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mercredi, 16 septembre 2020

Où je lis Victor Segalen

 

 

 

 

 

 

Éloge et pouvoir de l'absence

 

Je ne prétends point être là, ni survenir à l’improviste, ni paraître en habits et chair, ni gouverner par le poids visible de ma personne,
 
Ni répondre aux censeurs, de ma voix ; aux rebelles, d’un œil implacable ; aux ministres fautifs, d’un geste qui suspendrait les têtes à mes ongles.
 
Je règne par l’étonnant pouvoir de l’absence. Mes deux-cent-soixante-dix palais tramés entre eux de galeries opaques s’emplissent seulement de mes traces alternées.
 
Et des musiques jouent en l’honneur de mon ombre ; des officiers saluent mon siège vide ; mes femmes apprécient mieux l’honneur des nuits où je ne daigne pas.
 
Égal aux Génies qu’on ne peut récuser puisqu’invisibles, — nulle arme ni poison ne saura venir où m’atteindre.
 
Victor Segalen, Stèles.
 
 
 

 

13:19 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mardi, 19 mai 2020

De la beauté

 
 
 
« La beauté n’a pas de nom, même si on l’appelle beauté. »
 
 
 
Janine Modlinger, Beauté du presque rien, Ad Solem, 2016.
 
 
 
 

10:42 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mercredi, 22 avril 2020

Où je lis Baudelaire

 

 

 

 

 

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LE SOLEIL

 

Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m'exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Éveille dans les champs les vers comme les roses ;
Il fait s'évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C'est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le cœur immortel qui toujours veut fleurir !
 
Quand, ainsi qu'un poète, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s'introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.

 

Charles Baudelaire

 

(La page filmée provient du Tome I des Œuvres complètes de Charles Baudelaire dans la Bibliothèque de la Pléiade, 1975.)

 

 

 

16:30 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

samedi, 11 avril 2020

Où je lis Verlaine (1)

 

 

 

 

 

 

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CLAIR DE LUNE

 

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

 

Paul Verlaine 

 

(La page filmée provient de l'ouvrage « Verlaine, Fêtes galantes », "L'Œuvre manuscrite", Bibliothèque de l'image, 1997.)

 

 

 

 

 

07:47 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

jeudi, 09 avril 2020

Où je lis Mallarmé (1)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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LE PITRE CHÂTIÉ



Yeux, lacs avec ma simple ivresse de renaître
Autre que l’histrion qui du geste évoquais
Comme plume la suie ignoble des quinquets,
J’ai troué dans le mur de toile une fenêtre.

De ma jambe et des bras limpide nageur traître,
À bonds multipliés, reniant le mauvais
Hamlet ! c’est comme si dans l’onde j’innovais
Mille sépulcres pour y vierge disparaître.


Hilare or de cymbale à des poings irrité,
Tout à coup le soleil frappe la nudité
Qui pure s’exhala de ma fraîcheur de nacre,

Rance nuit de la peau quand sur moi vous passiez,
Ne sachant pas, ingrat ! que c’était tout mon sacre,
Ce fard noyé dans l’eau perfide des glaciers.

 

Stéphane Mallarmé

 

(La page filmée provient du Tome I des Œuvres complètes de Mallarmé dans la Bibliothèque de la Pléiade, 1998.)

 

 

 

 

08:14 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

mercredi, 25 septembre 2019

Le désert

 

 

 

« La poésie est un langage en érection », écrivait le poète Georges Séféris, le mot d'érection étant à entendre, naturellement, en ses multiples sens. Il semble hélas que le simple fait d'être un auteur, ou celui qu'on l’apprenne soudain, fassent fuir ou effraient ; le poète et son poème forment un corps d'attente et de désir dans une chambre vide ou brusquement désertée.

 

 

 

lundi, 11 février 2019

Encore un dernier regard (Le banc)

 

 

 

 

SAM_0938.JPG

 

Le château de Brissac (XVe-XVIIe s.),
demeure des ducs de Brissac,
en Maine-et-Loire, en Anjou,

photographie : avril 2018.

 

« La véritable mesure de la vie est le souvenir. »

Walter Benjamin.

 

 

 

mardi, 11 septembre 2018

« At Merlin's feet the wily Vivien lay »

 

 

 

Doré-M.jpg

 

Gustave Doré (1832-1883), Viviane et Merlin (vers 1867),
[d'après "Vivien" de Tennyson],
au monastère royal de Brou,
à Bourg-en-Bresse, dans l'Ain, photographie : octobre 2017.

 

« At Merlin's feet the wily Vivien lay... »
(« Aux pieds de Merlin la malicieuse Viviane est étendue... »)

Alfred Tennyson, « Viviane », Les Idylles du roi (1885)

 

 

 

 

mardi, 17 juillet 2018

La délicatesse

 

 

 

 

SAM_7668.JPG

 

Stéphane Mallarmé, Éventail de Mademoiselle Mallarmé (1884),
 dans la maison de Stéphane Mallarmé,
au lieu-dit Valvins, à Vulaines-sur-Seine,
en Seine-et-Marne,
photographies : septembre 2017.

 

 

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Ô rêveuse, pour que je plonge
Au pur délice sans chemin,
Sache, par un subtil mensonge,
Garder mon aile dans ta main.


Une fraîcheur de crépuscule
Te vient à chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
L’horizon délicatement.


Vertige ! voici que frissonne
L’espace comme un grand baiser
Qui, fou de naître pour personne,
Ne peut jaillir ni s’apaiser.


Sens-tu le paradis farouche

Ainsi qu’un rire enseveli
Se couler du coin de ta bouche
Au fond de l’unanime pli !


Le sceptre des rivages roses
Stagnants sur les soirs d’or, ce l’est,
Ce blanc vol fermé que tu poses
Contre le feu d’un bracelet.

 

 

 

lundi, 16 juillet 2018

La pendule du « Frisson d'hiver »

 

 

 

 

SAM_7743.JPG

 

 La pendule de Saxe (XVIIIe s.), qui apparaît dans le poème en prose « Frisson d'hiver » (1864),
dans la salle à manger de la maison de Stéphane Mallarmé,
au lieu-dit Valvins, à Vulaines-sur-Seine,
en Seine-et-Marne, photographie : septembre 2017.

 

 

« Cette pendule de Saxe, qui retarde et sonne treize heures parmi ses fleurs et ses dieux, à qui a-t-elle été ? Pense qu’elle est venue de Saxe par les longues diligences, autrefois.

(De singulières ombres pendent aux vitres usées.) »

 

                                                                  Début du poème, dans Divagations (1897).