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jeudi, 21 mai 2015

D'un iconoclasme

 

 

 

Notre temps est peut-être celui d'un iconoclasme nouveau : la prolifération d'images de toute sorte, sans hiérarchie, vide et détruit à la fin toutes les images, et parmi elles les plus belles et les plus fécondes, entraînées dans une danse macabre où l'icône, où les visages, les paysages ne sont plus que les ombres d'eux-mêmes, ne sont plus que des moments vite remplacés, vite oubliés.

 

(C'est de la même façon qu'est ensevelie la parole du poème.)

 

 

 

lundi, 09 février 2015

Absence, présence

 

 

 

Que le silence s'écoute, voilà bien, sans doute, ce qu'il faut rappeler — qu'il s'écoute avec la même oreille qui souffre ou s'enchante des bruits, avec la même ferveur qui nous étreint et nous emporte lorsque nous écoutons la musique, et semblablement au chant lointain qui est en nous, qui revient parfois, l'indicible chant que pourtant la tâche du poème est de tenter de dire. Il semble alors certain que le silence est une source, dont l'origine indéchiffrable, énigmatique, se cherche et remonte en nous, comme le chant que nous traquons.

 

 

samedi, 13 décembre 2014

Et pendant ce temps...

 

 

 

 

Tous les lieux magnifiques, toutes les sonates, toutes les symphonies, tous les opéras, toutes les peintures, tous les dessins, tous les livres et tous les poèmes sont là, qui nous attendent mais n'ont pas besoin de nous attendre et sont, tandis que l'on discute et que l'on "débat" d'à peu près tout ce qui n'est pas lieu, musique, peinture ni poésie. Le monde les a bien souvent considérés comme des marges, mais aujourd'hui ces limbes atteignent des proportions immenses, proportions qu'elles n'ont peut-être jamais connues.

 

 

 

 

 

dimanche, 05 octobre 2014

Encore choisir

 

 

 

 

J'évoquais l'impossible choix entre ystoire et histoire, il y a très peu, et faisais quelque parallèle avec le poème selon Jouve ou Valéry, ou qui sais-je. J'oubliais Wagner et Debussy, à un point nodal, peut-on croire, celui des marins qui chantent : devrais-je choisir  entre le chœur, mâle et turgescent, de ceux qui hissent virilement les voiles du Vaisseau fantôme, et celui, évanescent, éperdu, qui accompagne le navire de Mélisande qui s'en va, qui l'avait emportée avec Golaud vers Allemonde, et qu'avec Geneviève elle entend s'éloigner des jardins près de la mer ? Non pas !

 

 

 

samedi, 04 octobre 2014

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (6)

 

 

 

Introduction.

 

 

 

« 12. Un Psaultier escript en latin et françois, et très-richement enluminé, où il a plusieurs histoires [miniatures peintes] au commencement de la main de feu maistre André Beauneveu, couvert de veluyau vermeil, à deux fermoers d’or esmaillés aux armes de Mons._100 liv.»

 

 

André Beauneveu (vers 1335-vers 1400), peintre, sculpteur et enlumineur, fut dans les années 1380, après avoir été à celui de son frère Charles V, au service de Jean de Berry, avec le titre de « Surintendant de toute peinture et de sculpture » pour le Berry. Il participa à l’embellissement du château de Mehun-sur-Yèvre et de la chapelle du palais de Bourges.

 

Ce livre, connu aujourd’hui sous le nom de Psautier de Jean de Berry, est encore conservé à la Bibliothèque nationale de France : on peut le consulter ici.

 

Voici une ystoire*, une miniature de la main de l’artiste, issue de ce livre et représentant le roi David :

 

 

André_Beauneveu_001.jpg

 (Source)

 

 

(à suivre.)

 

_________

* L'orthographe hésita longtemps entre histoire et ystoire, comme entre hiver et yver. De même, clef et clé coexistent encore. Il me serait douloureux de renoncer aux uns comme aux autres, s'ils sont également beaux. Choisir, ici, serait un peu comme élire Pierre Jean Jouve contre Paul Valéry, que le premier n'aimait pas, ou Rimbaud contre Racine, que la "Lettre du Voyant" du 15 mai 1871 traite de « Divin Sot », mais ne sommes-nous pas au-delà de ces pourtant hautes querelles, si l'esprit de la poésie nous apparaît désormais plus ondoyant que naguère, peut-être, et surtout plus menacé ?

 

 

 

 

samedi, 14 juin 2014

Étrangeté

 

 

 

 

Quels que soient l'intelligence et l'amitié, et la douleur et le désir, et le bruit ou la musique ou le vent, il est étrange de savoir, avec certitude, que l'on est le seul, en ce jour, à ce moment-là, à cette seconde, que l'on est le seul à lire ce poème-là.

 

 

 

 

 

20:32 Écrit par Frédéric Tison dans Crayonné dans la marge, Sur le poème | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

samedi, 03 mai 2014

Lointains (et rivages)

 

 

 

 

Si la poésie est le rêve du poème qui rêve qu'il est un poème, où sont les rêveurs ?

 

 

 

 

(TON RÉCIF DÉSIR.)

 

 

mercredi, 09 avril 2014

Trois questions de Jean de Rancé (Entretien d'un soir)

 

(Je dédie ce petit entretien à mes Lecteurs & Correspondants.)

 

 

 

Jean de Rancé. -. Voici assez longtemps, cher Frédéric Tison, que nous ne nous sommes pas entretenus "publiquement" (sur ce blogue, je veux dire). Le temps manque, toujours, hélas, mais en attendant quelque heure plus propice à un long entretien, j'aimerais vous poser trois questions, si vous le voulez bien.

 

Frédéric Tison. -. Je suis là, vous le savez bien, cher Jean de Rancé !

 

J. de R. -. La première concerne la réception de vos dernières publications, Les Effigies (aux Éditions Librairie-Galerie Racine) pour commencer, puis votre traduction du Lai de l'Ombre de Jehan Renart, et encore "Les Herbes le soir", la carte que vous avez publiée, le peintre et graveur Renaud Allirand et vous, enfin le deuxième volume du Clair du temps, cette collection de photographies accompagnées de notes que vous avez auto-éditée récemment. Ces livres ont-ils rencontré un public ?

 

F. T. -. Je ne vous cacherai pas que leur diffusion est restée confidentielle, mais je suis très heureux de ces publications, et je mesure avant toute chose la chance qui m'a été donnée de pouvoir les partager. L'absence de relais "médiatique" n'en a nullement fait des lettres mortes ; au contraire, d'assez nombreuses personnes m'ont témoigné leur intérêt pour l'une ou l'autre de ces publications, et c'est pour moi l'occasion de dire que, malgré le pessimisme de rigueur qu'il est loisible d'observer parmi tous les contempteurs systématiques de la modernité, un archipel demeure possible, un échange, une réunion d'îles aimantes et attentives, îles qui savent bien que, depuis que le monde est monde, seul importe l'acte d'aimer, non son intention.

 

J. de R. -. Vous continuez d'enrichir votre blogue de toute sorte d'images et de notes, à un rythme régulier. Là encore, l'échange est-il réel ?

 

F. T. -. Bien sûr, j'augmente avec un grand plaisir ce blogue, et j'ai encore cette chance d'avoir des lecteurs réguliers et attentifs, même si nombreux sont ceux qui ne se manifestent qu'en privé. Ce blogue est également, vous l'aurez noté, une sorte de "laboratoire", et mes visiteurs, même discrets, demeurent bienveillants. J'en profite pour les saluer amicalement !

 

J. de R. -. Que vous a permis de comprendre l'acte de publier, et ainsi de soumettre à l'appréciation (ou l'indifférence) d'autrui vos "travaux" ?

 

F. T. -. Publier me permet de passer à autre chose, de tout simplement passer. Cela m'indique des chemins, et le regard que je pose sur mes publications est toujours critique, c'est-à-dire qu'il est fécond. Je ne peux pas connaître les regards de mes lecteurs, mais je les suppose en pensée... C'est ainsi que je deviens mon propre lecteur, en quelque sorte... Écrire, c'est aussi se voir écrire, et cela est très instructif (je dirais de même pour la photographie ou l'aquarelle). Ainsi, par exemple, mais cela m'est essentiel, je m'interroge sur la valeur, sur la beauté, sur l'"aura" de tel livre ou telle image : ces notions sont sans cesse bouleversées. Pour être plus précis : l'écueil (le r é c i f) est le joli, et même le beau, quand celui-ci n'est que souvenir ou récit personnels, qui ne diront peut-être pas le même beau à chacun... La tentation est grande et redoutable de donner du clair du temps, justement (le clair du temps étant non seulement l'instant des choses mais leur horizon, passé, présent et "avenir" rassemblés), la seule image choisie parmi les noirceurs du monde, quand celles-ci sauraient pourtant l'irriguer, ce monde, et le connaître tout en nous le faisant connaître. Le piège est le même que celui qui attend le poème, lorsque de la poésie il ne retient que le prisme du langage admirable... Il fallait tomber parfois dans ce piège ; c'était sans doute la condition de la poursuite du chemin. À la fin c'est toujours plus de profondeur qui manque, dirais-je, s'il faut aller plus loin que ce qui est seulement beau, ou plutôt que ce que je trouve beau... À la fin c'est chercher l'image qui demeure un Désir ; le mot qui demeure parole dans l'oreille et dans le cœur ; le visage d'encres et de couleurs.

 

 

 

lundi, 07 avril 2014

Perspective

 

 

 

 

Le temps du poème est naturellement le temps même des hommes, mais c'est un temps bouleversé.

 

 

 

 

08:39 Écrit par Frédéric Tison dans Minuscules, Sur le poème | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

mercredi, 22 janvier 2014

Échange

 

 

 

 

Les poèmes sont ainsi que des visages humains dans la ville ou sur un chemin : seuls les regards qui les croisent avec le désir ou l'amitié les regardent vraiment, seuls ceux qui voudraient les retenir.

 

 

 

 

17:07 Écrit par Frédéric Tison dans Minuscules, Sur le poème | Tags : frédéric tison, minuscule, poème | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |