé. Ces livres que, pour certains d'entre eux, je m'étonne d'avoir aimés, et que, je le sais, je ne relirai plus, ces livres me sont d'anciens regards ; je ne les regarde plus qu'avec amusement, ou nostalgie.

 

Le jargon des bibliothécaires qualifie de "désherbage" l'acte d'éliminer quelque surplus de livres : ce sont bien là des herbes, non point toutes mauvaises, que j'arrache à ma demeure, pour un autre jardin un jardin plus mûr ?

 

 

 

14:28 Écrit par Frédéric Tison dans Autour du livre, Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

mercredi, 17 août 2016

Toute l'eau de la mer

 

 

 

 

Magnasco - Augustin.jpg

 

 Alessandro Magnasco (1667-1749), Saint Augustin et l'enfant (vers 1740), détail,
exposition "Alessandro Magnasco, les années de la maturité",
à la Galerie Canesso, au 26, rue Lafitte, Paris IX,
photographie : janvier 2016.

 

 

(Selon les moines médiévaux qui aimaient à se raconter cette histoire, saint Augustin, un jour qu'il se promenait au bord de l'océan, cherchant à pénétrer le mystère de la Trinité, avisa soudain un jeune enfant qui allait et venait sans cesse du rivage à la mer. L'enfant avait creusé un trou dans le sable où il versait l'eau dont il avait rempli des coquillages.

Intrigué, l'évêque d'Hippone demande à l'enfant la raison de son manège :

— J'essaie de mettre toute l'eau de la mer dans ce cratère, répond l'enfant.

— Voyons, mon enfant, ce n'est pas possible ! s'exclame le théologien.

— C'est vrai, dit l'enfant. J'aurai cependant puisé toute l'eau de la mer avant que vous ayez compris le mystère de la Sainte Trinité.)

 

 

 

lundi, 08 août 2016

Cet instant

 

 

 

Si peu lus, les livres de poèmes que l'on peut être sûr, un soir, ce soir, d'être le seul et l'unique à lire ce poème.

 

 

 

 

mercredi, 13 juillet 2016

Une somme de lenteur

 

 

 

C'est peut-être la lenteur qu'aime notre regard devant un tableau contemplé et aimé, davantage que le temps suspendu qu'il suppose parfois, davantage que le passé qu'il représente dans l'éternel instant du dessin et de la couleur. De même qu'il est une peinture silencieuse, celle, notamment, des natures mortes, il est une peinture lente, qui ne saurait être indolente ni paresseuse : sa lenteur est celle des immenses allées, des lointaines perspectives de Le Nôtre, et des hauts arbres qui les bordent.

 

 

 

07:54 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Musée d'un regard | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

vendredi, 08 juillet 2016

Parenthèse

 

 

 

Il m'a souvent semblé que, dans la musique moderne la plus haute (je parle de Claude Debussy, de Maurice Ravel, de Richard Strauss, de Jean Sibelius notamment), fut introduite, parmi les thèmes et les motifs, la figure de la parenthèse, que la ligne mélodique emprunta à l'écrit.

 

 

 

mardi, 05 juillet 2016

Lire Georges Minois

 

 

 

Il est deux types d'hommes artistes, et artistes méconnus, pour lesquels j'ai une admiration inconditionnelle, ou presque : les médecins et les historiens, d'abord reconnus pour leur compétence scientifique. Avec Paul Veyne et Michel Pastoureau, un de nos meilleurs historiens contemporains continue aujourd'hui de publier des sortes de chefs-d’œuvre d'intelligence et de culture : je parle de Georges Minois, dont je lis en ce moment l'Histoire du Moyen Âge, parue il y a quelques semaines, en avril 2016, aux éditions Perrin. D'un tout autre auteur, je n'aurais sans doute pas fait attention à la publication d'un livre sur ce sujet mille fois traité ; n'ai-je pas déjà lu les ouvrages de Jacques Le Goff, de Georges Duby, de Jacques Heers ? Mais non : c'est le nouveau livre de Georges Minois ! Comment ignorer le nouvel ouvrage de l'auteur magnifique de l'Histoire du rire et de la dérision, celui de l'Histoire de la solitude et des solitaires (parmi vingt ou trente livres d'histoire "sociale"), celui de la Guerre de Cent Ans, comment négliger le biographe passionnant, entre autres, de Du Guesclin, de Charles VII et de Bossuet ?

 

Et cette Histoire du Moyen Âge est admirable ; cela m'enchante mais ne me surprend pas : Georges Minois écrirait un livre sur l'histoire de la tondeuse à gazon que je me précipiterais dans une librairie pour l'acquérir.

 

(L'historien déplore bien souvent l'effondrement du sentiment historique, à travers l'idéologie qui s'observe dans les ruines pédagogiques de l'école républicaine contemporaine : que ne consulte-t-on Georges Minois pour l'élaboration des programmes à destination de nos jeunes têtes ?)

 

 

 

18:11 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

vendredi, 01 juillet 2016

À l'oreille de Terme

 

 

 

 

Un secret d'en haut 2.jpg

 

 

Un secret d'en haut 1.jpg

 

 Hippolyte Moulin (1832-1883), Un Secret d'en haut (Salon de 1875), marbre, détails,
au musée d'Orsay,
photographies : janvier 2016.

 

 

(Que révèle Mercure à ce Terme (Terminus), le dieu gardien des Bornes, dans ce groupe de marbre au titre si beau ? Le détail des amours et des intrigues de l'Olympe, ou bien quelque objet d'hilarité plus grand, ou encore quelque secret doré ?)

 

 

mardi, 28 juin 2016

Pot aux roses

 

 

 

Il me semble souvent que, lorsqu'on écrit d'une photographie qu'elle est une photo, c'est comme si l'on disait d'un poème qu'il est un po.

 

(Il faut déplorer les abréviations inutiles, laides et paresseuses.)

 

 

 

jeudi, 23 juin 2016

La perte du ciel

 

 

 

L'homme des villes, en oubliant la Voie lactée qui ne peut plus s'observer, la nuit, à cause des lumières et des fumées, néglige bientôt le ciel gris ou bleu du jour ; je vois de moins en moins de gens contemplant les hauteurs ; chacun n'y jette plus guère qu'un rapide coup d’œil, et encore s'agit-il bien souvent de préoccupations météorologiques. L'homme moderne n'est-il pas celui qui, peu à peu, perd le ciel ?

 

(On n'use plus du mot supernel, que les dictionnaires qualifient, significativement, de désuet et de rare.)

 

 

 

 

05:25 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Minuscules | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

lundi, 20 juin 2016

Une autre lenteur

 

 

La plus exquise lenteur, parsemée de silences, traverse la musique de Satie : c'est de celle-ci que nous avons besoin, un jour de pluie, c'est ce jour auquel elle répond, et c'est celle-ci que nous appelons pour redoubler la pluie la plus douce. On dirait que chaque note précède, retarde et attend à la fois chaque goutte de pluie qui touche nos toits.

 

 

 

Érik Satie, florilège par Branka Parlic.
(Le dernier morceau est estompé et coupé, mais l'interprétation est si belle et si neuve...)