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lundi, 09 février 2015

Absence, présence

 

 

 

Que le silence s'écoute, voilà bien, sans doute, ce qu'il faut rappeler — qu'il s'écoute avec la même oreille qui souffre ou s'enchante des bruits, avec la même ferveur qui nous étreint et nous emporte lorsque nous écoutons la musique, et semblablement au chant lointain qui est en nous, qui revient parfois, l'indicible chant que pourtant la tâche du poème est de tenter de dire. Il semble alors certain que le silence est une source, dont l'origine indéchiffrable, énigmatique, se cherche et remonte en nous, comme le chant que nous traquons.

 

 

vendredi, 23 janvier 2015

Au dieu de la forêt

 

 

 

 

 

 

Jean Sibelius, Tapiola (1926), dirigé par Neeme Järvi.

 

  

Là s’étendent du Nord les vieilles forêts sombres

Mystérieuses en leurs songes farouches.

Elles abritent la grande divinité des bois

Les sylvains familiers s’agitent dans leurs ombres. 

(Jean Sibelius, à propos de Tapiola)

 

 

Que Tapio, le dieu de la forêt dans la mythologie finlandaise selon le Kalevala, soit réellement présent dans cette musique, et (sans jeu de mots !) tapi au fond d'elle, nous l'entendons dès les premières mesures.

(Nous pénétrons dans la forêt, la demeure de Tapio (Tapiola), pour quelle rencontre ? Cette musique hantée par le dieu, comme immobile, quasi silencieuse, ces blocs de son formidables qui se succèdent, cet orage étale... Je ne connais guère de musique qui incarne autant que celle-ci la catastrophe, dans le sens que ce mot avait dans le théâtre grec. C'est l'une des dernières œuvres achevées du musicien ; il est vrai que la dernière mesure apparaît comme la dernière d'un monde.)

 

 

 

 

mercredi, 07 janvier 2015

Les Cloches

 

 

 

 

Serguei Rachmaninoff, Les Cloches, IV. Lento lugubre, d'après Les Cloches, poème d'Edgar Poe.  Philharmonique de Moscou, direction : Dmitri Jurowski, Elchin Azizov, baryton, Chœur Yurlov de Russie. Maison internationale de la musique de Moscou, Svetlanov Hall, 10 mars 2012.

 

Les Cloches,

par Edgar Allan Poe,

traduction de Stéphane Mallarmé

 

Entendez les traîneaux à cloches — cloches d’argent ! Quel monde d’amusement annonce leur mélodie ! Comme elle tinte, tinte, tinte, dans le glacial air de nuit ! Tandis que les astres qui étincellent sur tout le ciel semblent cligner, avec cristalline délice, de l’œil : allant, elle d’accord (d’accord, d’accord) en une sorte de rythme runique, avec la « tintinnabulisation » qui surgit si musicalement des cloches (des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches, cloches) : du cliquetis et du tintement des cloches.

Entendez les mûres cloches nuptiales, cloches d’or ! Quel monde de bonheur annonce leur harmonie ! À travers l’air de nuit embaumé, comme elles sonnent partout leur délice ! Hors des notes d’or fondues, toutes ensemble, quelle liquide chanson flotte pour la tourterelle, qui écoute tandis qu’elle couve de son amour la lune ! Oh ! Des sonores cellules quel jaillissement d’euphonie sourd volumineusement ! Qu’il enfle, qu’il demeure parmi le Futur ! Qu’il dit le ravissement qui porte au branle et à la sonnerie des cloches (cloches, cloches - des cloches, cloches, cloches, cloches), au rythme et au carillon des cloches !

Entendez les bruyantes cloches d’alarme — cloches de bronze ! Quelle histoire de terreur dit maintenant leur turbulence ! Dans l’oreille saisie de la nuit comme elle crie leur effroi, trop terrifiées pour parler, elles peuvent seulement s’écrier hors de ton, dans une clameur d’appel à merci du feu, dans une remontrance au feu sourd et frénétique bondissant plus haut (plus haut, plus haut), avec un désespéré désir ou une recherche résolue, maintenant, de maintenant siéger, ou jamais, aux côtés de la lune à la face pâle. Oh ! Les cloches (cloches, cloches), quelle histoire dit leur terreur  — de Désespoir ! Qu’elles frappent et choquent, et rugissent ! Quelle horreur elles versent sur le sein de l’air palpitant ! Encore l’ouïe sait-elle, pleinement, par le tintouin et le vacarme, comment tourbillonne et s’épanche le danger ; encore l’ouïe dit-elle, distinctement, dans le vacarme et la querelle, comment s’abat ou s’enfle le danger, à l’abattement ou à l’enflure dans la colère des cloches, dans la clameur et l’éclat des cloches !

Entendez le glas des cloches — cloches de fer ! Quel monde de pensée solennelle comporte leur monodie ! Dans le silence de la nuit que nous frémissons de l’effroi ! À la mélancolie tenace de leur ton. Car chaque son qui flotte, hors la rouille en leur gorge — est un gémissement. Et le peuple — le peuple — ceux qui demeurent haut dans le clocher, tout seuls, qui sonnant (sonnant, sonnant) dans cette monotonie voilée, sentent une gloire à ainsi rouler sur le cœur humain en pierre — ils ne sont ni homme ni femme — ils ne sont ni brutes ni humains  — ils sont des Goules : et leur roi, ce l’est, qui sonne ; et il roule (roule  — roule), roule un Péan hors des cloches ! Et son sein content se gonfle dans ce Péan des cloches ! Et il danse, et il danse, et il hurle : allant d’accord (d’accord, d’accord) en une sorte de rythme runique, avec le tressaut des cloches — (des cloches, cloches, cloches), avec le sanglot des cloches ; allant d’accord (d’accord, d’accord) dans le glas (le glas, le glas) en un heureux rythme runique, avec le roulis des cloches — (des cloches, cloches, cloches), avec la sonnerie des cloches  — (des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches, cloches - cloches, cloches, cloches) — le geignement et le gémissement des cloches.

 

 

 

 

22:23 Écrit par Frédéric Tison dans Album des phrases, Autour de la musique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

dimanche, 21 décembre 2014

Anciennes notes

 

 

 

 

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Antiphonaires (fin du XVIIIe s.), dans la sacristie
de la collégiale Saint-Barnard (XIe-XVIIIe s.), à Romans-sur-Isère, dans la Drôme,
photographie : juillet 2014.

 

 

 

dimanche, 05 octobre 2014

Encore choisir

 

 

 

 

J'évoquais l'impossible choix entre ystoire et histoire, il y a très peu, et faisais quelque parallèle avec le poème selon Jouve ou Valéry, ou qui sais-je. J'oubliais Wagner et Debussy, à un point nodal, peut-on croire, celui des marins qui chantent : devrais-je choisir  entre le chœur, mâle et turgescent, de ceux qui hissent virilement les voiles du Vaisseau fantôme, et celui, évanescent, éperdu, qui accompagne le navire de Mélisande qui s'en va, qui l'avait emportée avec Golaud vers Allemonde, et qu'avec Geneviève elle entend s'éloigner des jardins près de la mer ? Non pas !

 

 

 

Si

 

(Après le spectacle, hier soir.)

 

 


podcast

 

 

Une autre ville, II., « Où fis-tu naufrage si »,
poème d'Une autre ville (2013),
musique de Magali Fadainville, 
 par Le Fil du rêveur, 2014.
(Mise en ligne avec l'autorisation de Magali Fadainville.)

 

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Où fis-tu naufrage si

Ce qui se tait là-bas te chante ici

Avec le vent de tes valeurs et de tes fables

 

Si je ne sais plus

Les cordes où tu étais le rêve

De la harpe qui s’est tue

 

Où es-tu – où te relèvent

Les vents, où te rêve

Une autre ville avec les temps ?

 

Si les sirènes que nul n’entendait plus

Parmi les bêtes de métal aux yeux blancs

À toi seul criaient la mort et la blessure –

 

Où es-tu selon le nombre de vents

Si je reviens où tu as disparu

Ainsi que souffrent les vagues

 

 

(F. T., décembre 2012.)

 

mardi, 30 septembre 2014

« J’étais déjà si loin »

 

 (Remise en ligne.)

 

 

Le Fil du rêveur est une formation musicale (Magali Fadainville : chant, lecture - Sébastien Liman : violoncelle, chant, lecture - Étienne Orsini : chant, lecture - Matteo Pittoni : guitare, chant, lecture - Mathilde  : violon, chant) mêlant créations et chants traditionnels. 

Son deuxième spectacle, « J’étais déjà si loin », a pour thème le départ.

 

À cette occasion, j'ai eu la joie d'apprendre (quel plus beau témoignage d'un réel partage ?) que l'un des poèmes de mon cahier Une autre ville (2013) (II., « Où fis-tu naufrage si »), un livre d'artiste conçu avec le peintre et graveur Renaud Allirand, avait été mis en musique par la musicienne Magali Fadainville ; le morceau sera interprété ce soir-là.

 

J'invite ainsi mes excellents Lecteurs à se joindre à moi lors du spectacle qui aura lieu

 

le samedi 4 octobre 2014 à 20h00


au sous-sol du restaurant
Le Kibélé

12, rue de l'Échiquier - 75010 Paris  - Métro Bonne nouvelle

Entrée : 10 € (un verre offert)


Durée : une heure.

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Programme du spectacle :

J'étais déjà si loin (PDF).pdf

 

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Site du Fil du rêveur.

 

 

 

jeudi, 28 août 2014

Interlude (sans Ravel)

 

à ma mère.

 

 

 

SAM_2019.JPG

 

 

À l'issue du concert : le Magnificat en mi bémol majeur de Bach,
précédé de la
Messe brève en sol mineur du même
et du
Magnificat pour chœur a cappella et d'Orient Occident d'Arvo Pärt,
Chœur Luce del Canto, Ensemble Europa Barroca, direction de Simon-Pierre Bestion,

au Festival de La Chaise-Dieu, en Haute-Loire,
dans l'abbatiale Saint-Robert,
vue de la stalle 54,
photographie : lundi 25 août 2014.

***

 

 

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jeudi, 14 août 2014

N'écouter pas

 

 

 

Naguère, tandis que j'assistais à la représentation de Pelléas et Mélisande à l'Opéra Comique, dans la salle même qui accueillit, en avril 1902, la première du merveilleux drame lyrique, dont chaque phrase et chaque motif semblent solitaires et, disparaissant, laissent comme le souvenir d'une mélodie inachevée, voire d'une symphonie tout entière qui fut esquissée, je remarquai que, durant les interludes  musicaux conçus par Debussy entre certaines scènes (et qui, accessoirement, permettaient à l'origine aux machinistes de procéder aux changements de décor), des chuchotements s'élevaient entre les rangées de sièges, comme si le Drame qui avait lieu sous nos yeux et dans nos oreilles était en quelque sorte suspendu, puisque les personnages ne chantaient plus ni n'étaient plus présents sur la scène.

 

Or, même si le rideau était tombé, la musique de Debussy était encore là, elle, agissante, réfléchissante, passionnée, sublime ; j'observais certaines gens n'écouter pas ; je me croyais à la représentation de quelque opéra du passé, du temps de Haydn et de Mozart, où, ai-je lu, certains spectateurs bavardaient durant l'Ouverture d'un Don Giovanni, spectateurs qui croyaient sans doute que, sous les lustres éblouissants de la salle, l'opéra n'avait pas véritablement commencé, puisque personne encore ne chantait...

 

La musique de Debussy connaît parfaitement le silence ; quelques uns n'hésitaient cependant pas à en briser la profondeur en échangeant quelques propos, certes sussurés, mais à peine, de sorte qu'ils étaient malgré tout audibles dans l'air.

 

Il arrive à la musique ce qu'il arrive habituellement au poème, dont chaque mot suppose une lecture interminable, si j'ose dire (tout poème est une lecture infinie du langage) : on la croit strictement descriptive, et émotive, comme on croit que les mots du poème ne sont que les véhicules transparents d'un "sens" ; celle de Debussy, qui souligne, accompagne et dépasse l'action à la fois, semble victime de son propre pouvoir : je jurerais que certains spectateurs l'écoutaient alors comme ils écoutent une musique de film...

 

À la prochaine représentation de Pelléas et Mélisande, je me proposerais volontiers d'acheter toutes les places d'une soirée ; je les revendrais, par souscription, à tous ceux qui s'engageraient à écouter, à tout écouter, avec l'humilité des ombres silencieuses...

 

 

 

 

mardi, 15 juillet 2014

Injustice

 

 

 

 

La musique faite par les hommes résulte peut-être d'un reproche injuste fait à chaque oiseau, reproche selon lequel on lui signifierait le défaut de variété de son chant.

 

 

 

 

 

 

06:50 Écrit par Frédéric Tison dans Autour de la musique, Minuscules | Tags : frédéric tison, minuscule | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |