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lundi, 09 mars 2015

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (45)

 

 

 

Introduction.

 

 

« 96. Plusieurs cayers de parchemin non reliés, escripts de lettre de court, de l’Istoire de Troyes._25 s. »

 

Sur ces cahiers épars, qui n’avaient pas reçu de reliure, était écrit le Roman de Troie.

 

  

« 97. Un livre de la Mutacion de fortune, escript en françois rymé, de lettre de court, compilé par une damoiselle appellée Xristine de Pizan, historié en aucuns lieux ; et au commencement du second fueillet a escript : Travail pénible ; et est couvert de cuir vermeil empraint, à deux fermoers de cuivre et cinq boulions de mesmes sur chascun ais ; lequel livre ladite damoiselle donna à Mons. au mois de mars 1403._10 liv. »


Il s’agit du Livre de la Mutation [au sens de « changement, transformation »] de Fortune, écrit en 1403 par Christine de Pisan.

 

 

« 98. Un livre compilé de plusieurs Ballades et Ditiez, fait et composé par damoiselle Xristine de Pizan, escript de lettre de court, bien historié et enluminé ; et au commencement du second fueillet après la table dudit livre, est escript : Tous mes bons jours ; couvert de drap de soye noire ouvré, à deux fermoers de cuivre doré, à cinq boulions de mesmes sur chascun ais ; lequel livre Mons. a acheté de ladite damoiselle deux cens escus._50 liv. »

 

Toujours de la Sage Dame, ce recueil devait comprendre l’un ou l’autre de ses livres de poésie (composés entre 1399 et 1403), les Cent ballades, les Virelays, les Ballades d'estrange façon, les Ballades de divers propos, les Complainctes amoureuses, les Lays, les Rondeaux, les Jeux à vendre, accompagnés du Dit de la Rose et du Dit de la Pastoure.

 

« 99. Un autre livre escript et noté [avec des notations musicales] de Lais anciens, couvert d'un cuir vermeil tout plain, à deux fermoers de cuivre._50 s. »

 

Cette notice bien vague ne permet pas d'identifier l'auteur de ces Lais anciens ; mais peut-être s'agit-il tout simplement de Marie de France (vers 1160-1210), l'auteur le plus célèbre de ces anciens récits versifiés. Il est troublant de lire que ce livre comprenait des notations musicales destinées au chant de ces Lais, notations qui sont sans doute perdues.

 

(à suivre.)

 

 

vendredi, 06 mars 2015

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (44)

 

 

Introduction.

 

 

« 95. Le livre de l’Epistre que Othea la déesse envoya à Ector, compilé par damoiselle Xristine de Pizan, escript en françois de lettre de court et très bien historié ; et au commencement du second fueillet a escript : Pour ce ledit ; couvert de cuir empraint, à deux fermoers de cuivre et tixus noirs ; lequel livre ladite Xristine donna à Mons._50 liv. »

 

Cette Épître d’Othéa fut rédigée par Christine de Pisan vers 1400 : le livre se présente sous la forme d’une lettre qu’une divinité, Othéa, la « déesse de la prudence », écrivit pour Hector de Troie, alors âgé de quinze ans, afin de l'éduquer. Selon Christine de Pisan, les princes français descendent des Troyens : cette épître a donc un caractère politique, distillant au jeune et futur héros des conseils moraux et religieux.

 

(à suivre.)

 

 

mardi, 03 mars 2015

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (43)

 

 

 

Introduction.

 

 

« 94. Le livre appellé de Longue estude, fait et compilé par une femme nommée Christine, escript de lettre de court, historié de blanc et de noir [en grisaille], couvert de cuir vermeil empraint, à deux fermoers de cuivre et tixus de soye ; et au commencement du second fueillet a escript : De souverain sens ; lequel livre fut donné à Mons., en son hostel de Néele [l’hôtel de Nesle], à Paris, par la dessus dite Christine, le xxje [21ème] jour de mars l’an 1402._5 liv. » 

 

Christine de Pisan (1364-1430) est l’auteur de ce beau livre en vers, Le Chemin de Longue Étude (1403), dédié à Charles VI, et dont la trame générale s'inspire largement de La Consolation de la Philosophie de Boèce.

La narratrice, nommée Christine, raconte comment, alors qu’elle était seule et désespérée, elle reçut durant son sommeil, dans une vision, la visite de la Sybille de Cumes. Celle-ci l’entraîne dans un voyage extraordinaire (le « chemin de Longue Étude ») : Christine découvre le monde, les lieux bibliques et légendaires, elle s’approche du paradis terrestre dont l’entrée est toujours interdite, puis elle gravit, par le moyen d’une échelle, l’air, l’éther, le feu, l’Olympe et le firmament (les cinq ciels). Au firmament, elle assiste à un débat animé entre plusieurs Dames, personnifications de la Sagesse, de la Noblesse, de la Chevalerie et de la Richesse, au sujet du remède à apporter aux guerres incessantes entre les hommes et à leur cortège de malheurs et de destructions. Dame Raison, leur reine, décrète qu’il faut trouver un homme parfait à même de gouverner harmonieusement le monde. Chaque Dame plaide sa cause : Sagesse décrit l’homme parfait sous l’aspect de la bonté et du savoir incarnés, Noblesse souhaite que cet homme soit issu d’une illustre lignée, Chevalerie insiste pour qu’il soit preux et invincible, Richesse pour qu’il soit l’homme le plus riche du monde. Le conseil de Raison, malheureusement, ne peut trancher en faveur du héros de l’une ou l’autre Dame. C’est alors qu’il décide de confier la résolution du débat à une cour terrestre, la plus grande et la meilleure étant la cour de France (c’est l’évidence même). Christine sera chargée par la Sybille d’être la messagère de la cour de Raison auprès des princes français.

 

Le livre figurait également dans la Bibliothèque de Charles d'Orléans.

 

 

(à suivre.)

 

 

vendredi, 20 février 2015

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (42)

 

 

 

Introduction.

 

 

 

 « 93. Un gros volume, escript en françois de lettre de court, auquel sont contenus les livres qui s'ensuivent ; c'est assavoir : le Livre des propriétés des choses, le Livre de l’Istoire de Thebes, le Livre de l’Istoire de Troyes, le Livre d’Orose, le Livre de Lucan, le Rommant de la Rose, le Testament de maistre Jehan de Mehun, le Trésor et le Testament dudit maistre Jehan de Mehun, Boesce de consolation, Matheole et autres livres, et en derrenier est le Viandier Taillevent ; et au commencement du second fueillet est escript : En espal ; et est couvert de cuir rouge empraint, à quatre fermoers de cuivre et cinq gros boulions de mesme sur chascun ais ; lequel volume mondit seigneur acheta au mois de may mil cccc iiij [mai 1404] de maistre Regnault du Montet la somme de deux cens escus d'or._75 liv. »

 

Ce livre réunit des ouvrages très divers, du poème au livre de cuisine, en passant par des ouvrages d'apologétique.

 

Dans l’inventaire du duc figuraient déjà, comme mon attentif Lecteur a pu le lire, des manuscrits du Livre des Propriétés des choses, du Roman de la Rose et du Testament de Jean de Meung.

 

La Consolation de la philosophie (vers 524), de Boèce, fut traduite en français par Jean de Meung. Le livre figurait également dans la bibliothèque de Charles d'Orléans, à Blois.

 

Le Roman de Thèbes est un roman écrit par un clerc anonyme vers 1150. Récriture du mythe d'Étéocle et de Polynice, les frères ennemis, fils d'Œdipe, il est l’un des plus anciens romans français.

 

Le Roman de Troyes ou Roman de Troie est un poème de Benoît de Sainte-Maure, composé vers 1160-1170. Comme d’autres écrivains dans l'entourage d'Henri II Plantagenêt et d'Aliénor d'Aquitaine, le poète adapte en français (il « met en roman ») les livres majeurs de l’Antiquité. Benoît de Sainte-Maure transforme les héros grecs et troyens de la guerre de Troie en chevaliers du Moyen Âge, entremêlant son récit des amours impossibles de Jason et de Médée, de Pâris et d'Hélène, de Troïlus et de Briséida, d'Achille et de Polixène. Dès le préambule, le poète déclare qu’il suivra de préférence non pas Homère, mais Darès le Phrygien, parce que l’Aède grec a rempli son poème de fables en faisant combattre les dieux et les déesses.

 

Le Livre de Lucan est une traduction des Vies des douze Césars de Suétone, comme l’indique un livre que nous verrons plus loin (notice 130).

 

Matheole désigne les Lamentaciones Matheoluli : Mathieu de Boulogne (appelé également Mahieu le Bigame, Matheolus, Matheolulus, Matthaeus Bononiensis, Matthieu de Boulogne-sur-Mer, Matheolus de Boulogne-sur-Mer, Mathieu de Boulogne-sur-Mer, ou encore Petrus Matheoli alias Nazardus ou Nasardus !) (vers 1260-vers 1320) est l’auteur de ces Lamentations (écrites entre 1295 et 1301), 5614 hexamètres rimés contre la femme, violente diatribe misogyne que critiquera Christine de Pisan dans sa Cité des dames. Le livre fut traduit en français par Jean Le Fèvre de Ressons (vers 1320-mort après 1380), procureur au Parlement de Paris et auteur du Livre de Leesca, qui prend l’exact contrepied des Lamentations de Mathéole, et qui figure peut-être dans les « autres livres » mentionnés dans la notice.

 

Quant au Livre d'Orose, il s’agit d’une traduction de Paul Orose (vers 380-mort après 418), prêtre et apologiste qui composa, à la demande de saint Augustin qui rédigeait alors La Cité de Dieu, ses Histoires contre les païens, censées raconter tous les malheurs du monde depuis Adam et prouver que le sac de Rome par Alaric, en 410, n’était pas une conséquence de l’adoption du christianisme et de l’abandon des anciens dieux par les autorités impériales : on avait été tout aussi malheureux auparavant, depuis les origines du monde, démontrait Paul Orose.

 

Enfin, le Viandier Taillevent est un livre de recettes, le plus ancien livre de cuisine français, attribué à Guillaume Tirel, dit Taillevent (vers 1310-1395), cuisinier des rois de France Charles V et Charles VI. Nous connaissons cependant un manuscrit plus ancien (dit « de Sion ») : celui-ci, daté de la première moitié du XIVe siècle, indique que l’attribution du livre à Guillaume Tirel est postérieure à son élaboration.

Voici quelques exemples de recettes du XIVe siècle, tirées du Viandier :

 

Cuisiez en vin et en eaue des foyes, des jussiers de poulaille, ou de chair de veel ; puis la hachiez bien menu, et frisiez en sain de lart, et puis broyez gingembre, canelle, giroffle, grainne de paradiz, et destrempez de vin, verjus et boullon de beuf, et du boullon mesmes des foyes, juisiers et veel, et des moyelz d'aeufz grant foison ; et coulez dessus vostre grain, et faictes bien boullir ensemble ; et y mettent aucuns ung pou de pain et de saffran ; et doibt estre bien lyaut, sur jaune couleur, aigret de verjus, et, au dressier par escuelles, mettez dessus pouldre de canelle.

(Faites cuire dans du vin et de l'eau des foies et des gésiers de volaille, ou de la viande de veau, puis hachez menu, faites frire dans du sain de lard et broyez du gingembre, de la cannelle, des clous de girofle et de la graine de paradis, puis détrempez de vin, de verjus et de bouillon de bœuf, ainsi que du bouillon des foies, des gésiers et du veau, et ajoutez de nombreux jaunes d’œufs, puis ajoutez à votre grain et faites bouillir tout ensemble ; certains ajoutent un peu de pain et de safran ; cela doit être très lié, de couleur jaune, au jus acide, et au moment de servir dans les assiettes, ajoutez de la poudre de cannelle.)

 

Et pour ris, prenes du ris et le laves, et prenez du layt de Vache ou damandes plumees et le lait de vache faictes boulir qui soit cuit et mettes ung bien peu de saffran pour luy donner couleur et du sel pour gouter.

(Et pour le riz, prenez du riz et lavez-le, puis mettez-le à cuire dans du lait de vache ou d'amandes décortiquées, et mettez un peu de safran pour la couleur, et salez.)

 

Et pour faire oyes a la trayson mettes les oyes haller en la broche et quant elles seront hallees mettes les souffrire en ung pot et mettes en sain de lart et en bouillon de beuf et prenez  canelle graine et clou de girofle et broyez se les Espices ne sont bien batues et mectes les espices dedans le pot au souffrire et du sucre assez raisonnablement, et prenes ung pou de pain et des foyes de poulaille et les mettes tramper en bouillon de beuf et de la moustarde assez raisonnablement et coulez et mettez au pot et bouillez tout ensemble et goutez de sel ainsi quil appartiendra.

(Et pour faire des oies à la trayson (trahison ? [c'est bien ainsi que l'on écrit ce mot en moyen français]), mettez-les à dorer à la broche, et quand elles seront bien dorées, mettez-les dans un pot avec un sain de lard et du bouillon de bœuf, broyez de la cannelle, des graines et des clous de girofle et mettez-les dans le pot avec un peu de sucre, et prenez un peu de pain et des foies de volaille et mettez le tout dans le bouillon de bœuf avec un peu de moutarde, et faites bouillir tout ensemble et salez comme il se doit.)

 

(à suivre.)

 

 

lundi, 16 février 2015

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (41)

 

 

 

Introduction.

 

 

 

« 91. Un livre en françois rymé [en vers] de la Destruction de Troyes, couvert de cuir blanc et deux fermoers de cuivre._50 liv. »

C’est probablement le Roman de Troie (vers 1160-1170) de Benoît de Sainte-Maure, poète normand ou tourangeau du XIIe siècle, livre dont il est également question ici, de façon plus approfondie, et sur lequel je reviendrai encore bientôt.

 
 

« 92. Un livre du Renart et plusieurs autres livres dedans, couvert de cuir vermeil empraint, à deux fermoers de cuivre vermeil, et est la courroye desdits fermoers de cuir tout plain._50 liv. »

Ce manuscrit comprend, outre des ouvrages dont les titres ne sont pas mentionnés (avec beaucoup de nonchalance !), le célèbre Roman de Renart.

 

 

(à suivre.)

 

 

 

mercredi, 11 février 2015

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (40)

 

 

 

Introduction.

 

 

« 89. Un autre livre en françois, appellé le Pèlerinage de vie, qui se commence au second fueillet : Avecques son père Lucifer ; couvert de cuir vermeil, à deux fermoers de laiton, couvert d'une chemise de toile._15 liv. »

 

« 90. Un livre du Pèlerinage du corps et de l’ame, appellé le Pèlerin, escript en françois de lettre courant, historié au commencement et en plusieurs lieux de blanc et de noir [en grisaille] ; et au commencement du second fueillet a escript : Dedans lin et l’ame ; couvert de cuir vermeil empraint, fermant à deux fermoers d'argent blanc à deux tixus de soye noire._ [pas d’estimation]. » 

 

Il s'agit d'extraits d'une trilogie, comprenant Le Pèlerinage de la vie humaine (1330-1331), Le Pèlerinage de l'Âme (1355-1358) et Le Pèlerinage de Jésus Christ (1358), œuvre du poète et moine cistercien Guillaume de Digulleville (1295-après 1358). Le premier des manuscrits qui précèdent contient le premier des trois Pèlerinages, le deuxième le premier et le second.

S'inspirant du Roman de la Rose, Guillaume de Digulleville développe de façon allégorique le thème de l'homme voyageur (homo viator), sur le chemin des vices et des vertus, entre tentations et séductions. Il dira avoir eu la vision de la Jérusalem céleste et de ceux qui y pénètrent. 

 

(à suivre.)

 

 

 

samedi, 31 janvier 2015

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (39)

 

 

 

Introduction.

 

 

« 87. Un livre escript en lettre de fourme, auquel est le Roman de la Rose, le Livre de la Violette, le Livre de la Pencherie et le Testament de maistre Jehan de Mehun, bien historié et enluminé de blanc et de noir [en grisaille ; cf. notice 29] ; et au commencement du second fueillet a escript : Que joy après ; couvert de drap d’or, à deux fermoers d'argent doré, esmailliés l’un d'un demi-ymaige de Dieu, et l'autre d'un demi-ymaige de Notre Dame tenant son enfant ; lequel Mons. acheta la somme de cent vingt escus d'or comptant._100 liv. »

 

Outre le Roman de la Rose, commencé par Guillaume de Lorris (entre 1230 et 1235) et achevé par Jean de Meung (entre 1275 et 1280), ce livre contient Le Livre de la Violette ou Roman de Gérard de Nevers, par Gerbert de Montreuil, un poète du nord de la France ayant vécu à la fin du XIIIe siècle, continuateur de Chrétien de Troyes, et le Testament de Jean de Meung, recueil des dernières poésies de l'auteur (il s’agit de quatrains, suite de conseils destinés aux différents membres de la société). 

Le Livre de la Pencherie reste tout à fait inconnu ; est-ce une suite du Livre de la Violette, un livre perdu du Cycle arthurien ?

 

 

« 88. Un petit livre du Thrésor de maistre Jean de Mehun, de lettre de fourme, bien historié et enluminé, et au commencement du second fueillet est escript : Qui comme ; couvert de veluyau vermeil, à deux fermoers d'or tout plains ; lequel Mons. de Bavière [Étienne III, duc de Bavière (1337-1413), père d'Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI] donna à Mons._10 liv. »

 

C'est le Testament de Jean de Meung, ainsi intitulé dans beaucoup de manuscrits, et dont il est question ci-dessus.

 

 

(à suivre.)

 

 

lundi, 26 janvier 2015

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (38)

 

 

 

 

Introduction.

 

 

« 85. Un livre appellé Terance, escript en latin de lettre de fourme, très-bien historié et enluminé ; et au commencement du second fueillet a escript : Nempe ; couvert de drap de soye vermeil, fermant à deux fermoers d'argent doré sans tixus ; lequel livre fut donné à mondit seigneur en janvier l’an mil cccc et sept par monsieur Martin Gouge, [a]lors son trésorier général, et à présent évêque de Chartres [Martin Gouges, ou Martin de Charpaigne (vers 1370-vers 1444), ami de Jean de Berry, et chancelier de France sous Charles VII]._30 liv. »

 

« 86. Un livre appellé Terance, de lettre de fourme et glosé, qui commance au second fueillet : Fore sibi hanc, fermant à deux fermoers d'argent doré, esmailliés aux armes de feu Mgr de Guyenne._75 liv. »

 

 

Térence, né à Carthage vers -190 avant J.-C. et mort vers -159, était beau, et il était brillant : esclave dès son enfance, il fut vite affranchi. Durant sa vie brève, il composa six comédies (L'Héautontimoroumenos, L'Eunuque, Le Phormion, L'Hécyre, Les Adelphes et L'Andrienne) qui, par extraordinaire, sont parvenues jusqu’à nous.

 

 

 

 

(à suivre.)

 

 

 

mercredi, 21 janvier 2015

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (37)

 

 

 

Introduction.

 

Belles-Lettres

 

Poésie

 

 

« 82. Un livre escript en françois de lettre de fourme, d'Ovide Metamorphorios, couvert d'un cuir vermeil empraint à deux fermoers d'argent doré, tout plains, et les tixus de soye vermeille._30 liv. »

 

« 83. Un petit livre appellé : Ovide Metamorphorios, escript en françois de lettre de court, et glosé en plusieurs lieux, couvert de cuir vermeil empraint et fermant à quatre fermoers de cuivre._30 liv. »

  

« 84. Un livre d'Ovide Métamorphorios, escript en françois rymé, et au commencement du second fueillet a escript : De la Disputoison ; et est couvert de cuir vermeil empraint à deux fennoers d'argent néellés et tixus rouges, garni de plusieurs seigneaulx._25 liv. »

 

 

Il s’agit de L'Ovide moralisé, traduction, en 72000 vers octosyllabiques environ, des Métamorphoses d’Ovide. Cette traduction adaptée anonyme, longtemps (et faussement) attribuée à Philippe de Vitry et à un certain Crestien li Gois, semble avoir été rédigée entre 1317 et 1328, et est dédicacée à Jeanne de Bourgogne, reine de France, épouse de Philippe V le Long.

Charles d’Orléans possédait lui aussi L’Ovide moralisé. (Cf. notice 2, à la fin du billet.)

 

 

(à suivre.)

 

 

 

samedi, 17 janvier 2015

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (36)

 

 

 

Introduction.

 

Sciences & Arts (suite)

 

Astrologie & magie

 

 

« 79. Un petit livre d'astrologie en latin, ouquel [sur lequel] sont les quatre élémens et les douze signes figurés et les planettes ; où il a escript au commencement du second fueillet : Nomen itaque ; couvert de cuir vermeil empraint à deux fermoers de cuivre ; lequel livre l'abbé de Bruges donna à Monseigneur à Paris le vije jour de juin l’an dessut dit mil cccc et trois [7 juin 1403]._100 s. »

 

Charles V, qui fonda à Paris un collège d’astrologues, ne fit qu'entériner le fait que l'astrologie était pratiquée à la cour royale et parmi les puissants du monde d'alors depuis le bas Moyen Âge, malgré les condamnations officielles de l'Église (ce qui n'empêcha pas nombre de papes de s'y adonner).

 

« 80. Un livre en françois des sept planettes, autrement magique, historié en plusieurs lieux, et au commencement un couronnement de Dieu et Nostre Dame d'enlumineure ; couvert de cuir empraint à quatre fermoers d'argent doré esmailliés aux armes de Monseigneur._50 liv. »

 

« 81. Deux gros livres de magique escripts en espagnol, l'un couvert de pel [peau] rouge et l'autre d'une blanche pel sans ais, lesquels M. Arnoul Belin [premier trésorier de la Sainte-Chapelle de Bourges, qui sera Maître clerc de la Chambre des comptes sous Charles VII] a eu comme l’an dit._ [pas d’estimation mentionnée].»

 

Le mot magique, en moyen français, est un adjectif et un substantif féminin (signifiant, bien sûr, "magie").

La plupart des puissants et des érudits de l'époque de Jean de Berry s'intéressaient de près à la magie, entendue comme une philosophie occulte, un ésotérisme : les manuscrits du duc devaient, sans doute, détailler des figures et des formulations magiques, les noms d'anges ou d'esprits à invoquer pour obtenir ce que l'on désire.

 

 

(à suivre.)