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mercredi, 23 octobre 2013

Toujours selon

 

 

 

Lorsque nous les contemplons, nous retenons des tableaux des musées ce qui nous frappe selon notre histoire (et nos goûts plus ou moins appris), mais l'humeur de nos jours, certainement, y participe également ; pourquoi, en effet, et c'est ce que je me dis quand je revois, pour les trier, les photographies que j'ai pu prendre lors d'une visite d'un musée ou d'une salle d'exposition, pourquoi ai-je pris ce jour-là ce tableau d'abord, puis ce détail, selon cet angle, pourquoi ce visage, ce ciel, ce bras, cette ligne d'arbre, cet éclat de couleur, cette étoffe, cette goutte d'eau, cette ombre ? Il me semble que si j'y revenais aujourd'hui, ne me retiendraient pas tout à fait comme alors le même peintre ni la même lumière. Ainsi je serais, comme nous tous, le temps qui passe devant les tableaux, le temps que regardent les tableaux.

 

 

 

samedi, 19 octobre 2013

Ce rare étrange

 

  

Il y a trop d'images, il y a trop de photographies (et j'y prends ma part). Personne ne peut plus guère s'y attarder, personne n'en a le temps. Envahi d'images, d'images sottes ou magnifiques, l'homme moderne ne peut plus guère y croire, y aimer vraiment, comme dans la peinture, et il y passe son regard et il oublie, il passe simplement. S'il ne s'agit pas absolument de vouloir être rare, puisque tout, ou presque, à la fin, est rare et passant, il s'agit de circonvenir un espace et un regard qui le seront. L'image devrait devenir une ombre portée vers notre émotion. Mais il s'agira d'une image où quelqu'un sera, où quelqu'un aura imprimé un regard qu'un autre avait négligé.

 


 

09:24 Écrit par Frédéric Tison dans Sur la photographie | Tags : frédéric tison, photographie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

dimanche, 29 septembre 2013

L'image et le parc

 

 

Les photographies que nous prenons des parcs sont les regards que les canaux, les bassins et les pièces d'eau n'ont pu poser sur eux.

 

 

 

vendredi, 20 septembre 2013

À propos des livres intitulés "Le Clair du temps" - Entretien avec Jean de Rancé

 

 

Jean de Rancé. -. Frédéric Tison, vous publiez une seconde édition du premier volume de votre Clair du temps. Pour quelle raison ?

 

Frédéric Tison. -. J’avais été assez mal satisfait de la première impression, par les soins de l’imprimeur en ligne Lulu, du Clair du temps I. Oh, j’étais certes content du résultat obtenu pour mes premiers livres faits "de mots", mes livres et petits livres "de jeunesse" que j’eus à cœur d’auto-éditer, ainsi que pour mes petites éditions commentées de textes rares. Mais les livres de photographies, par Lulu, ne sont pas assez à mon goût : l’éventail des maquettes est assez réduit, et la qualité de reproduction ne correspond pas exactement à ce que je désire. Je suis allé trop vite. Aussi me suis-je tourné vers Blurb (quel nom, tout de même !), et le résultat, à mon sens, est infiniment meilleur en ce qui concerne ce type d’ouvrage. Voilà tout.

 

J. de R. -. Il existe déjà deux volumes de ce genre, par Lulu. Je présume que Le Clair du temps II est en réimpression par les soins de Blurb (oui, en effet...) ?

 

F. T. -. Absolument.

 

J. de R. -. Vous n’êtes pas un photographe professionnel. Comment vous est venue l’idée d’élaborer et d’éditer sous votre nom des livres de photographies ?

 

F. T. -. J’aime la photographie, j’aime le lieu, l’inscription dans le lieu, la terre, le chemin, le visage et la trace, j’aime l’autre géographie que la photographie rêve et autorise. Et la photographie numérique, il faut le dire, est d’une souplesse inédite qui démultiplie merveilleusement les possibilités de cet art dont il faut se souvenir qu’on a contesté le statut. Le cadre photographique crée selon moi un lieu à mi-chemin entre le réel et l’imaginaire, au sens que leur attribuait Victor Segalen. J’accompagne volontiers mes images, lesquelles, vous l’avez justement noté, sont des photographies d’amateur, de petits textes, que j’appelle « minuscules », des fragments, des sortes d’échos, des notes brèves, sensations pensées et écrites, "aphorismes", légendes, phrases, courts paragraphes, à l’instar modeste des "propos de table" antiques et médiévaux, que j'aime tant, traces ajoutées à d’autres traces. Je m’inspire évidemment beaucoup, voire essentiellement, des "cadrages" des peintres que j’aime, des détails de leurs toiles également, que j’aime isoler par mon "regard photographique", qui est celui d’un instant et d’une émotion soulevés. Et puis je pratique, lorsque j’en ai le temps, l’aquarelle et l’encre, en amateur toujours, ce qui me fait comprendre encore d’autres choses. La photographie, je puis le dire, me délasse des mots, de mes milliers de brouillons, de mes carnets de notes, la concentration qu’elle suppose est plus fugitive, non pas moins intuitive, mais plus "légère", isnelle ; il y a toujours de l’air dans une belle image, de l’espace, et il y a en elle, quelquefois, le luxe, le calme et la volupté que les mots rêvent à tâtons, au bout de mille tentatives. La relative facilité de la photographie me séduit, ainsi que sa forme immédiate, et, si forma, en latin, signifie beauté, la Forme est ici plus immédiatement accessible, non seulement à moi, mais à ceux qui regardent mes images ; aussi bien cherché-je à "prolonger" quelque chose, non, je m’exprime mal, à proposer quelque "satellite" à mes livres et mes mots, par la photographie ; ou bien seraient-ce leurs limbes, au sens de marges, de franges, dans leurs ornières... L’image est toujours plus aisée à saisir que le mot, lui qui, lorsqu’il ressort d’une pensée, est toujours difficile, et elle peut être un autre chemin vers lui. Il est évident qu’un livre composé de mots et d’images attirera davantage par les images qu’il contient, ce qui, d’ailleurs, n’est pas infirmer l’image, naturellement : mais son Lecteur sera plus immédiatement attiré par elle, c’est une pente… C’est en l’occurrence pourquoi je comprends les réticences de certains photographes et peintres à parler d’"illustrations" à propos de leurs images : accompagnées de mots, elles sont plutôt des doubles, des miroirs, et non pas des échos, en effet : qui survient à l’origine ? Ou bien mots et images se renverraient mutuellement leurs échos… Mais nous sommes dans une époque où le prestige des images se fait au détriment de celui des mots, c’est ainsi. Je le comprends d’autant moi-même que j’ai un plaisir immense à créer mes propres images à partir de mes regards, lors de mes voyages et de mes promenades.

 

J. de R. -. Vos « minuscules » ne sont donc pas distinctes de vos photographies ?

 

F. T. -. Dans mon esprit elles sont inséparables. Mais mon Lecteur peut naturellement les éparpiller, il lui appartient de voyager à son tour, ce qu’il ne manque pas de faire, j’en suis sûr.

  

J. de R. -. Le Clair du temps présente des photographies très diverses, sans solution chronologique. Quelle est la cohérence interne propre à chaque volume ?

 

F. T. -. Comme elles sont liées aux mots, les images que je choisis pour chacun des volumes n'obéissent qu'à la logique du souvenir, qui est capricieux. Je retrouve quelquefois dans mes carnets des notes éparses, qui ne m'ont pas servi pour quelque livre, ou qui ne le pouvaient pas, simples impressions, notes uniques et sans développement nécessaire. En les associant à des images, je les "aère", si je puis dire ; elles retrouvent à leur manière leur caractère instantané. Un volume présente vingt photographies et vingt minuscules : le format du livre obtenu est celui d'un album fin, dont l'épaisseur évoque volontiers celle des plaquettes de poésie et des livres d'artiste, que j'aime. Et puis Le Clair du temps accompagne, et accompagnera, désormais, tous mes livres : son intitulé même les rêve, et dit tout ce qu'il faut dire.

 

   

Frédéric Tison, Le Clair du temps I

 

 Frédéric Tison, Le Clair du temps I (2012), deuxième édition, Blurb, 2013.

 

(Je recommande le volume à "couverture rigide, jaquette".)

 

 

 

mercredi, 04 septembre 2013

Du regard photographique

 

 

Comment photographier une ville, une ville comme toutes les villes du monde, c’est-à-dire pleine de fils électriques, de panneaux didactiques, d’affiches, de barrières en fer blanc, de devantures criardes, de voitures garées devant les églises et les palais, une ville vivante donc, que parcourent habituellement des habitants mal vêtus, puisque presque tout le monde est aujourd’hui mal vêtu, je veux dire inharmonieusement vêtu, mal vêtu pour être, pour aller, pour se détacher sur des façades, des jardins et des avenues  ? Faut-il isoler un bel angle de vue, faut-il noircir un détail, faut-il même gommer, truquer, mentir ? Ou bien faut-il montrer de la ville sa puissante laideur, son opulent débraillement, faut-il par l’image évoquer son bruit ? Et nous faudra-t-il parfois écrire nos mots sur nos photographies, nous appropriant alors leurs images, faisant du regard notre Regard, et mêler nos photographies écrites à l’immense fatras d’images photographiées et filmées qui se superpose aujourd’hui au monde ? Peut-être faut-il faire tout cela, alternativement, selon.

 

 

15:37 Écrit par Frédéric Tison dans Sur la photographie | Tags : frédéric tison, photographie, ville, regard | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |