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mercredi, 13 mai 2015

« Méné Méné. Theqel. Oupharsin »

 

 

 

 

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Hyacinthe Collin de Vermont (1693-1761), Le Festin de Balthazar, détail,
musée Magnin, hôtel Lantin, Dijon,
photographie : oc
tobre 2014.

 

« Le roi Baltasar fit un grand festin à mille de ses princes, et en présence de ces mille il but du vin. Excité par le vin, Baltasar fit apporter les vases d’or et d’argent que Nabuchodonosor, son père, avait enlevés du temple qui est à Jérusalem, afin que le roi et ses princes, ses femmes et ses concubines, s’en servissent pour boire. Alors on apporta les vases d’or qui avaient été enlevés du temple de la maison de Dieu qui est à Jérusalem, et le roi et ses princes, ses femmes et ses concubines s’en servirent pour boire. Ils burent du vin, et ils louèrent les dieux d’or et d’argent, d’airain, de fer, de bois et de pierre. À ce moment apparurent des doigts de main humaine qui écrivaient, en face du candélabre, sur la chaux de la muraille du palais royal ; et le roi vit le bout de la main qui écrivait. Alors le roi changea de couleur, et ses pensées le troublèrent ; les jointures de ses reins se relâchèrent et ses genoux se heurtèrent l’un contre l’autre. » (Lire ici la suite.)

 

Livre de Daniel, V, 1-6, traduction du Chanoine Crampon (1923).

 

 

 

 

vendredi, 08 mai 2015

Les îlots

 

 

 

« L'État prodigue de grands moyens à la culture à condition que celle-ci consente à son esclavage ; de cette manière il peut l'assujettir à sa guise, selon la lutte pour la puissance, le produit de la culture et obtenir d'utiles serviteurs. [...] Dans le monde moderne, l'artiste, le savant, le philosophe, vivent dans un isolement total, ce sont des individus dispersés. Tout au plus entrent-ils dans des groupes professionnels, mais ils ne trouvent pas une communauté qui les soutienne dès leur jeune âge. L'artiste, le philosophe, ainsi isolés, sont la proie du pouvoir mondain et politique, ou alors ils vont au-devant d'un destin tragique. »

 

Giorgio Colli, Après Nietzsche (1974), traduction de Pascal Gabellone, Paris : éditions de l'éclat, 1987, p. 49.

 

 

09:25 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

vendredi, 24 avril 2015

Pour mémoire

 
 
 
 
 
« Détaché de tout, je le suis moins que jamais de vous », écrivait le 6 octobre 1970 Charles de Gaulle à Pierre Jean Jouve. Qu'il soit inimaginable, hélas, que son actuel successeur à la tête de l'État français adresse une telle phrase à un poète contemporain explique probablement beaucoup de choses.

 
 
 
 

mardi, 21 avril 2015

Dame Méry (sans trop d'ardeur à la fois enflammant...)

 

 

 

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Édouard Manet (1832-1883), Méry Laurent au chapeau noir ou L'Automne (1881),
[Méry Laurent (1849-1900), pour qui Stéphane Mallarmé composa le poème « Dame sans trop d'ardeur... »
où le nom de Méry, dans certains manuscrits, remplace le mot de Dame],

Palais des ducs de Bourgogne, musée des ducs de Bourgogne,
photographie : octobre 2014.

 

 

Dame
            Sans trop d’ardeur à la fois enflammant
La rose qui cruelle ou déchirée, et lasse
Même du blanc habit de pourpre, le délace
Pour ouïr dans sa chair pleurer le diamant

Oui, sans ces crises de rosée et gentiment
Ni brise quoique, avec, le ciel orageux passe
Jalouse d’apporter je ne sais quel espace
Au simple jour le jour très vrai du sentiment


Ne te semble-t-il pas, disons, que chaque année
Dont sur ton front renaît la grâce spontanée
Suffise selon quelque apparence et pour moi

Comme un éventail frais dans la chambre s’étonne
À raviver du peu qu’il faut ici d’émoi
Toute notre native amitié monotone.

 

Stéphane Mallarmé, 1887-1888, poème remanié en 1896.

 

 

 

jeudi, 09 avril 2015

Un catastérisme d'Ératosthène de Cyrène

 

 

 

La Lyre. Cette constellation est nouvellement mise au nombre des autres, mais c’est la lyre des Muses. Mercure l’a faite de la tortue et des cordes tirées des bœufs d’Apollon, elle en a eu sept d’après les Atlantes. Apollon la reçut, et la donna à Orphée pour accompagner ses chants, à ce fils de Calliope, l’une des Muses, lequel a donné des noms aux neuf Muses, et perfectionna tellement la musique parmi les humains, qu’on disait qu’il rendait les bêtes et les rochers sensibles à ses accords. Mais Orphée ne rendait aucun culte à Bacchus. Il n’adorait que le seul Dieu suprême, sous le nom d’Apollon, et souvent, se levant la nuit, il allait s’asseoir sur le mont Pangée, pour y attendre le lever du soleil, et le saluer le premier par ses sons mélodieux. Eschyle raconte que Bacchus irrité envoya les Bassarides pour le déchirer. Mais les Muses rassemblèrent ses membres épars, et les enterrèrent dans la terre des Libéthres ; et, avec la permission de Jupiter, elles mirent sa lyre au ciel. Son coucher sert d’annonce, parce qu’il se fait en un temps réglé suivant la saison. Elle a une étoile à chaque corde, une à chaque courbure, et une aussi à l’extrémité, une à chaque épaule, une à la traverse, et une blanche et brillante au pied ; en tout, neuf.

 

Ératosthène de Cyrène, Les Catastérismes, « La constellation de la Lyre » (IIIe s. av. J.-C.), traduction de M. l'Abbé Halma (1821).

 

 

 

11:04 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Tags : ératosthène de cyrène, catastérismes, lyre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

dimanche, 08 février 2015

L'Autre (La lecture)

 

 

 

« Autrui. Percevoir chaque être humain (image de soi-même) comme une prison où habite un prisonnier, avec tout l'univers autour. »

 

Simone Weil, La Pesanteur et la grâce.

 

 

13:07 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

mercredi, 07 janvier 2015

Les Cloches

 

 

 

 

Serguei Rachmaninoff, Les Cloches, IV. Lento lugubre, d'après Les Cloches, poème d'Edgar Poe.  Philharmonique de Moscou, direction : Dmitri Jurowski, Elchin Azizov, baryton, Chœur Yurlov de Russie. Maison internationale de la musique de Moscou, Svetlanov Hall, 10 mars 2012.

 

Les Cloches,

par Edgar Allan Poe,

traduction de Stéphane Mallarmé

 

Entendez les traîneaux à cloches — cloches d’argent ! Quel monde d’amusement annonce leur mélodie ! Comme elle tinte, tinte, tinte, dans le glacial air de nuit ! Tandis que les astres qui étincellent sur tout le ciel semblent cligner, avec cristalline délice, de l’œil : allant, elle d’accord (d’accord, d’accord) en une sorte de rythme runique, avec la « tintinnabulisation » qui surgit si musicalement des cloches (des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches, cloches) : du cliquetis et du tintement des cloches.

Entendez les mûres cloches nuptiales, cloches d’or ! Quel monde de bonheur annonce leur harmonie ! À travers l’air de nuit embaumé, comme elles sonnent partout leur délice ! Hors des notes d’or fondues, toutes ensemble, quelle liquide chanson flotte pour la tourterelle, qui écoute tandis qu’elle couve de son amour la lune ! Oh ! Des sonores cellules quel jaillissement d’euphonie sourd volumineusement ! Qu’il enfle, qu’il demeure parmi le Futur ! Qu’il dit le ravissement qui porte au branle et à la sonnerie des cloches (cloches, cloches - des cloches, cloches, cloches, cloches), au rythme et au carillon des cloches !

Entendez les bruyantes cloches d’alarme — cloches de bronze ! Quelle histoire de terreur dit maintenant leur turbulence ! Dans l’oreille saisie de la nuit comme elle crie leur effroi, trop terrifiées pour parler, elles peuvent seulement s’écrier hors de ton, dans une clameur d’appel à merci du feu, dans une remontrance au feu sourd et frénétique bondissant plus haut (plus haut, plus haut), avec un désespéré désir ou une recherche résolue, maintenant, de maintenant siéger, ou jamais, aux côtés de la lune à la face pâle. Oh ! Les cloches (cloches, cloches), quelle histoire dit leur terreur  — de Désespoir ! Qu’elles frappent et choquent, et rugissent ! Quelle horreur elles versent sur le sein de l’air palpitant ! Encore l’ouïe sait-elle, pleinement, par le tintouin et le vacarme, comment tourbillonne et s’épanche le danger ; encore l’ouïe dit-elle, distinctement, dans le vacarme et la querelle, comment s’abat ou s’enfle le danger, à l’abattement ou à l’enflure dans la colère des cloches, dans la clameur et l’éclat des cloches !

Entendez le glas des cloches — cloches de fer ! Quel monde de pensée solennelle comporte leur monodie ! Dans le silence de la nuit que nous frémissons de l’effroi ! À la mélancolie tenace de leur ton. Car chaque son qui flotte, hors la rouille en leur gorge — est un gémissement. Et le peuple — le peuple — ceux qui demeurent haut dans le clocher, tout seuls, qui sonnant (sonnant, sonnant) dans cette monotonie voilée, sentent une gloire à ainsi rouler sur le cœur humain en pierre — ils ne sont ni homme ni femme — ils ne sont ni brutes ni humains  — ils sont des Goules : et leur roi, ce l’est, qui sonne ; et il roule (roule  — roule), roule un Péan hors des cloches ! Et son sein content se gonfle dans ce Péan des cloches ! Et il danse, et il danse, et il hurle : allant d’accord (d’accord, d’accord) en une sorte de rythme runique, avec le tressaut des cloches — (des cloches, cloches, cloches), avec le sanglot des cloches ; allant d’accord (d’accord, d’accord) dans le glas (le glas, le glas) en un heureux rythme runique, avec le roulis des cloches — (des cloches, cloches, cloches), avec la sonnerie des cloches  — (des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches, cloches - cloches, cloches, cloches) — le geignement et le gémissement des cloches.

 

 

 

 

22:23 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases, Autour de la musique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

vendredi, 24 octobre 2014

Lumières

 

 

 

 

 

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Sur le chemin des Alpes, des Deux-Alpes à Vénosc, en Isère,
photographie : juillet 2014.

 

 

« La lumière n’a pas de bras pour nous porter. »

Pierre-Albert Jourdan, La Langue des fumées (1961)

 

 

 

lundi, 29 septembre 2014

Lire le poème

 

 

 

« [Edgar Degas] racontait (...) que Mallarmé ayant lu un sonnet devant quelques disciples, et ceux-ci, dans leur admiration, voulant paraphraser le poème, l'expliquaient chacun à sa façon : les uns y voyant un coucher de soleil, les autres le triomphe de l'aurore ; Mallarmé leur dit :  "Mais pas du tout... C'est ma commode."

Il paraît que Degas alla jusqu'à raconter cette histoire devant son héros, dont on dit qu'il sourit de l'entendre, mais d'un sourire un peu nécessaire.

J'ajoute que l'anecdote elle-même me semble peu vraisemblable. Mallarmé, à ma connaissance, ne lisait jamais ses vers devant témoins. Il m'a bien lu le "Coup de Dés" en 1897 ; mais c'était dans le tête-à-tête, et l'extraordinaire nouveauté de cet ouvrage lui a paru, sans doute, justifier une expérience directe de son effet. »

 

Paul Valéry, Degas Danse Dessin (1938).

 

 

 

14:59 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

vendredi, 12 septembre 2014

Itinéraire royal

 

 

 

 

Il y a dans le petit ouvrage écrit par Louis XIV, Manière de montrer les jardins de Versailles, une phrase d'une beauté envoûtante ; son rythme calme, sa grâce hautaine, le ton détaché sur lequel elle semble être prononcée, sont, je trouve, irrésistibles ; à elle seule, elle raconte une merveilleuse et mystérieuse histoire :

 

« Quand on sera dans le centre de la maison, on fera voir l'obscurité du bois, le grand jet et la Nape* au travers de l'ombre. »

 

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* Orthographe du XVIIe siècle.