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mercredi, 17 décembre 2014

Coquilles

 

 

 

 

La correction d'épreuves la plus rigoureuse, curieusement, n'empêche presque jamais l'oubli de quelques coquilles, un pluriel négligé, un "pas" pour un "par", un mot répété inutilement ou une virgule en début de ligne. Presque aucun de mes livres imprimés, à l'instar de nombre de ceux que je lis, n'a su éviter cet écueil ; il semble bien que Titivillus, ce démon médiéval qui, tout en les provoquant, recueillait les syllabes et les lettres omises (ou fautives) des chanteurs de psaumes et des copistes, continue d'exercer son discret mais malicieux empire sur les mots. Je me souviens d'un fâcheux "interpelé", sur la première page de la première partie d'un livre mien publié en 2005. Je me rappelle un auteur de mes amis, qui s'aperçut que l'un des mots du titre de son ouvrage était au pluriel sur la couverture et au singulier sur la page de garde.

 

Ces fautes-là recommencent à leur façon la lettre volée d'Edgar Poe ; elles semblent si criantes et si évitables, si improbables même, qu'arrivera sans doute le jour, s'il n'est pas déjà arrivé, où le nom même de l'auteur sera mal orthographié sur la couverture de son livre... Un autre fait curieux est que la coquille, bien souvent, ne se voit qu'une fois qu'elle est définitivement imprimée ; dans le fichier informatique, elle se faisait timide, sage et candide, transparente en un mot. Tout se passe comme si, avant l'impression, une faute connaissait infailliblement le moyen de se voiler de gaze. J'ajouterai qu'elle apparaît dans toute sa splendeur désolée d'abord à l'auteur du livre, et seulement ensuite, pour une bien moindre part, à ses lecteurs, ce qui est à la fois cruel et consolant. La première coquille d'impression dans l'un de mes livres m'a navré, puis je me suis incliné devant l'évidence : ces choses-là sont plus rusées qu'Ulysse.  Au moins ne finirai-je pas comme Alexandre Guidi de Pavie, ce poète italien qui, en 1712, raconte-t-on, alors qu'il s'apprêtait à offrir au pape Clément XI les Homélies de son bienfaiteur qu'il avait paraphrasées et mises en vers, découvrit quelques fautes d'impression dans sa belle édition, et en mourut de chagrin.

 

 

 

 

 

samedi, 13 décembre 2014

Et pendant ce temps...

 

 

 

 

Tous les lieux magnifiques, toutes les sonates, toutes les symphonies, tous les opéras, toutes les peintures, tous les dessins, tous les livres et tous les poèmes sont là, qui nous attendent mais n'ont pas besoin de nous attendre et sont, tandis que l'on discute et que l'on "débat" d'à peu près tout ce qui n'est pas lieu, musique, peinture ni poésie. Le monde les a bien souvent considérés comme des marges, mais aujourd'hui ces limbes atteignent des proportions immenses, proportions qu'elles n'ont peut-être jamais connues.

 

 

 

 

 

mardi, 09 décembre 2014

Allegretto grazioso

 

 

 

 

 

 

Wolfgang Amadeus Mozart,
Rondo pour piano et orchestre en ré majeur K. 382 - Allegretto grazioso,
Murray Perahia et l'English Chamber Orchestra.

 

 

Sans doute chacun le sait-il, en écoutant ce rondo, mais est-il une musique plus gracieuse et simple (divinement simple), évidente, élégante, voire élégantissime, subtile, légère et doucement mélancolique, et puissante et profonde, que celle-ci ? (À l'instant 3:50, c'est un miracle de beauté qui se renouvelle...) J'ai souvent pensé que même les oiseaux, qui en savent long sur le chant et la beauté, s'en enchanteraient, et qu'ils s'en enchantent, lorsqu'ils se posent sur la branche d'un arbre donnant sur la fenêtre ouverte d'une demeure où quelque être humain a choisi d'écouter ce morceau alors ils en parlent entre eux, étonnés, amusés, complices... Peut-être même (si les ornithologues ont montré que leurs langages, patois et dialectes, se modifiaient et "évoluaient", selon) ce rondo a-t-il influencé le chant de quelques uns parmi eux.

 

 

 

 

dimanche, 07 décembre 2014

Hibernation

 

 

 

 

En ces temps de fatigue, de froid et de jour rare, je songe aux anthiasites, les membres de cette secte chrétienne hérétique selon lesquels le travail était un crime, rien de moins, et qui passaient tout leur temps à dormir.

 

 

 

07:01 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Tags : frédéric tison, note, anthiasites | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

lundi, 01 décembre 2014

Le ciel immense

 

 

 

 

DSC_2534 b.jpg

 

John Constable (1776-1837), La baie de Weymouth à l'approche de l'orage (vers 1818-1819),
exposition "De Gainsborough à Turner : l’âge d’or du paysage et du portrait anglais
dans les collections du musée du Louvre",

musée des beaux-arts de Valence,
photographie : juillet 2014.

 

 

Ce tableau splendide, qui est au Louvre, comme il est étonnant, et instructif, de le voir selon une autre lumière, dans un autre musée ! Ses couleurs ne sont pas les mêmes : on dirait même que l'heure a changé, et que l'orage est plus proche...

 

(Et je relis ce que j'en écrivais naguère, ailleurs.)

 

 

 

dimanche, 16 novembre 2014

Livres amis

 

 

 

 

Tout récemment ont paru deux ouvrages, en forme de "bilan", par deux de nos rares, et réels, profonds érudits contemporains : Et dans l'éternité je ne m'ennuierai pas (Souvenirs), de Paul Veyne, et Un long samedi (Entretiens avec Laure Adler), de George Steiner. Comme nous sommes loin, les lisant, des prétendus "débats d'actualité" ! La hauteur de leurs vues, leur universalité, leur intelligence et leur bonté tranchent largement avec la bêtise contente et l'animadversion revendiquée, hélas inévitables, de ce que nous entendons et lisons provenant de cénacles plus égoïstes ou indifférents les uns que les autres, et ennemis.

 

Mon Lecteur sait mon admiration pour Érasme. Sans nécessairement comparer nos deux hommes à l'humaniste de Rotterdam et de Bâle, j'aime à penser que sa pensée se retrouve là, traversant les temps, et qu'il n'y a pas lieu d'être tout à fait pessimiste quant à la poursuite de l'esprit.

 

 

 

jeudi, 23 octobre 2014

Le château et le temps

 

(En marge de l'inventaire de la Librairie de Jean de Berry au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416.)

 

 

 

 

L'ami des châteaux connaît la merveilleuse miniature des frères Limbourg contenue dans les Très Riches Heures du duc de Berry, et, s'il est allé sur les lieux, ce qui reste du château de Mehun-sur-Yèvre, ruines à la fois belles et désolantes... J'ai trouvé deux images plus rares de l'édifice que conçut l'architecte Guy de Dammartin, et dont parle Françoise Autrand dans son ouvrage Jean de Berry, L'art et le pouvoir, paru en 2000 aux éditions Fayard, hélas sans détailler ses sources.

 

La première de ces images, si c'est bien elle que je reproduis ci-dessous, est une miniature de 1465 (d'après Françoise Autrand), contenue dans un livre que je ne suis pas parvenu à identifier. On y voit le château, toujours intact, cette fois sous l'angle ouest :

 

 

le_chateau.jpg

  

(Source. Cette image est décrite comme une tapisserie sur le site,
mais cela me semble bien étrange...)

 

 

La seconde est un dessin, daté de 1737, d'un certain Jean Pe[r??], dont je ne suis pas parvenu à lire le nom exact sur la reproduction. Le dessin prouve déjà la négligence des hommes à l'encontre de cette merveille : même si le château a belle allure encore, ses tours sont en partie ruinées, ses flèches effondrées, à la suite d'un incendie qui se déclencha au XVIe siècle, et sa base est comblée de terre. Le château fut ensuite utilisé, jusqu'au début du XIXe siècle, comme une carrière de pierres...

 

 

M0234-0004262.jpg

  

(Source)

 

 

Au début du XIXe siècle, le château est déjà comme nous le connaissons, ainsi que le montre cette aquarelle.

 

Je serai, naturellement, heureux qu'un Lecteur de passage m'apporte ses lumières en ce qui concerne les points obscurs de ce billet !

 

 

 

samedi, 18 octobre 2014

Les rubis d'un prince aux fleurs de lys

 

 

 

 

Le diamant n'était pas, contrairement à nos jours, considéré aux XIVe et XVe siècles comme la pierre la plus précieuse : c'était le rubis, pierre plus estimée, plus rare, plus belle aux yeux des hommes d'alors qui aimaient les couleurs vives, voire éclatantes. Jean de Berry était connu pour aimer, avec une passion qu'on lui reprocha, les pierreries au point d'y engouffrer des sommes folles. Sa collection de joyaux était d'une grande qualité : il donna lui-même un nom à certains de ses plus beaux rubis. C'était là leur conférer un nom propre, comme à des animaux domestiques particulièrement aimés... On connaît quelques uns de ces noms : la Caille, la Poule, la Fossette, l'Oreille, la Montagne et la Rue, sans oublier le Cœur de France, un rubis que lui légua en 1404 son frère Philippe le Hardi, ni le Roi des rubis, un joyau que lui offrit, en juillet 1413, son neveu Jean sans Peur.

 

 

 

 

10:22 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge | Tags : frédéric tison, note, jean de berry, rubis, nom | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mardi, 14 octobre 2014

Souvenir

 

 

 

 

J'aime bien établir l'inventaire de la "Librairie" de Jean de Berry, à mes moments de loisir.

 

Peu s'en souviennent, mais tout de même, Jean de France, duc de Berry, frère du roi Charles V, fut surnommé Jean le Magnifique. Nous aussi, nous avons notre Laurent, étranger à Florence...

 

Il est nécessaire, certainement, de se souvenir que, jadis, les puissants de notre pays n'œuvrèrent pas seulement dans leur propre intérêt, mais également dans celui de la beauté, dont la France était un accomplissement, un joyau, une pensée.

 

Jadis, jadis ! D'aucuns diront : un rêve ! D'autres, pire : une gnose !...

 

 

 

 

 

lundi, 13 octobre 2014

Inadministration

 

 (Juillet 2014. Si je note cela parce que, souvent, nous ne venons jamais qu'une seule fois en tel ou tel lieu.)

 

 

 

Le château de Dourdan est aujourd'hui si mal administré que c'en est une pitié : les innombrables panneaux didactiques, les traces de prétendues "fêtes médiévales" et autres hideuses "animations" mercantiles, les échafaudages de travaux improbables, les criards lambeaux de cordons de protection, les sacs de gravats éventrés à l'abandon n'importe où, la signalisation plaquée sur ses enceintes, les tristes barrières métalliques en désordre, sans parler, à l'intérieur des salles, des cartouches posés sur les objets mêmes qu'ils prétendent expliquer, en défigurent partout l'ensemble et le détail, si bien que le regard est sans cesse heurté et que, partant, aucune photographie ou presque qui voudrait en livrer quelque beau souvenir n'est possible. Il semble bien que, ici comme dans tant d'autres lieux, l'œil des administrateurs soit arrêté, qu'il soit interdit, qu'il soit aveugle : à quoi l'attribuer, sinon à un désamour, à une ignorance, à une indifférence — à une méconnaissance totale de ce dont l'âme d'un promeneur a besoin, de ce qu'est un lieu, de ce que sont une forme, un espace, un objet même, de ce qui eût pu participer à la beauté, en somme ? Comment ne voient-ils pas, ces administrateurs,  que tout ce qu'ils font, ou ne font pas, équivaudrait à placer une poubelle vert pomme dans l'escalier du château de Champs, ou un nez rouge sang sur l'attentif visage d'un ange ? C'est davantage qu'un dommage, me semble-t-il : tout ce qui ajoute à la laideur inévitable, imparable, est une sorte de crime, et participe du malheur et, même, du mal. C'est l'amitié de l'homme avec son lieu que tout cela détruit.

 

 

 

frédéric tison,note,administration d'un lieu

  

 Le donjon du château de Dourdan (XIIIe s.), dans l'Essonne,
par temps de pluie,
photographie : juillet 2014.