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samedi, 04 octobre 2014

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (6)

 

 

 

Introduction.

 

 

 

« 12. Un Psaultier escript en latin et françois, et très-richement enluminé, où il a plusieurs histoires [miniatures peintes] au commencement de la main de feu maistre André Beauneveu, couvert de veluyau vermeil, à deux fermoers d’or esmaillés aux armes de Mons._100 liv.»

 

 

André Beauneveu (vers 1335-vers 1400), peintre, sculpteur et enlumineur, fut dans les années 1380, après avoir été à celui de son frère Charles V, au service de Jean de Berry, avec le titre de « Surintendant de toute peinture et de sculpture » pour le Berry. Il participa à l’embellissement du château de Mehun-sur-Yèvre et de la chapelle du palais de Bourges.

 

Ce livre, connu aujourd’hui sous le nom de Psautier de Jean de Berry, est encore conservé à la Bibliothèque nationale de France : on peut le consulter ici.

 

Voici une ystoire*, une miniature de la main de l’artiste, issue de ce livre et représentant le roi David :

 

 

André_Beauneveu_001.jpg

 (Source)

 

 

(à suivre.)

 

_________

* L'orthographe hésita longtemps entre histoire et ystoire, comme entre hiver et yver. De même, clef et clé coexistent encore. Il me serait douloureux de renoncer aux uns comme aux autres, s'ils sont également beaux. Choisir, ici, serait un peu comme élire Pierre Jean Jouve contre Paul Valéry, que le premier n'aimait pas, ou Rimbaud contre Racine, que la "Lettre du Voyant" du 15 mai 1871 traite de « Divin Sot », mais ne sommes-nous pas au-delà de ces pourtant hautes querelles, si l'esprit de la poésie nous apparaît désormais plus ondoyant que naguère, peut-être, et surtout plus menacé ?

 

 

 

 

vendredi, 03 octobre 2014

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (5)

 

 

 

Introduction.

 

 

 

« 11. Un livre, ouquel [dans lequel] est contenu tout le Psaultier et plusieurs autres oraisons parmi ledit Psaultier, et au commencement du second fueillet a escript : Saint Offerez [? (un Lecteur pourrait-il m'éclairer ?)] ; et couvert de cuir vermeil empraint, à deux fermoers d’argent doré, esmaillés aux armes de feu messire Jean de Montaigu ; lequel livre fut dudit defunct [défunt], et l’envoya quérir mondit seigneur après sa mort chez Fremin de Revelle, escripvain, demeurant à Paris, le xxvje [26e] jour d’octobre 1409._25 liv. »

 

 

Messire (ah ! si seulement ce mot élégant était encore usité !) Jean de Montaigu (ou Montagu, vers 1349-1409) fut le Souverain Maître d’hôtel du roi Charles VI. Son immense fortune lui valut l’inimitié des ducs de Bourgogne, et le 17 octobre 1409, Jean sans Peur le fit arrêter puis décapiter aux Halles, à Paris.

 

Fremin de Revelle, personnage obscur à bien des égards, fut, semble-t-il, un artisan du livre installé sur le pont Notre-Dame, à Paris. Ce pont, construit en 1406 après l’effondrement d’une passerelle, s’effondrera à son tour en 1499 ; il était en bois sur pilotis et hébergeait trente-quatre loges pour les artisans, parmi lesquels on trouvait les libraires-imprimeurs, dits « escripvains ».

 

(à suivre.) 

 

  

 

dimanche, 28 septembre 2014

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (4)

 

 

 

Introduction.

 

 

 

« 9. Un autre livre, appelé le Livre des Rois selon la Bible, commençant au père Samuel, couvert de cuir vermeil empraint, à deux fermoers de cuivre, qui ont testes [têtes] de serpens et les tixus de soye dorés par-dessus._100 s. »

 

 

« 10. Un Psaultier bien ancien, historié le Kalendrier et ailleurs en plusieurs lieux, qui fut de feu S. Thomas de Cantorbie, où il a deux petits fermoers d’argent blanc, couvert d’un veluyau violet._4 liv. »

  

Si je ne m’abuse, cet ouvrage est extraordinaire, car il aurait appartenu à Thomas Becket ! Thomas Becket, ou saint Thomas de Cantorbéry (1117-1170), qui s’opposa à Henri II d’Angleterre lors de la promulgation des Constitutions de Clarendon (1164) soumettant la justice ecclésiastique à la justice royale. Il fut assassiné à l’instigation du roi (qui dut faire une pénitence publique à la demande du pape Alexandre III), et fut canonisé dès 1173. C’est sur le chemin menant à son sanctuaire que les pèlerins se racontent leurs histoires, dans Les Contes de Cantorbéry de Geoffrey Chaucer.

 

 

(à suivre.)

 

 

jeudi, 25 septembre 2014

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (3)

 

 

 

Introduction.

 

 

 

« 5. Une belle Bible en deux volumes, escripte en françois, de lettre de fourme, et au commencement du tiers fueillet du premier volume a escript : Ces nouvelles faire, et au commencement du tiers fueillet du second volume a escript : Iniquité ; couverts tous deux de drap de soye vert ouvré à oyseaulx [décoré de motifs d’oiseaux], doublé de tiercelin vermeil, et fermans chascun de quatre fermoers d’or, et au premier volume a une pippe d’or, et au second n’en a point ; laquelle Bible le roy [Charles VI] donna à Mgr le duc le xxve jour d’avril après Pasques, l’an 1403._ 400 liv. » 

 

« 6. Une très-belle Bible en françois, escripte de lettre de fourme, très-richement historiée au commencement, garnie de quatre fermoers d’or, ès deux desquels [sur lesquels] a deux balais [rubis d’Orient], et ès deux autres deux saphirs, en chacun deux perles, esmaillés des armes de France, et au bouz des tirans [lanières servant d’attache et de fermeture à un livre] de chacun un bouton de perles, et sur le tixu d’un chacun petites fleurs de lys d’or clouées ; et y a une pippe de deux têtes de serpens garnie de seignaulx._300 liv. »

 

« 7. Une autre Bible en françois, escripte de lettre françoise, très-richement historiée au commencement, laquelle donna à Mons. Raoul d’Octonville [le meneur des assassins, mandatés par Jean sans Peur, de Louis Ier d’Orléans, tué le 23 novembre 1407] ; garnie de iiij [quatre] fermoers d’argent doré, en chascun une image esmaillée des quatre évangélistes, et sont les tixus de soye verte, et dessus l’un des ais a un quadran [instrument d’astronomie] d’argent doré et les douze signes à l’environ, et dessus l’autre a une astralabe [astrolabe] avec plusieurs escriptures._250 liv. » 

 

 « 8. La Bible, en un volume escript en françois de lettre ronde, historié en plusieurs livres très-richement, et au commencement de la Trinité, Notre-Dame en son trône, et plusieurs angels et patriarches ; et au commencement du second fueillet a escript : Comme fait la journée ; couvert de veluyau vermeil, fermant à quatre fermoers d’argent doré, esmaillés ou [au] milieu, a chacun un tixu de soye bleue._375 liv. »

 

 

La plupart de ces Bibles en français, selon toute vraisemblance, ont pour traducteur l’humaniste Raoul de Presles, qui offrit sa première traduction à Charles V en 1377. Il traduisit également La Cité de Dieu de saint Augustin. Un autre érudit, répondant au nom magnifique de Jehan de Sy, paracheva en 1398 sa traduction française de l’Écriture sainte, qui s’appuyait sur celle qu’avait commencée Jean Le Bon entre 1226 et 1250 et que ce dernier n’avait pu achever.

 

 (à suivre.)

 

 

dimanche, 21 septembre 2014

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (2)

 

Introduction.

 

  

 

« 3. Une petite Bible en latin, qui se commence au second fueillet : Multa significat ; couverte de drap de satin bleu, fermant à deux fermoers d’or aux armes de Mons., sur tixus [rubans où était attaché l’agrafe servant de fermoir] noirs ; a une pippe [tige métallique aussi longue que l’épaisseur du livre, où s’attachaient les signets ou marque-pages] garnie d’un balay rond [rubis d’Orient] et deux grosses perles ; prisée [estimée], sans la pippe, trente-deux livres parisis ; et la pippe a été depuis prisée par Julien Simon et Hermant Ruece [orfèvres du duc] cent escus valent cent douze livres dix sous tournois._ 40 liv. »

 

« 4. Une belle Bible en deux volumes, escripte en françois, de lettre de fourme [lettre de forme : écriture gothique, en lettres minuscules et en gros caractères, habituellement utilisée pour les Bibles], bien historiée, et  au commencement du second fueillet a escript : Des Généracions, cap. xvi [chapitre (capitulum) 16] ; couvert de veluyau vermeil ouvré, à deux fermoers d’argent doré sur chacun ais [feuillet de bois utilisé pour la reliure], et une pippe d’argent doré à plusieurs seignaulx de soye [signets, marque-pages en soie]._200 liv. »

 

(à suivre.)

 

 

vendredi, 19 septembre 2014

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416 (1)

 

 

 Introduction

 

 

Lorsqu’il meurt, le 15 juin 1416, dans son hôtel de Nesle à Paris, Jean de France, duc de Berry, laisse de considérables dettes ; la liquidation de sa succession prévoit le rapatriement, à Paris, des livres de sa « Librairie »* constituée au château de Mehun-sur-Yèvre.  L’inventaire et l’estimation de la bibliothèque du fastueux prince furent dressés par Jean Le Bourne, contrôleur de sa maison. Il en reste deux manuscrits, dont celui que conserve la bibliothèque Sainte-Geneviève et que le magistrat de Bourges et érudit Alfred Hiver de Beauvoir (1802-18..?) publia, en 1860, sous forme de catalogue thématique : son ouvrage La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416, publiée en entier pour la première fois d’après les inventaires et avec des notes, paru chez Auguste Aubry, à Paris, répertorie en effet les ouvrages du duc en usant de cinq grandes classes, « Théologie », « Science & Arts », « Belles-Lettres »,  « Histoire » et « Livres divers », qui ne figuraient pas dans l’inventaire original où tous les livres se succédaient sans aucun ordre ou presque, à l’instar de l’inventaire de la Bibliothèque de Charles d’Orléans, à son château de Blois, en 1427.

 

Quelle était, à la fin du XIVe et au début du XVe siècle, une bibliothèque princière ? Celle de Charles d’Orléans (tout du moins celle du château de Blois, qu’il avait héritée de son père et augmentée) était aussi celle d’un poète. Jean de Berry était un lettré, et un bibliophile, mais n’était pas un poète – sa bibliothèque diffère-t-elle vraiment de celle de Blois ? Il m’a semblé curieux de me plonger dans cet inventaire à mon tour, sachant que les 162 ouvrages manuscrits répertoriés représentent un chiffre considérable pour l’époque, et que le château de Mehun-sur-Yèvre, qui était alors, si j’en crois la merveilleuse miniature des frères Limbourg contenue dans les Très Riches Heures du duc de Berry, le plus beau des châteaux, devait sans nul doute offrir, aux yeux du duc, l’écrin le plus digne du meilleur ou du plus précieux de sa collection.

 

 

Comme pour la bibliothèque de Blois, je propose de livrer ici l'intégralité de cet inventaire ; encore une fois je le ferai sous la forme de fragments, de petits billets qui présenteront un, deux ou trois ouvrages à la fois. Je respecterai l'ordre adopté par Hiver de Beauvoir ; je conserverai également l'orthographe de l'original, d'après la transcription effectuée par l’éditeur et auteur.

Je laisserai les prix indiqués à la fin des notices, et qui s’expriment par exemple ainsi : « 50 liv. 10 s. », c’est-à-dire : 50 livres et 10 sous. Une livre (environ 409 grammes du métal argent) valait 20 sous (qui eux-mêmes valaient 240 deniers). La livre parisis est celle de Paris, la livre tournois celle de Tours.

Hiver de Beauvoir, ajoutant quelquefois des annotations, le fait en érudit elliptique s’adressant exclusivement à des érudits. Le lecteur, même cultivé, ne s’y retrouve guère ; j’ai donc tenté d’éclaircir de mon mieux le contenu de chaque ouvrage lorsqu’il n’allait pas de soi. Les « traductions » du moyen français et les notes diverses entre crochets dans le corps des notices, ou situées après celles-ci, sont toutes de mon fait.

 

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*Le mot de « librairie » (du latin « librarius », puis de l’ancien français « librarie »), on le sait, avait trois sens : la bibliothèque en tant que lieu où les livres sont déposés ; ensuite le commerce de ces livres ; enfin le magasin où ils sont entreposés. Au XVIIe siècle, il perd sa première signification, au profit de « bibliothèque ».

 

***

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*

 

La Librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Yèvre, en 1416

 

Théologie

Écriture sainte

 

 

« 1. Une très-belle Bible en latin, escripte de lettre boulonnoise [écriture de Bologne, en Italie, l'italique, donc], qui fut du roy Robert, jadis roy de Secille [Robert d’Anjou (1277-1343), roi de Naples (c'est-à-dire du royaume de Sicile (« Secille ») non insulaire lors de la séparation des Royaumes)], très-bien historiée [ornée de miniatures] et enluminée d’ouvrage roumain [romain, que l’on distinguait de l’ouvrage lombard], et au commencement du second fueillet a escript : One usque ad AEgiptum ; couverte de cuir rouge empraint [orné de dessins en creux imprimés à froid ou à chaud par des fers], à iiij [quatre] fermoers d’argent doré, esmaillés aux armes de Mons.[eigneur] ; et pardessus a une chemise de damas bleu doublé de tiercelin [tissu de trois espèces de fils, souvent utilisé pour les ornements d’église] vermeil ; laquelle Mgr d’Orléans donna à Mons. le xviije jour d’aoust l’an mil cccc vij [18 août 1407]._ 250 liv. »

« Mgr d’Orléans » est certainement Louis Ier d’Orléans, frère de Charles VI et père de Charles d’Orléans, assassiné le 23 novembre 1407 à l'instigation de son cousin Jean sans Peur.  Il est question de sa mort dans la notice suivante.

 

 

« 2. Une belle Bible en latin, escripte de lettre boulonnoise, très-bien historiée et enluminée d’ouvrage roumain, et au commencement du second fueillet a escript : Spondet, et pardessus les fueillets à escussons paints aux armes de feu pape Clément de Genève [Robert de Genève (1342-1394), l’antipape ou pape d’Avignon Clément VII (1378-1394)], et de celles de Mons. ; couverte de veluyau [velours] brodé, fermant à iiij fermoers d’argent doré, esmaillés aux armes de Mons. ; et pardessus a une chemise de drap de damas bleu doublé d’un tiercelin vermeil ; laquelle avait été de Mons., et a été recouvrée après le trepas de feu Mgr d’Orléans._ 375 liv. »

 

(à suivre.)

 

DSC_1039 b.jpg

 

Priant (XVe s.) de Jean, duc de Berry (1340-1416), détail,
dans la cathédrale Saint-Étienne de Bourges,
photographie : juin 2014.