Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 08 mai 2015

Le legs du collectionneur

 

 

 

 

Le musée Magnin, en l'hôtel Lantin, à Dijon, pourrait être le modèle du musée privé : si l'on excepte les cartouches plastifiés montés sur des tiges de métal ou abandonnés sur les meubles, assez disgracieux mais heureusement plutôt discrets, chaque pièce est élégante, intime et un peu hautaine à la fois, délicate et rationnelle, en un mot française, et forme une galerie de peinture dont chaque tableau est aimé, ornement pensif et profond des lambris et des miroirs, parmi les meubles rares et précieux. Le visiteur y flâne enchanté, d'autant qu'il n'y a presque personne (et s'il y a quelqu'un, c'est une personne qui observe et passe en silence). Ses pas qui font grincer le plancher ciré l'entraînent vers des vitrines et des murs où s'exposent des merveilles : voici un tout petit tableau d'Herri Met de Bles, un Silène en terre cuite du XVIIIe siècle, trois Georges Michel, parmi d'autres trésors. Il m'est apparu que, si j'avais été riche, si j'avais été prince, et si j'avais eu l'âme d'un collectionneur, j'eusse exactement procédé ainsi : acquérir un bel hôtel particulier, point trop grand, un peu secret, et calme, afin de vivre chaque jour parmi de belles choses, et les partager avec les visiteurs amoureux de ma demeure.

 

 

 

 

jeudi, 07 mai 2015

L'idéal

 

 

 

Qui dira que l'Internet n'est pas aussi, parfois, un pourvoyeur de rêves ? Un site, par exemple, nous apprend que ce château est à vendre.

 

 

 

 

mardi, 05 mai 2015

S'entretenir

 

 

 

Avec qui m’entretiendrais-je de la bibliothèque de Nag Hammadi ?

 

 

 

 

06:00 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

dimanche, 03 mai 2015

Chronique du mauvais temps (fragment)

 

 

 

 

Comme le mauvais temps est beau, en France, près de la mer ou à Paris ! Comme il est vaste et profond ! Le gris de l'air est aimable et attentif, redoublé parfois par la pluie qui scintille, vivace, heureuse d'être la pluie... Dire qu'il est des gens qui s'en vont à prix d'or sur des plages aveuglantes, sous un insipide ciel bleu ! Sans doute leur manque-t-il ce regard exercé qui fait voir du pigeon parisien les plumes délicatement nuancées que souligne le violet du collier, et du goéland argenté du Tréport la tunique blanche adoucie par le manteau couleur cendre... Et le gris du ciel ! Que dis-je, les gris de ce ciel, le gris pâle, presque timide, le gris qui rêve, le gris qui s'allierait au rose de Verlaine, le gris bleu sombre, le gris bleu doux, le gris inquiet, le gris grave et lourd, le gris menaçant, le gris persuasif, le gris obombré, le gris de poussière, le gris noir, le gris infini, le gris qui s'enfuit, les mille autres gris... Dire qu'en France, près de la mer ou à Paris, nous possédons tous les gris, et que si peu savent les voir et les chérir comme autant de beautés de ce monde !

 

 

 

 

 

14:13 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Tags : frédéric tison, note, gris | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

vendredi, 24 avril 2015

Pour mémoire

 
 
 
 
 
« Détaché de tout, je le suis moins que jamais de vous », écrivait le 6 octobre 1970 Charles de Gaulle à Pierre Jean Jouve. Qu'il soit inimaginable, hélas, que son actuel successeur à la tête de l'État français adresse une telle phrase à un poète contemporain explique probablement beaucoup de choses.

 
 
 
 

lundi, 16 mars 2015

L'orthographe honteuse

 

 

 

Sans doute l'orthographe relève-t-elle du champ de la honte si bien que l'on n'ose guère signaler quelque erreur à celui qui nous ferait lire, par exemple, un texte de sa composition qui en contiendrait.  Pour ma part, je corrige toute la journée des fautes de cette sorte, sur des brouillons d'adolescents : ces derniers m'en sont reconnaissants. J'aimerais qu'il fût possible de faire de même avec un adulte ; les fautes de grammaire et d'accord lui apparaîtraient, hélas, des plus humiliantes, si bien que j'ai désormais toujours quelque scrupule à signaler quoi que ce soit. C'est un tort, à mon sens ; je regrette pour ma part que, lorsqu'on s'en avise, l'on ne me signale (ou n'ose le faire ?) les fautes d'inattention (ou d'ignorance) que je puis commettre. À qui donc n'est-il jamais arrivé de commettre une faute, surtout s'il s'agit de la langue française, si complexe, minée de part en part et subtile ? Je parle, par exemple, des fautes qui ont pu se glisser dans les billets de ce blogue-ci, fautes dont je me suis rendu compte bien trop tard, mais aussi, j'y pense, d'un oubli de liaison dans la voix, celui dont je fus atteint, hélas, à trois reprises, lors de ma lecture publique et filmée à la bibliothèque de Belfort, en mars 2014 (épisode dont mon Lecteur retrouvera facilement la trace dans le tréfonds de ces pages virtuelles) : « Il faut h'avoir, il faut h'avoir, il faut h'avoir », répétai-je benoîtement tandis que mon microphone me trahissait et qu'une dame me demandait de parler plus haut — et ce ne fut pas là ma seule erreur de liaison ! L'enregistrement de mes fautes est définitif, dès lors mes fautes le sont autant ; tant pis ! Quant aux fautes écrites, je prie instamment mon cher Lecteur de me les pointer : je ne pourrai jamais que lui en savoir gré. Ainsi nous œuvrerons ensemble.

 

 

 

mardi, 10 mars 2015

Actualité française

 

 

 

Une maison d'édition française, qui prétend privilégier la poésie, écrit à ses correspondants, dont je fais partie : « Actu poésie! Plein d'animations sympas, des ateliers rewriting, et un super concert le vendredi 13 mars! », etc.

 

En deux phrases, nous lisons trois apocopes et familiarités, un anglicisme hideux, absolument inutile de surcroît, deux laides appositions (sans même que soit ici posée la question de l'« actualité » de la poésie...), deux fautes typographiques (les espaces absentes avant les points d'exclamation) et une faute de français (ce ravageur et enfantin plein de) ! Quant au mot concert, je doute qu'il s'agisse de la musique de Bach ou de celle de Ravel ; il eût fallu spectacle, mais n'éreintons pas davantage cette bouillie de mots. (Et j'oublie les « animations »...)

 

Le plus consternant est de constater que ce monstre sans grâce émane d'une maison qui édite des livres de poésie ; le poème se caractérise aussi par l'effort dans la langue, le souci de la précision, le rejet de la faute (si elle n'est pas "licence poétique", elle-même supposant une parfaite maîtrise des mots et de la syntaxe, toujours difficile, recommencée comme la mer) et, essentiellement, par la beauté. Face à cela, kantien en diable, que puis-je connaître ? Que dois-je faire ? Que m'est-il permis d'espérer ? Pour commencer, sans doute, connaître et distinguer cette laideur (la voir se répandre autour de nous), ensuite écrire ce petit billet qui la dénonce (ce qui est peu de chose, j'en conviens), espérer enfin que, d'îlots éperdus dont je suis, et amoureux de la langue française, puisse naître quelque archipel.

 

 

 

 

samedi, 07 mars 2015

Les noms et l'allure

 

 

 

Notre époque souffre certainement de n'avoir personne y portant le nom de, par exemple, Mélisende de Jérusalem, cette reine qui naquit au début du XIIe siècle, ou bien celui de Foulques V d'Anjou, qui fut son époux.

 

 

 

 

lundi, 02 mars 2015

En marge d'un Carnet d'Oyseaulx

 

 

 

Oyseaulx est l'ancienne orthographe d'oiseaux ; je l'aime autant que la nouvelle, et il m'arrive parfois de l'aimer davantage, au point d'en avoir quelque nostalgie : les lettres y et l ajoutaient au mot une aile basse et une aile haute, seulement écrites, propices au rêve du regard, à la lecture, si la langue française a ceci de magnifique qu'elle sait être aussi belle dans l’œil qu'elle l'est dans la voix.

 

(Et je pense aussi à l'ancien et très bel oisel, en ancien français, lequel, en moyen français, se métamorphosa en oyseau.)

 

 

17:47 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Tags : frédéric tison, note, oiseaux, oyseaulx | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

lundi, 16 février 2015

Miroirs

 

 

 

Qu'est-ce, pour moi, que la photographie ? J'ai beau avoir déjà écrit à ce propos quelques phrases, je ne cesse d'y revenir : chacun de mes clichés, a fortiori parmi les plus récents, me pose la question lorsque je le regarde... Comment m'approprier ma propre image, je veux dire : comment celle-ci peut-elle exprimer mon seul regard, et non n'importe quel regard, interchangeable, oubliable, innombrable ? J'ai écrit : « Les photographies de nos voyages redoublent nos souvenirs en les fixant dans un cadre qui est le regard de quelqu'un qui aima ». Certes, me dirais-je maintenant, mais quelle est la nature de ce regard fixé ?  Il est des photographies qui sont belles en raison, surtout, de leur objet : c'est davantage celui-ci qui est beau, qui rend l'image belle — cela, bien sûr, même si l'on peut rater une photographie du château de Chenonceau... Je pourrais encore évoquer le cadrage, mais celui-ci est-il vraiment personnel, si bien souvent je m'inspire et me souviens de tableaux de paysages, de Patinir, de Ruysdael, du Lorrain, de Georges Michel encore ?

 

Cette image, qui n'est pas ratée, j'en conviens, est-elle vraiment belle ? N'a-t-elle plutôt qu'un intérêt anecdotique (ma visite en ce lieu), si elle n'est un souvenir que pour moi, si elle ne montre qu'un instant, certes particulier, mais qui pourrait être répété  : ne changeraient que la lumière, les nuages, les ombres sur les jardins... Et dès lors, ce serait la lumière, ce seraient les nuages et les ombres qui créeraient véritablement la beauté, sur cette image, non le merveilleux château, ce sont eux qui rendraient belle mon image — et j'y prendrais alors peu de part...

 

Il m'arrive d'être plus ambitieux, peut-être, lorsque mes photographies tentent de s'émanciper du seul souvenir de voyages et de promenades. Alors, parallèlement au souvenir, j'essaie le détail, la lumière, l'ombre (le reflet). J'isole de minuscules paysages... Ainsi, par exemple, cette image.

 

(Je me suis toujours méfié des photographies trop clinquantes, trop contrastées, celles qui veulent en mettre "plein la vue", ces bonbons pour l'œil, bien trop sucrés ; autant que de ces images trop léchées, trop "belles", si travaillées et reprises qu'elles basculent, pour les meilleures d'entre elles, quand elles ne sont pas absolument truquées, du côté de la peinture sans que le photographe ait la main du peintre : dès lors, autant peindre, me dis-je, car ces photographes me semblent se payer de couleurs et de lignes, dirai-je, comme il arrive que certains poètes se payent de mots, et restent à la lisière du Poème.)

 

Derrière l'objectif du photographe il est quelqu'un qui aime avec la même timidité de regard que celle de l'image représentée. Quand dois-je m'interrompre, avant de me tromper ? Quand dois-je ne pas faire, ou plutôt ne pas montrer, avant de tromper les regards, tous les regards ?

 

Il est, me dis-je, deux sortes d'images "intéressantes", pour faire (très) vite (et pour parler comme Paul Veyne, à propos de l'Intéressant) : de belles images documentaires où resurgissent le voyage et la promenade, un lieu, un moment aimés ; des images plus profondes, ou qui tentent de saisir cette profondeur, de la forer. Après tout, pourquoi se priver des unes ou des autres ?