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mercredi, 22 avril 2020

Où je lis Baudelaire

 

 

 

 

 

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LE SOLEIL

 

Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m'exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Éveille dans les champs les vers comme les roses ;
Il fait s'évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C'est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le cœur immortel qui toujours veut fleurir !
 
Quand, ainsi qu'un poète, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s'introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.

 

Charles Baudelaire

 

(La page filmée provient du Tome I des Œuvres complètes de Charles Baudelaire dans la Bibliothèque de la Pléiade, 1975.)

 

 

 

16:30 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

samedi, 11 avril 2020

Où je lis Verlaine (1)

 

 

 

 

 

 

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CLAIR DE LUNE

 

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

 

Paul Verlaine 

 

(La page filmée provient de l'ouvrage « Verlaine, Fêtes galantes », "L'Œuvre manuscrite", Bibliothèque de l'image, 1997.)

 

 

 

 

 

07:47 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

jeudi, 09 avril 2020

Où je lis Mallarmé (1)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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LE PITRE CHÂTIÉ



Yeux, lacs avec ma simple ivresse de renaître
Autre que l’histrion qui du geste évoquais
Comme plume la suie ignoble des quinquets,
J’ai troué dans le mur de toile une fenêtre.

De ma jambe et des bras limpide nageur traître,
À bonds multipliés, reniant le mauvais
Hamlet ! c’est comme si dans l’onde j’innovais
Mille sépulcres pour y vierge disparaître.


Hilare or de cymbale à des poings irrité,
Tout à coup le soleil frappe la nudité
Qui pure s’exhala de ma fraîcheur de nacre,

Rance nuit de la peau quand sur moi vous passiez,
Ne sachant pas, ingrat ! que c’était tout mon sacre,
Ce fard noyé dans l’eau perfide des glaciers.

 

Stéphane Mallarmé

 

(La page filmée provient du Tome I des Œuvres complètes de Mallarmé dans la Bibliothèque de la Pléiade, 1998.)

 

 

 

 

08:14 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

mercredi, 25 septembre 2019

Le désert

 

 

 

« La poésie est un langage en érection », écrivait le poète Georges Séféris, le mot d'érection étant à entendre, naturellement, en ses multiples sens. Il semble hélas que le simple fait d'être un auteur, ou celui qu'on l’apprenne soudain, fassent fuir ou effraient ; le poète et son poème forment un corps d'attente et de désir dans une chambre vide ou brusquement désertée.

 

 

 

lundi, 11 février 2019

Encore un dernier regard (Le banc)

 

 

 

 

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Le château de Brissac (XVe-XVIIe s.),
demeure des ducs de Brissac,
en Maine-et-Loire, en Anjou,

photographie : avril 2018.

 

« La véritable mesure de la vie est le souvenir. »

Walter Benjamin.

 

 

 

mardi, 11 septembre 2018

« At Merlin's feet the wily Vivien lay »

 

 

 

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Gustave Doré (1832-1883), Viviane et Merlin (vers 1867),
[d'après "Vivien" de Tennyson],
au monastère royal de Brou,
à Bourg-en-Bresse, dans l'Ain, photographie : octobre 2017.

 

« At Merlin's feet the wily Vivien lay... »
(« Aux pieds de Merlin la malicieuse Viviane est étendue... »)

Alfred Tennyson, « Viviane », Les Idylles du roi (1885)

 

 

 

 

mardi, 17 juillet 2018

La délicatesse

 

 

 

 

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Stéphane Mallarmé, Éventail de Mademoiselle Mallarmé (1884),
 dans la maison de Stéphane Mallarmé,
au lieu-dit Valvins, à Vulaines-sur-Seine,
en Seine-et-Marne,
photographies : septembre 2017.

 

 

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Ô rêveuse, pour que je plonge
Au pur délice sans chemin,
Sache, par un subtil mensonge,
Garder mon aile dans ta main.


Une fraîcheur de crépuscule
Te vient à chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
L’horizon délicatement.


Vertige ! voici que frissonne
L’espace comme un grand baiser
Qui, fou de naître pour personne,
Ne peut jaillir ni s’apaiser.


Sens-tu le paradis farouche

Ainsi qu’un rire enseveli
Se couler du coin de ta bouche
Au fond de l’unanime pli !


Le sceptre des rivages roses
Stagnants sur les soirs d’or, ce l’est,
Ce blanc vol fermé que tu poses
Contre le feu d’un bracelet.

 

 

 

lundi, 16 juillet 2018

La pendule du « Frisson d'hiver »

 

 

 

 

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 La pendule de Saxe (XVIIIe s.), qui apparaît dans le poème en prose « Frisson d'hiver » (1864),
dans la salle à manger de la maison de Stéphane Mallarmé,
au lieu-dit Valvins, à Vulaines-sur-Seine,
en Seine-et-Marne, photographie : septembre 2017.

 

 

« Cette pendule de Saxe, qui retarde et sonne treize heures parmi ses fleurs et ses dieux, à qui a-t-elle été ? Pense qu’elle est venue de Saxe par les longues diligences, autrefois.

(De singulières ombres pendent aux vitres usées.) »

 

                                                                  Début du poème, dans Divagations (1897).

 

 

 

 

 

dimanche, 25 mars 2018

La réponse de Mme Debussy

 

 

 

Dans l'un de mes carnets, je retrouve ceci, noté je ne sais quand, je ne sais où, d'après je ne sais quelle source :

 

Un journaliste à Mme Debussy : « Madame, les uns vantent chez votre mari la délicatesse des harmonies, les autres la transparence de l'orchestration, la subtilité des transitions. Mais, selon vous, quelle est sa principale qualité ?

— Oh, il est surtout très câlin... »

 

 

 

(Remise en ligne de la note du 10 février 2015.)

12:08 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases, Autour de la musique | Tags : claude debussy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

lundi, 14 août 2017

Le poète qui chanta tour à tour Brunehilde, Galswinthe, Frédégonde, Ultrogothe et Radegonde

à Antire.

 

 

 

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Venance Fortunat (vers 530-609), Poèmes,
détail, parchemin, provenant de l'abbaye Saint-Pierre de Gorbie (Somme), fin du VIIIe siècle,
exposition "Les Temps mérovingiens", au musée de Cluny, musée du Moyen-Âge, à Paris V,
photographie : novembre 2016.

 

 

Du jardin de la reine Ultrogothe
[reine des Francs, morte après 566, épouse de Childebert Ier, roi de Paris]

 

Ici le printemps au teint pourpré fait croître les gazons verts, et l'air est embaumé de l'odeur des roses du paradis. Là, de jeunes pampres offrent une ombre protectrice contre les chaleurs de l'été, et servent d'abri aux ceps chargés de raisin. Tout cet enclos est émaillé de mille fleurs diverses ; il y a des fruits de couleur blanche, d'autres de couleur rouge. L'été y est plus doux qu'ailleurs, et la brise aux murmures discrets ne cesse d'agiter les pommes suspendues à leur tige. Childebert les a greffées avec amour. Venant d'une telle main elles ne nous en sont que plus chères. Elles tiennent de celui qui les a cultivées une saveur de miel que le royal jardinier leur a peut-être secrètement communiquée. Le prix de ces pommes nouvelles est doublé par l'honneur qu'un roi leur a fait ; l'odeur en est suave et le goût exquis. Jugez de ce qu'a pu faire pour le bonheur des hommes celui dont le toucher se fait sentir à nous dans l'agréable odeur de ces fruits ! Puisse l'arbre qui les porte en reproduire à perpétuité l'excellente espèce, afin que tout homme garde la mémoire de ce pieux monarque. C'est de ces lieux qu'il partit pour aller au ciel ; c'est à ses mérites qu'il doit d'être l'hôte de ces demeures sacrées. Naguère, chéri de tous, il fréquentait tour à tour les églises, aujourd'hui il est à poste fixe dans les temples célestes. Puissiez-vous, Ultrogothe, triomphante, et vous troisième avec vos deux filles, avoir le bonheur de l'y posséder un jour éternellement !

                                            

                                                              Venance Fortunat, Poèmes, Livre VI, 6. [Source.]

 

 

 

 

dimanche, 09 juillet 2017

Ô capitale infâme !

 

 

 

 

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Charles Baudelaire (1821-1867), détail du manuscrit autographe de l'"Épilogue" du Spleen de Paris,
à l'exposition "L'Œil de Baudelaire", au musée de la Vie romantique, à Paris IX,
photographie : octobre 2016.

 

 

ÉPILOGUE

 

Le cœur content, je suis monté sur la montagne
D’où l’on peut contempler la ville en son ampleur,
Hôpital, lupanars, purgatoire, enfer, bagne,

Où toute énormité fleurit comme une fleur.
Tu sais bien, ô Satan, patron de ma détresse,
Que je n’allais pas là pour répandre un vain pleur ;

Mais comme un vieux paillard d’une vieille maîtresse,
Je voulais m’enivrer de l’énorme catin
Dont le charme infernal me rajeunit sans cesse.

Que tu dormes encor dans les draps du matin,
Lourde, obscure, enrhumée, ou que tu te pavanes
Dans les voiles du soir passementés d’or fin,

Je t’aime, ô capitale infâme ! Courtisanes
Et bandits, tels souvent vous offrez des plaisirs
Que ne comprennent pas les vulgaires profanes.

 

 

 

 

jeudi, 06 juillet 2017

L'architecture mobile des nuages

 

 

 

 

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Charles Baudelaire (1821-1867), manuscrit autographe du poème en prose "le Port" (1864),
à l'exposition "L'Œil de Baudelaire", au musée de la Vie romantique, à Paris IX,
photographie : octobre 2016.

 

 

LE PORT

 

Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L’ampleur du ciel, l’architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l’âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n’a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s’enrichir.

 

 

 

 

mardi, 04 juillet 2017

La douce Nuit qui marche

 

 

 

 

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Charles Baudelaire (1821-1867), manuscrit autographe de "Recueillement" (1861),
à l'exposition "L'Œil de Baudelaire", au musée de la Vie romantique, à Paris IX,
photographie : octobre 2016.

 

 

RECUEILLEMENT

 

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

 

 

 

 

mercredi, 10 mai 2017

D'une véritable et brûlante actualité

 

 

 

« Le poète de nos jours semble avoir écrit avec son sang : je ne jouerai pas le jeu que vous exigez ; je ne flatterai pas, je ne coïnciderai pas avec vous, ni par goûts ni par intérêts ordinaires ; je m’acharnerai à inventer quand vous ne voulez pas d’invention ; je porterai le message dont vous ne voulez rien entendre. Dès ce moment la situation de silence marque une défaite spirituelle plus générale.
Dès lors se produit sans doute la réaction des défenseurs de l’ordre ; leur silence, au temps de la publicité intellectuelle, est la grande arme d’animosité. Leur silence est éviction, silence d’un autre ordre. L’époque des procès littéraires pour outrage aux bonnes mœurs était plus favorable à l’écrivain. Subir l’éviction est la souffrance la plus dangereuse, comme un empoisonnement graduel des sources de la foi.
Des bandes se partagent aujourd’hui le commerce de la littérature. Elles pactisent entre elles, car elles sont engagées dans une opération unique contre la qualité. Leur solidarité s’exerce en vue de conquérir une définition, et une place, dans le grand cadre de la répétition. Leur littérature est chargée de faire dériver l’angoisse moderne, parvenue à un degré insupportable ; la platitude ou l’indécence du talent ne sauraient être assez grandes, pour endormir ici, et aggraver là les douleurs de la répétition.
Comment les hommes de telle fabrication salueraient-ils la Poésie, dont le mouvement est libre, péremptoire et insolite ? La principale détermination est la volonté de détruire ce que je nommais il y a un instant les sources de la foi. »

 

Pierre Jean Jouve, En miroir, journal sans date (1954)

 

 

 

09:34 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

samedi, 08 avril 2017

Deux phrases

 

 

 

« La discussion politique publique n'est intellectuellement adulte dans aucun pays. »

 

*

 

« L'interlocuteur du solitaire est le passé tout entier. »

 

 

Nicolás Gómez Dávila (1913-1994). 

 

 

 

 

20:26 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |