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lundi, 09 février 2015

Absence, présence

 

 

 

Que le silence s'écoute, voilà bien, sans doute, ce qu'il faut rappeler — qu'il s'écoute avec la même oreille qui souffre ou s'enchante des bruits, avec la même ferveur qui nous étreint et nous emporte lorsque nous écoutons la musique, et semblablement au chant lointain qui est en nous, qui revient parfois, l'indicible chant que pourtant la tâche du poème est de tenter de dire. Il semble alors certain que le silence est une source, dont l'origine indéchiffrable, énigmatique, se cherche et remonte en nous, comme le chant que nous traquons.

 

 

lundi, 26 janvier 2015

Petite annonce

 

 

 

Voici des années que je cherche à me procurer un article de Florence Comte, intitulé "11 rue Saint-Jean : la demeure de Maurice Scève à Lyon", et publié dans Aspects du XVIe siècle à Lyon (Travaux de L'Institut d'Histoire de l'Art de Lyon. Cahier n° 16, Lyon, 1994, pp. 129-152). Mais le document est, semble-t-il, aussi introuvable qu'une édition annotée de la Saulsaye par la main de Maurice Scève lui-même...

(Il est, paraît-il, disponible à la Bibliothèque de Lyon. Un Lecteur de passage saurait-il me le dénicher ? Combien lui serais-je reconnaissant !)

 

 

 

17:59 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

dimanche, 18 janvier 2015

Signification en miroir

 

 

 

Il est su depuis longtemps que ce qui infirme, ridiculise ou réduit à néant la plupart des opinions, c'est que celles-ci ne sont propres qu'à leur époque ; cependant, il en est bien souvent de même pour les pensées plus étendues qui voudraient leur faire face, les "hauteurs de vue" qui tentent de s'appuyer sur des livres et des rêves plus anciens que nous : là se brise ou se glace une "contemporanéité" qui se pensait un regard lucide. Cette ombre se perçoit ainsi qu'un flambeau, mais elle ne fait qu'ajouter à la nuit.

 

(Recourir à la nuit, est-ce possible ?)

 

 

 

08:24 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Tags : frédéric tison, note, opinion, nuit | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mardi, 13 janvier 2015

Support pour la flamme

 

 

 

 

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Détail d'un chandelier de l'autel (XVIIIe s.), en la cathédrale Saint-Vincent de Viviers,
en Ardèche, photographie : juillet 2014.

 

 

Pourquoi certains objets nous retiennent-ils davantage que d'autres, lors de nos voyages ? Une lumière, certainement, s'est posée sur cet objet au moment précis de notre regard, le soulignant, l'indiquant à notre attention. Nous ne l'attendions pas plus qu'un autre, mais sa beauté a surgi, avec l'évidence d'un souvenir comme préfiguré. Ainsi d'un beau voyage nous n'avons pas seulement la mémoire de paysages, de rues, de bâtiments, de tableaux, de visages : un objet, ou l'un de ses détails, sait également le résumer, avec le secours de la photographie, comme en une seule page.

 

 

 

 

dimanche, 11 janvier 2015

La majesté

 

 

 

J'ai aimé à lire, dans ses Mémoires, ce que le prince de Ligne écrivait de Louis XIV : il fallait au roi, pour ses promenades, « une allée bien droite de cent vingt pieds de large, à côté d'un canal qui en avait autant » ; « il ne savait pas (...) ce que c'est qu'un sentier, un ruisseau et une prairie ».

Le « plus grand des Wallons » croyait sans doute, avec son ironie légère, laisser un portrait quelque peu moqueur du roi de France, pour l'éternité des lecteurs et des livres. Bien sûr, nous pouvons encore en sourire, si nous aimons autant les sentiers, les ruisseaux et les prairies que les grands espaces aimés du Roi-Soleil. Mais ce qui, dans les mots du prince, retient l'attention, aujourd'hui, c'est certainement l'amour de la grandeur, qui semble perdu dans l'esprit de nos puissants : loin (ou auprès) de l'inévitable nostalgie d'un Passé qui a toujours, si peu que ce soit, la couleur de l'exotisme, je vois dans le sentiment de la grandeur ce qui manque, cruellement ou confusément, à nos contemporains. La médiocrité, certes, fut autant le lot des monarchies abolies que celui de nos démocraties satisfaites d'elles-mêmes (et sans doute n'est-ce pas la nature du régime politique qui est en cause, mais son esprit, selon les hommes qui l'incarnent). Aussi bien, ce qui manque, c'est le frisson de l'immense, et de la majesté, aurore ou présage de la beauté, dont Versailles ou les jardins de Le Nôtre furent l'image accomplie, temporelle à nos yeux, mais désormais l'une des possibles parmi les plus fécondes, les plus évidentes et les plus belles.

 

 

 

  Michel-Richard Delalande (1657-1726),
Symphonies pour les Soupers du Roy, extrait.

 

 

18:57 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

vendredi, 09 janvier 2015

Aimez-vous Érasme ?

 

 

 

Érasme eût dit l'incompétence inadmissible d'un Gouvernement temporel, son impéritie tragique. Il eût autant interpellé les foules serviles et larmoyantes. Il eût vilipendé l'idée d'un dieu trop sûr... Les unanimités, qu'elles eussent été du côté de la condamnation sans conscience ou de celui de l'excuse aveuglée, la Folie qui s'exprimait dans son livre les avait prévues, et terrassées, avec la culture, la beauté, le temps et, oui, quelque sourire un peu triste.

 

 

 

19:34 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Tags : frédéric tison, note | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

mercredi, 31 décembre 2014

Isnel encore

 

  

 

Lorsque je la rencontrai dans un livre (je ne me rappelle plus lequel, du reste) pour la première fois, j'aimais beaucoup cette phrase qui relève à la fois du jeu de mots (qu'en général je n'aime guère) et de l'aphorisme, celui-ci fort beau, et discrètement subtil : 

 

« Les anges ont des ailes parce qu'ils se prennent à la légère. » 

 

L'auteur du livre ne citait pas sa source (je l'aurais, sinon, immédiatement notée, à l'époque). Cependant je retrouvai plus tard la même phrase, un peu différente, dans un essai de Salah Stétié consacré à Rimbaud (Rimbaud, le Huitième Dormant) : « Si les anges volent, c'est parce qu'ils se prennent à la légère », et cette fois son auteur était mentionné : G. K. Chesterton, cet étrange et fécond écrivain, dont j'ai lu quelques romans ainsi que La Morale des elfes, Orthodoxie et Saint Thomas du Créateur, un très beau livre sur Thomas d'Aquin. Cette phrase était donc traduite de l'anglais ; mais au fait, comment dit-on "prendre à la légère", dans la langue de Shakespeare ? "To take lightly", semble-t-il. Cependant, cette expression signifie-t-elle exactement la même chose qu'en français ?

 

Le poète ne citait pas l'ouvrage où se trouve cette phrase, et je me mis, en vain, à feuilleter l'œuvre de Chesterton à sa recherche ; je savais qu'elle ne se trouvait pas dans les livres que j'avais lus, aussi ai-je fréquenté bibliothèques et librairies en ayant toujours quelques minutes à consacrer à cette phrase bien cachée. En déroulant l'Internet, je n'obtins pas plus de résultats ; à peine ai-je trouvé une petite variante (« L'ange, s'il vole, c'est parce qu'il... »).

 

Je me demande alors si cette phrase n'est pas de celles qu'on attribue depuis "toujours" à un auteur — cette citation que l'on a trouvée dans un livre secondaire qui la mentionnait laconiquement, et qu'à son tour on a reprise, en passant rapidement sur une source manquante, semblant aller de soi. Une phrase, en somme, créée non pas par un auteur, mais par les livres, les bibliothèques, les lecteurs, les auteurs qui lisent et citent et recopient, avec confiance...

 

... À moins que l'un de mes Lecteurs n'ait su trouver la bonne page ?

 

 

 

mercredi, 17 décembre 2014

Coquilles

 

 

 

 

La correction d'épreuves la plus rigoureuse, curieusement, n'empêche presque jamais l'oubli de quelques coquilles, un pluriel négligé, un "pas" pour un "par", un mot répété inutilement ou une virgule en début de ligne. Presque aucun de mes livres imprimés, à l'instar de nombre de ceux que je lis, n'a su éviter cet écueil ; il semble bien que Titivillus, ce démon médiéval qui, tout en les provoquant, recueillait les syllabes et les lettres omises (ou fautives) des chanteurs de psaumes et des copistes, continue d'exercer son discret mais malicieux empire sur les mots. Je me souviens d'un fâcheux "interpelé", sur la première page de la première partie d'un livre mien publié en 2005. Je me rappelle un auteur de mes amis, qui s'aperçut que l'un des mots du titre de son ouvrage était au pluriel sur la couverture et au singulier sur la page de garde.

 

Ces fautes-là recommencent à leur façon la lettre volée d'Edgar Poe ; elles semblent si criantes et si évitables, si improbables même, qu'arrivera sans doute le jour, s'il n'est pas déjà arrivé, où le nom même de l'auteur sera mal orthographié sur la couverture de son livre... Un autre fait curieux est que la coquille, bien souvent, ne se voit qu'une fois qu'elle est définitivement imprimée ; dans le fichier informatique, elle se faisait timide, sage et candide, transparente en un mot. Tout se passe comme si, avant l'impression, une faute connaissait infailliblement le moyen de se voiler de gaze. J'ajouterai qu'elle apparaît dans toute sa splendeur désolée d'abord à l'auteur du livre, et seulement ensuite, pour une bien moindre part, à ses lecteurs, ce qui est à la fois cruel et consolant. La première coquille d'impression dans l'un de mes livres m'a navré, puis je me suis incliné devant l'évidence : ces choses-là sont plus rusées qu'Ulysse.  Au moins ne finirai-je pas comme Alexandre Guidi de Pavie, ce poète italien qui, en 1712, raconte-t-on, alors qu'il s'apprêtait à offrir au pape Clément XI les Homélies de son bienfaiteur qu'il avait paraphrasées et mises en vers, découvrit quelques fautes d'impression dans sa belle édition, et en mourut de chagrin.

 

 

 

 

 

samedi, 13 décembre 2014

Et pendant ce temps...

 

 

 

 

Tous les lieux magnifiques, toutes les sonates, toutes les symphonies, tous les opéras, toutes les peintures, tous les dessins, tous les livres et tous les poèmes sont là, qui nous attendent mais n'ont pas besoin de nous attendre et sont, tandis que l'on discute et que l'on "débat" d'à peu près tout ce qui n'est pas lieu, musique, peinture ni poésie. Le monde les a bien souvent considérés comme des marges, mais aujourd'hui ces limbes atteignent des proportions immenses, proportions qu'elles n'ont peut-être jamais connues.

 

 

 

 

 

mardi, 09 décembre 2014

Allegretto grazioso

 

 

 

 

 

 

Wolfgang Amadeus Mozart,
Rondo pour piano et orchestre en ré majeur K. 382 - Allegretto grazioso,
Murray Perahia et l'English Chamber Orchestra.

 

 

Sans doute chacun le sait-il, en écoutant ce rondo, mais est-il une musique plus gracieuse et simple (divinement simple), évidente, élégante, voire élégantissime, subtile, légère et doucement mélancolique, et puissante et profonde, que celle-ci ? (À l'instant 3:50, c'est un miracle de beauté qui se renouvelle...) J'ai souvent pensé que même les oiseaux, qui en savent long sur le chant et la beauté, s'en enchanteraient, et qu'ils s'en enchantent, lorsqu'ils se posent sur la branche d'un arbre donnant sur la fenêtre ouverte d'une demeure où quelque être humain a choisi d'écouter ce morceau alors ils en parlent entre eux, étonnés, amusés, complices... Peut-être même (si les ornithologues ont montré que leurs langages, patois et dialectes, se modifiaient et "évoluaient", selon) ce rondo a-t-il influencé le chant de quelques uns parmi eux.